Quand un agriculteur devient écrivain…

Jean Dorin a écrit À flanc de coteaux: il raconte, avec beaucoup de sensibilité et de sens de l’observation, son enfance et sa jeunesse à Saint Pierre le Vieux. Il nous fait entrer dans l’intimité de sa vie de fils d’agriculteurs: les relations familiales, les travaux de la ferme, l’intensité de son amour de la nature. Il est devenu lui-même agriculteur. Je suis allée lui demander pourquoi il s’était lancé dans l’écriture de ce livre, une idée cadeau pour Noël !

Jean DORIN

Il explique que, s’il y a eu beaucoup d’ouvrages sur la vie à la campagne autrefois, on l’a fait la plupart du temps avec un regard extérieur. C’est rare qu’un agriculteur décrive cette réalité telle qu’il l’a vécue.
Il a donc voulu « écrire une page d’histoire pour laisser des traces, pour que les jeunes puissent connaître le contexte qui a permis de passer d’une agriculture ancestrale à une agriculture de production ». Dans un passé plus lointain, d’une génération à l’autre, il y avait peu de changement. On s’adaptait facilement. Mais ensuite, l’évolution fut très rapide. On était vite dépassé. Les plus âgés pouvaient se sentir dépossédés : ce n’était plus l’expérience qui comptait.

C’était mieux avant ?

Jean se dit heureux que le métier soit mieux considéré, que les paysans soient devenus des chefs d’entreprises. Il avoue que sa description du passé est un peu idyllique. Pourtant, il évoque avec une certaine nostalgie « un temps où on prenait le temps, des hivers où les corps pouvaient se reposer ». Maintenant, il y a plus de contraintes, plus de stress.

Vers l’altruisme

Au-delà de cet aspect purement professionnel, il souhaite aussi montrer comment ce qu’il a vécu dans sa famille et son village, en plus des engagements dans la J.A.C. (Jeunesse Agricole Chrétienne), a amené une évolution personnelle ; une capacité à prendre des responsabilités. Il est devenu maire.
Participer très tôt aux travaux de la ferme, cela allait de soi. On était ainsi habitué à l’effort, à se dépasser. Alors, s’il se réjouit qu’on ait évolué de la notion d’un Dieu juge à la notion d’un Dieu amour, il ne renie pas pour autant les valeurs du passé: « le sens du devoir, ça aide! ».
Il a aussi été influencé par l’exemple de la générosité de ses parents, allant jusqu’à ouvrir leur maison à des familles de réfugiés.

«?Ça fait du bien d’écrire! »

Jean s’est trouvé conforté, rassuré sur ses capacités, étonné lui-même de tout ce qui venait sous sa plume. Il se dit content que beaucoup aient apprécié son livre. Il encourage donc d’autres agriculteurs à faire de même !