Trois voyageuses sur les traces de Jésus

Elles voulaient mettre leurs pas dans ceux de Jésus, voir les lieux dont la Bible et l’Église leur parlent depuis qu’elles sont petites. Odile de Matour, Marie Noëlle de Tramayes et Bernadette de Matour/La Clayette sont donc parties dix jours en février pour un pèlerinage en Terre Sainte en compagnie de Monseigneur Benoît Rivière et d’une quarantaine d’autres pèlerins.

Du désert sur les traces des Patriarches à Jérusalem lieu de la passion du Christ en passant par la Galilée où Jésus a vécu et enseigné avec les premiers disciples, le programme était dense mais « ce que nous avons vécu est gravé dans notre mémoire pour toujours. C’était émouvant » disent ensemble les trois voyageuses.

 

Qu’est-ce qui vous a marquées ? » Ai-je demandé. La messe en plein air dans le désert du Néguev où Abraham a été appelé, redire les promesses du Baptême sur les rives du Jourdain à l’endroit où Jésus a été baptisé.

L’arrivée à Nazareth et dire le « Je vous salue Marie » sur le lieu même où la Vierge a vécu. Voir le lieu où Jésus est né, symbolisé par « l’Étoile de la Nativité » dans la grotte de la Nativité. Le Saint Sépulcre où tous les chrétiens de toutes les confessions se côtoient et le mélange des religions à Jérusalem. La visite du Mémorial de la Shoah à Yad Vashem.

Chaque pèlerin a reçu en début de voyage un ouvrage touristique sur la Terre Sainte, un livret contenant le programme et les lectures de chaque jour et un livret de chants. Monseigneur Rivière profitait des trajets en bus ou des temps d’attente sur les sites pour inviter les participants à réciter le chapelet ou à lire un texte, choisi en fonction des visites et qu’il commentait ensuite pour expliquer tel ou tel aspect de la vie de Jésus. « Aller en Terre Sainte sans être accompagné par des personnes pouvant faire ce lien entre  les lieux visités et les récits bibliques aurait été beaucoup moins marquant » me glisse Odile aussitôt approuvée par ses deux amies.

Tous ceux qui essayent de promouvoir le vivre ensemble

Toutes les trois insistent beaucoup sur les rencontres qu’elles ont faites au cours de ces dix jours. Des hommes et des femmes, religieux ou laïcs, qui essayent, par leurs actions, de promouvoir le vivre ensemble entre les différentes communautés. Elles évoquent avec admiration frère Olivier (bénédictin) qui organise des rencontres entre juifs et musulmans. Elles ont été marquées par Laure (catholique) et Eden (juif), un couple qui essaye de rapprocher palestiniens et israéliens tout comme le père Raed, énergique directeur de Caritas à Jérusalem qui anime et encadre équipes de foot ou chorales entre israéliens et palestiniens. Ce dernier leur a transmis un message à l’intention de nous tous : « en Israël les chrétiens souffrent et ont tendance à partir. Pour éviter qu’il n’y ait plus de chrétiens sur la terre de Jésus, venez nous voir ».

Nathalie Rajot

Une belle réflexion autour de la profession de foi

Cette année 11 jeunes de nos villages ont fait leur profession de foi le dimanche 28 mai dernier, entourés de leurs parents et amis qui ont tant d’importance pour eux.

Pour préparer cette belle journée ils se sont réunis plusieurs fois au cours de l’année dans une ambiance chaleureuse.

Leurs parents avaient souhaité les faire réfléchir sur l’écoute de soi, des autres et de la nature parce que nous sommes tous des habitants de la même planète. Ils ont ainsi évoqué le respect de la nature contre le gaspillage et la pollution et pour le partage et l’entraide. Ils ont aussi mimé et dessiné ce qui nous différencie mais aussi nous rassemble avec les personnes de cultures différentes. Un planisphère portant les mots et les images de ces rencontres a décoré l’église de Matour où a eu lieu la célébration.

