Si tu veux la paix, prépare… des rencontres

La rencontre est le meilleur moyen de lutter contre la violence sous toutes ses formes. Forte de cette conviction, l’association L’atelier de paix du Clunisois a décidé de rencontrer des témoins de toutes confessions : protestants, juifs, musulmans, bouddhistes, franc-maçons. Les échanges sont toujours sincères et riches à l’image de ceux noués avec Hassan Amghar, imam et médiateur social.

Hassan Amghar, un itinéraire marqué par la recherche de la vérité et du bien

Hassan est marocain, installé en France depuis presque trente ans. Il est musulman, imam, et fait profession de médiateur social. Ecoutons son histoire : Elevé par une mère seule et un oncle, son père étant mort jeune, il suit à la fois une formation mixte : longues heures à l’école coranique et, dans le même temps, études à l’école française, l’école « moderne », comme il l’appelle. Par cette double éducation, il côtoie à la fois les milieux islamistes durs et l’univers « rationaliste » de l’école française. Baigné dans un premier temps dans un courant islamiste violent, une lecture importante va d’un coup lui montrer que l’usage de la raison peut être compatible avec l’Islam. Ce livre « découverte », c’est l’Introduction à la critique de la raison arabe, de Mohammed Abed Al-Jabri.
Cette prise de conscience conduit Hassan à rompre avec les milieux islamistes et à partir en France en 1982 pour y poursuivre ses études. Installé à Grenoble il va se consacrer à l’accueil des travailleurs étrangers. Mon rôle, dit-il, en tant qu’imam, c’est de répondre à leurs questions religieuses tout en les aidant à réfléchir pour mieux s’intégrer à une culture totalement différente de la leur et éviter le risque du repli communautaire. Il va ainsi jouer ce rôle de médiateur social. Par exemple, dans les hôpitaux, il va essayer de régler les contradictions apparentes entre loi coranique et pratique médicale.

« Le lettré souffre de son savoir, l’ignorant trouve son bonheur dans l’ignorance. »

Eviter le repli sur soi

Trouver l’entente entre foi et raison, c’est bien le grand problème. Certes, entre le IXe et le XIIe siècle, l’islam a connu une période de rationalisation, d’interprétation des textes de base, d’ouverture à d’autres cultures. Mais il y eut retour en force des traditionnalistes, l’interprétation ne concernant plus qu’une élite de juristes et de lettrés. Et cela continue aujourd’hui, reconnaît Hassan, en citant ce dicton: « Le lettré souffre de son savoir, l’ignorant trouve son bonheur dans l’ignorance. »
Pour moi, dit notre imam, le bon musulman, c’est celui qui, à la fois, vit une spiritualité et observe les pratiques, notamment la prière, l’aumône, le jeûne. N’est-ce pas là une règle générale de bon équilibre ?
Ainsi ce témoignage d’un bon musulman qui se veut moderne et pratiquant, nous a tous émus par sa sincérité et son humanité. Une relation d’amitié s’est nouée entre nous, relation qui s’est poursuivie ensuite sur le plan familial…