Lors de notre dernière rencontre ils ont écrit une lettre à notre évêque qui leur avait posé trois questions. La voici:

Monseigneur,

Nous nous préparons à notre profession de foi qui aura lieu le 28 mai prochain à l’église de Matour. Nous sommes 11 jeunes en sixième et ensemble nous avons réfléchi aux trois questions que vous nous avez posées. Voici nos réponses :

À la question « êtes-vous contents de vivre ? » notre réponse est un grand oui. Oui car nous sommes heureux d’avoir une famille et des amis pour pouvoir partager avec eux des bons moments, des repas, des jeux, des valeurs, de l’amour ; oui aussi car la vie apporte des surprises et il y a plein de choses à découvrir (un métier, d’autres pays en voyageant, ce qui nous entoure, la vie dans tous ces aspects).

Vous nous demandez aussi si « nous sommes quelquefois tristes et pourquoi ? » Bien sûr que nous sommes parfois tristes, c’est normal car on est à l’écoute des autres et de nous-mêmes et on prend part aux émotions des autres et de nous-mêmes. Par exemple nous sommes tristes quand nous ne nous sentons pas écoutés, que nous sommes incompris ou contrariés, face à la maladie, le décès de proches, quand nous nous disputons avec les amis ou la famille.

Votre dernière question est « voulez-vous grandir, pas seulement physiquement, mais aussi grandir bien dans votre cœur et avec les autres ? » Ce qui nous motive pour grandir c’est devenir mature pour pouvoir prendre nos responsabilités, être libre et partager des valeurs, une amitié, des moments avec les autres. Nous avons envie d’échanger nos savoirs et apprendre un métier pour faire un travail qui nous plaît. Nous voulons fonder une famille, vivre des moments importants, découvrir le monde des adultes et le monde en voyageant pour encore plus partager avec les autres.

Alban, Bastien, Clémence, Gaétan, Lise, Lucas, Manon, Mathilde, Nicolas, Romane, Valentin.:

Aide aux migrants – Majeurs ou mineurs ? Un passé douloureux, un avenir incertain.

Nathalie est tramayonne. Elle travaille en ce moment dans le cadre de l’association Enfance et jeunesse en Avallonnais, pour les migrants mineurs non accompagnés (qui se présentent seuls, sans leur famille).

Ils se disent mineurs. Il s’agit d’évaluer s’ils le sont réellement. L’avis donné est transmis au procureur de la République. Il sera parfois complété par des examens complémentaires (âge des os par exemple.). De là dépendra une orientation déterminante pour l’avenir.

Ces jeunes viennent surtout du Mali et de la Côte d’Ivoire, quelques-uns d’Afghanistan. Ce sont presque exclusivement des garçons (voyage trop dangereux pour les filles). Une trame d’évaluation permet d’apprécier la cohérence des éléments proposés, pouvant constituer des preuves : les papiers en leur possession, leurs explications (leur histoire, leur mode de vie, leur scolarité, les raisons de leur départ, le trajet pour arriver en France, les obstacles rencontrés).

La présence d’un interprète, issu du même pays, permet dans certains cas d’avoir un meilleur accès à une culture particulière : comment interpréter tel comportement déroutant, comment réagir ?

Des histoires de vie

Nathalie se dit touchée par certaines situations particulièrement difficiles : celle par exemple de ce petit afghan : il refusait, malgré les menaces, d’être enrôlé par les Talibans. Ils sont venus le chercher alors que toute la famille était à table, sauf lui, parti se laver les mains… Tous les autres ont été tués. Il s’est caché jusqu’à la nuit, puis il a rejoint un oncle qui l’a fait passer en France.

Autre exemple : c’est un jeune malien orphelin. Sa tante l’avait récupéré mais n’avait pas les moyens de l’envoyer à l’école. Il travaillait donc toute la journée dans les champs. Il prenait des cours du soir auprès d’enfants scolarisés. Il avait ainsi acquis un bon bagage.

Essayer de dominer la réalité

Le voyage s’est souvent passé dans des conditions très difficiles. Ils ont été frappés, rançonnés. Ils ont risqué leur vie. Ils gardent des séquelles physiques et psychologiques. Pour ne pas être écrasés par ces situations, ils les racontent parfois comme s’ils avaient participé aux épreuves d’un jeu !

Beaucoup sont motivés pour des études. Certains professeurs, réticents au départ, découvrent leurs capacités, leur courage, leur reconnaissance. C’est un travail très prenant. Nathalie reconnaît qu’elle ne pourra pas « le faire pendant des années ! ».

Marie Thérèse Denogent

Anne Mouz-Micolod, costumière d’intérieur à Trivy

A l’École Nationale Supérieure d’Arts et Techniques duThéâtre, Anne découvre les modes, les matières, les tissus et affine ses techniques de création de costumes. C’est le temps du développement personnel de sa créativité, de ses capacités d’invention et de son inspiration.

Intermittente du spectacle, Anne met ses talents de création de costumes au service du cinéma d’époque ou contemporain, du théâtre, des séries télévisées, à Paris et à Marseille. Elle participe même aux débuts de « Plus belle la vie » !

Au terme d’une vingtaine d’années au service du costume historique ou contemporain, expérience professionnelle à l’appui, Anne souhaite évoluer vers une carrière plus personnelle, marquée par une plus grande liberté d’inspiration, de création et d’action. Une formation « décoration intérieure » à l’École Boulle est alors le tremplin qui lui permet d’accéder à son rêve.

Anne réduit son activité pour s’engager avec autant de persévérance et de passion, sur le chemin à forte ressemblance créative et artistique de son nouveau métier qu’elle se plaît à nommer : « costumière d’intérieur ». C’est le début d’une reconversion. Son ancien travail établit le lien avec sa nouvelle démarche. C’est à Trivy, son village d’adoption, et dans son grand atelier de couture occupé par les machines à coudre, les outils, les tissus et bien d’autres matériaux que nous l’avons rencontrée. L’œil est attiré par ces objets dont on se rappelle le caractère quelconque, banal et qui sous l’effet d’une métamorphose de bon goût, venant témoigner de la dextérité de l’artisan, vont devenir des éléments d’une très belle décoration intérieure. Meubles, chaises, fauteuils, tabourets, coussins, couvertures, etc.

« J’aime mettre en scène des objets, des décors éphémères qui changent et qui me laissent une totale liberté. Les matières anciennes avec lesquelles je travaille racontent une histoire, je les fais revivre d’une autre façon. Par exemple, je peux allier aux matériaux modernes les canevas, les napperons au crochet, les dentelles, les tissus. Je m’aide de la teinture pour jouer avec les couleurs. Soucieuse du client, je fais une ou deux propositions de création qui me poussent à la créativité et à un dynamisme ».

Dans l’avenir, « en continuant à composer des pièces uniques, je souhaite proposer des ateliers de couture créative, développer ma clientèle et recevoir l’agrément des Ateliers d’Art de France ».

Jacques Bonnamour

Parler aussi de ce qui va bien

L’article de Martine Magnon (en page 4 de ce numéro) aurait pu se conclure avec le témoignage de Dominique Quinio, journaliste à La Croix, qui, dans le contexte préélectoral que nous connaissons, nous semble mériter une plus large répercussion : « J’ai voulu montrer qu’à côté d’une actualité terrible, il y a aussi des actualités dignes d’être développées car des choses vont mieux…Pour ces jeunes*, mon souci a été de les renvoyer vers leur propre responsabilité, et regarder l’espoir plus que ce qui terrifie ! »
C’est ce que nous cherchons à souligner aussi (cf. la lettre de Bernadette Nourdin, page 13) en fidélité au travail des Haïtiens, en vivant au fil des décès que nous accompagnons et qui nous rassemblent. La presse locale le fait également avec bonheur. Saluons cet effort (cf. le portrait d’Alice Aubague ce 4 mars, de Daniel Jambon et d’Irénée Desbois le 8), aussi bien que le soutien affiché au travail de Thierry Giraud, inlassable supporter du peuple népalais depuis Matour (JSL du 3 mars, page 20).

Lire le bulletin complet n°103

Mon chemin de Compostelle

Ce chemin de Saint Jacques de Compostelle a été la suite d’un cheminement à la fois personnel et professionnel. C’est au retour de deux années remuantes pour moi que je décide de prendre la route. Deux années qui bouleversent mes origines et mon identité, et qui m’amènent à m’interroger sur la direction que je veux donner à la suite de mon chemin de vie.

Un besoin de me retrouver avec moi-même, de prendre du recul face au mouvement collectif, de vivre à un autre rythme et en communion avec la nature.  Et une envie de découvrir autrement mon propre pays.

Après m’être détachée de mes impératifs matériels et administratifs, je pars le 1er Mai 2014, de Saint Jacques des Arrêts, avec l’essentiel sur le dos. Dans le sac, chaque gramme compte, et je m’aperçois vite que ce que je crois être l’essentiel est encore de trop.  On apprend vite à se séparer du superflu.

Originaire à la fois du milieu agricole et viticole, je ne savais pas vraiment où j’allais ni ce qui m’attendait, mais je savais d’où je venais. Et sur mon chemin, mes pensées allaient souvent à ceux grâce à qui cette expérience se réalisait.

Depuis le nord ou le sud, il y a autant de chemins de Compostelle que d’individus. J’ai fait le mien en solitaire, même si sur ce chemin on n’est jamais vraiment seul. J’aimais me retrouver, aller à mon propre rythme. Certaines rencontres ont aussi été la source de ma motivation à continuer, à aller toujours plus loin pour le plaisir de les retrouver.

Sur le chemin, pas de division. Il n’y a plus de cadres, ni ingénieurs, ni médecins ni ouvriers. Nous  sommes tous égaux, avec les mêmes difficultés, chacun avec sa propre sensibilité et son défi.

Faire ce chemin seule, c’est être disposée aux rencontres, apprécier les portes ouvertes, les plus simples mais les plus chaleureux accueils. C’est aussi avoir le temps et la disponibilité pour s’émerveiller du plus banal des détails. Car ce qui rend ce chemin extraordinaire, c’est justement tout son ordinaire.

C’est au fil des pas et des kilomètres que s’est installé un tout autre mode et rythme de vie. Je me consacrais uniquement à l’instant présent, tout en gardant mon objectif. Les priorités du quotidien devenaient élémentaires : manger, dormir, être attentive à mon corps et savourer les plaisirs simples.

Je suis arrivée le 10 Juillet 2014 à Santiago de Compostella.  Des milliers de personnes rencontrées, de toutes nationalités, âges et classes sociales.

1875 kilomètres, 71 jours et 66 couchages différents, 13  régions traversées, 2 pays frontaliers, 8 kg sur le dos à l’arrivée, 1 paire de baskets épuisée et aucune envie de rentrer… S’est alors ouvert en moi la porte d’un nouveau chemin, enrichi de chaque rencontre, échange, passage et moment de recueillement avec la nature. Un sentiment de liberté : le chemin de ma vie est entre mes mains et tous les chemins sont possibles.

Marilyne SANGOUARD

Réparer les vivants

Simon, 19 ans, rentre avec ses amis d’une « session » matinale de surf. D’un coup, c’est le drame : accident, coma, hémorragie cérébrale. Les médecins ne peuvent rien faire, les lésions sont irréversibles. Maylis de Kerangal, dans son livre Réparer les vivants, tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer durant 24 heures exactement pour que cette mort prématurée et insupportable ouvre à la vie.

 

Au fil des pages, l’auteure nous plonge dans l’âme de Marianne, la maman de Simon. Elle décrit avec poésie et de belles métaphores son immense solitude pour recevoir cette nouvelle, son courage pour la dire à Sean, le papa, dont elle est séparée et qu’elle va retrouver dans ce malheur. On découvre ses doutes et ses souvenirs devant le corps de Simon, ses interrogations face à la demande des médecins. Comment accepter de voir des parties du corps de son fils prélevées pour d’autres ?

Quand tout s’achève, Marianne écrasée par la douleur, regarde la nuit : «Le coeur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d’autres provinces, ils filaient vers d’autres corps. Que subsistera-t-il, dans cet éclatement de l’unité de son fils ? Comment raccorder sa mémoire singulière à ce corps diffracté ? Qu’en sera-t-il de sa présence, de son reflet sur Terre, de son fantôme ?

Ces questions tournoient autour d’elle comme des cerceaux bouillants puis le visage de Simon se forme devant ses yeux, intact et unique. Il est irréductible, c’est lui. Elle ressent un calme profond. La nuit brûle au dehors comme un désert de gypse. »

Et puis il y a Thomas, infirmier de la cellule de coordination des prélèvements d’organes et de tissus. Il est le lien entre l’hôpital – avec « ses procédures hyper calibrées dans un cadre juridique dense et stricte, dépliées selon une temporalité précise » – et les parents de Simon, indécis de douleurs qui vont l’écouter parce « qu’il a eu pour eux un regard juste – ce regard qui les gardait du côté des vivants ». Ils ont à peine réalisé le drame qu’ils doivent prendre une lourde décision. Alors Thomas, avec empathie, écoute, explique, attend, rassure.

Au bloc opératoire, il sera le gardien de l’humanité de Simon en lui faisant écouter la voix aimante de ses parents juste avant l’arrêt de son cœur. Et quand tout sera fini c’est lui qui prendra soin du corps de Simon, « ce corps que la vie a éclaté retrouvera son unité sous la main de Thomas qui le lave, dans le souffle de la voix qui chante et qui reconstruit sa singularité pour le propulser dans un espace post mortem que la mort n’atteint plus, celui de la gloire immortelle, celui de la mythographie, celui du chant et de l’écriture ».

Nathalie Rajot

Nouvelles d’Haïti : nous relever grâce à vous

Vous nous venez en aide pour aller au secours du peuple haïtien si éprouvé une fois de plus par les dégâts importants de l’ouragan Matthew, comment vous remercier ?

Comme beaucoup d’Haïtiens nos maisons (sept dans la zone sinistrée) sont endommagées ainsi que les écoles, et la ferme qui est indispensable à la vie des populations et des communautés. Les reconstructions indispensables sont en cours d’analyses, d’expertises et les plus urgentes en cours de réalisation provisoire. La ferme a particulièrement subi de grosses pertes : vaches et poulets ont été emportés, ceux qui restent meurent petit à petit, les cultures ont été balayées…Le soleil est revenu, le courage aussi et l’on voit de petits abris de tôles refaire surface en attendant mieux. Les maisons dont les 4 murs étaient en béton sont à peu près restées debout mais les toits se sont envolés et la pluie abondante a détruit les biens à l’intérieur… Petit à petit, les communications sont rétablies : chemin à la place des routes, réseaux téléphoniques et internet. C’est comme cela que nous apprenons et pouvons juger de l’ampleur des dégâts. Notre compte Haïti est donc remis en route ! Son montant est constitué uniquement de dons que nous remettons directement aux religieuses chargées de les distribuer. Pour cette fois, nous souhaitons aider les familles très pauvres auxquelles nos soeurs sont présentes de par leur apostolat, et acheter de la nourriture de base pour pallier la faim qui commence à se faire sentir et ne tardera pas à poser de sérieux problèmes de santé. Les médias ont été présents à cet événement, durant quelques jours, déjà on en parle plus, mais ce peuple a besoin de nous pour garder l’espoir et recommencer à vivre…

Merci donc de votre générosité, nous remettrons 2000 euros très prochainement. Elle comprend la somme de votre don.

Rien ne reste oublié par le Seigneur,

Il saura vous le rendre en grâce et en bénédictions.

Merci, Merci !

Bien à vous.

Bernadette Nourdin
Lettre du 20 janvier 2017

Taizé 2016 : la fraternité humaine, moteur de toute une communauté

Le frère Roger avait imaginé la communauté de Taizé comme une parabole de communion, ferment de réconciliation dans la famille humaine. Les 75 ans de la communauté ont été célébrés en 2015, plusieurs belles commémorations avaient alors honoré la mémoire de son fondateur, 100 ans après sa naissance et 10 ans après sa mort.

Animés par ce même esprit, tous les frères, autour de frère Alois ; prieur de la communauté, veillent depuis à la lumière de l’Évangile, à faire perdurer leur engagement pour la solidarité humaine et ceci de manière très concrète.

Être au plus près de ceux qui souffrent

Frère Alois, s’est rendu au Liban et en Syrie début 2016. Il a visité des camps de réfugiés et y a recueilli une famille syrienne qui est aujourd’hui installée à Ameugny. Deux autres familles du Moyen-Orient ont aussi trouvé refuge.

Deux sont chrétiennes, une musulmane. La communauté a également accueilli, tout d’abord un groupe de jeunes venus de Calais, Soudanais, Erythréens et Afghans, tous musulmans suivis par un groupe de 16 mineurs isolés arrivés en novembre. « Il y a toujours eu une grande volonté de la communauté à tenter d’être au plus près de ceux qui souffrent, au plus près de ceux qui sont en difficulté » exprime frère David.

Un été de réflexions et de grande amitié fraternelle

L’été 2016 a été aussi l’occasion, comme chaque année, de recevoir à Taizé plusieurs milliers de jeunes venus du monde entier et d’accueillir de plus en plus d’experts pour débattre de sujets d’actualité. Les jeunes ont chanté ou joué d’un instrument pour mieux faire connaître leur pays. Ainsi, cette fête des nations quotidienne, particulièrement joyeuse et animée, a montré une image d’unité et de grandes amitiés fraternelle.

Le partage et la tolérance ont aussi guidé les interventions de l’association Coexister, mouvement des jeunes de différentes religions et convictions. Une rencontre a été organisée avec Jérôme Vignon, président de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale, et des membres de l’association Lazare qui propose des colocations avec les personnes à la rue.  « Les jeunes ont été sensibles à ces témoignages positifs de réussite. Leur questionnement porte sur ce qu’ils peuvent faire à leur niveau et ce que font les institutions, et notamment l’Europe, par rapport à la pauvreté et l’invisibilité sociale » explique Jérôme Vignon. La prochaine rencontre pour les jeunes de 18 à 35 ans aura lieu du 20 au 27 août 2017 à Taizé.

Martine Magnon

« Il faut pas se mettre dans l’idée qu’on peut plus rien faire »

Elle a déjà eu les honneurs de la presse. Mais Marcelle Loriol accepte encore d’être interviewée pour Le haut Clunisois. Elle le lit régulièrement « pour voir ce qui se passe ». Mais pourquoi cherche-t on à recueillir le témoignage de la patronne de la quincaillerie-droguerie de Tramayes ? C’est qu’à l’âge de 89 ans, elle est toujours aux commandes de son magasin.

Quand on s’étonne de cette performance elle répond : « Si on se met dans l’idée qu’on peut plus faire ça, on peut plus rien faire ! » Elle s’était fixé des dates butoirs, qui ont été autant d’étapes. Maintenant, elle projette de s’arrêter dans un an ou deux, mais qui sait ? « Je continuerais tant que je pourrais ! »

Être encore utile

Bien sûr, « la vie a tellement changé ! » Elle regrette la diminution des ventes. Mais elle est heureuse de raconter qu’une cliente a pu dénicher chez elle ce qu’elle n’avait pu trouver nulle part ailleurs : de l’amidon en grains ! « Tant qu’on peut faire plaisir ! » Elle se réjouit aussi que des gens passent dire bonjour même s’ils n’ont rien à acheter. Cela lui permet d’avoir des contacts et d’apprendre les nouvelles du pays. Elle ne prend pas de vacances. Son magasin n’est pas souvent fermé. Elle fait ses comptes « le dimanche bien tranquille ». Il faut aussi «préparer les commandes, chercher les références, ça fait travailler le cerveau ! » Je m’étonne de sa mémoire (Elle sait tout ce que contiennent son magasin et ses réserves. Elle trouve tout de suite ce que le client demande.) « Quand on vit dans son domaine, les objets sont toujours à leur place. »

Ne pas rester sans rien faire

Les autres occupations ne lui manquent pas : deux jardins, un petit qu’elle bêche encore et un grand, éloigné de la maison. « ça fait prendre l’air, ça fait faire de l’exercice ! » Elle trouve encore le temps de tricoter, de faire des mots fléchés, de lire un quotidien et Pèlerin. Elle s’étonne presque d’être « des fois fatiguée ». Elle regarde aussi les émissions de jeux, les documentaires, sans oublier la retransmission de la messe. Dans le passé, elle a aimé jouer avec le groupe de théâtre de Saint Point, dont elle appréciait l’ambiance. Elle aurait aussi voulu faire partie d’une chorale. « Je chantais tout le temps ! »

Son secret ? Elle dit : « Il faut aimer son métier. » Mais on constate aussi que ses centres d’intérêt sont nombreux et variés. Pas de souci, elle n’est pas à la veille de s’ennuyer !

Marie-Thérèse Denogent

Noël, chacun l’attend

L’empereur César Auguste décrète le recensement de l’Empire romain et Joseph, accompagnée de Marie sur le point d’accoucher s’est mis en marche pour rejoindre Bethléem en Judée. C’est au cours de ce voyage que Jésus est né, encore petit enfant, déjà le Messie. C’est pendant ce périple que la Sainte Famille s’est constituée. Aujourd’hui, on fête Noël en famille. On commémore cette naissance sur les routes d’il y a plus de 2000 ans et les familles se mettent en route pour se rassembler.

Ou nous retrouverons-nous ? Chez mamie ? À la maison ? Dans un gîte pour avoir plus de place ? Comment allons-nous voyager ? En voiture ? En train ? En avion ? Que vais-je mettre dans la valise ? Un livre dont je veux partager des passages ? Une vieille photo pour évoquer un bon souvenir ? Un jeu que l’on pourra tester ? Que préparerons-nous ? L’histoire de cette naissance à raconter aux plus petits ? Une recette plébiscitée par les cousins ? L’itinéraire d’une randonnée ?

Noël, chacun l’attend et chacun le prépare dans son coeur avec les souvenirs des Noëls précédents et les promesses des bons moments qui viendront. Quand enfin Noël est là, les horizons de nos familles dispersées se rejoignent pour former, le temps suspendu d’une soirée ou de quelques jours, un cocon rassurant et joyeux et l’on partage nos expériences, nos projets, les nouvelles de ceux qui n’ont pas pu se joindre à nous et surtout le plaisir de se retrouver. Même si le nombre de kilomètres parcourus est nul, Noël est toujours un voyage : vers notre enfance, vers la famille ou les amis rassemblés et aussi, bien sûr, vers ceux qui n’ont pas pu venir ou qui sont seuls et que l’on porte dans nos cœurs.

Cette année encore, je souhaite à tous un bon voyage.

Nathalie RAJOT

Lire le bulletin paroissial complet n °102:  matour_12_2016

Et pourtant la violence diminue

Dans nos conversations, le pessimisme est souvent présent. L’insécurité est l’un des thèmes qui revient souvent. Effectivement, si on se réfère aux titres des journaux, aux émissions de télé, aux discours de certains hommes politiques, la violence serait en augmentation. Pourtant, des études sérieuses prouvent le contraire.

 

 Le professeur à Harvard, Steven Pinker, a cumulé des statistiques sur les génocides, les guerres civiles, les homicides, les violences domestiques : il prouve que la violence n’a cessé de baisser depuis la Préhistoire. Comment expliquer cette contradiction entre nos convictions et la réalité ? Nous sommes beaucoup plus informés que dans le passé, en particulier à propos des événements les plus horribles : guerres, crimes, attentats, scandales. C’est ce qui mobilise notre intérêt, c’est donc ce qu’on nous propose le plus !

 

Nous avons la mémoire courte

Évidemment, les actualités parlent de ce qui se produit, pas de ce qui ne se produit pas ! Elles soulignent aussi moins souvent le positif que le négatif. De plus le même événement tragique revient à la une pendant des jours. Il nous envahit. Nous avons tendance à généraliser et à occulter le reste. Nous oublions aussi les malheurs du passé, même relativement récent. C’était le bon vieux temps. Pourtant, la guerre chez nous, ce n’est pas si ancien!

 

Notre sensibilité a évolué

Il ne s’agit pas de nier l’existence de risques, ni l’horreur de ce que vivent les victimes. Mais on se polarise sur les attentats, alors que les imprudences font beaucoup plus de dégâts. On estime que 1 500 Américains sont morts dans des accidents de voiture après le 11-Septembre 2001, en voulant éviter de prendre l’avion !

La conséquence d’une certaine pacification, c’est que nous sommes devenus de moins en moins tolérants. La moindre incivilité est mal supportée. Nous considérons comme violents des actes qu’on banalisait dans le passé. Par exemple, les bagarres entre les enfants existaient déjà mais soulevaient moins d’indignation qu’aujourd’hui. Souvenons-nous des luttes entre les jeunes de villages ou de hameaux différents, ou après les bals…

 

Être assuré contre tout

Une conséquence positive : On considère maintenant comme criminels des actes qui étaient tolérés et banalisés. On éprouve plus d’empathie vis-à-vis des victimes, qui hésitent moins à porter plainte. Mais le sentiment d’insécurité, de vulnérabilité s’est exacerbé, même quand on vit dans un milieu tranquille ! D’où une demande toujours plus grande de sécurité. On voudrait être assuré contre tout ! Mais nous pouvons aussi cultiver en nous un espace de paix qui nous rendra plus forts.

Marie Thérèse Denogent

Terreur de Jeunesse, de David Vallat: le parcours d’un repenti

Tout en sincérité et simplicité, David Vallat  nous raconte son parcours au travers de son livre Terreur de jeunesse. Ancien terroriste repenti, il décrit comment un jeune  de banlieue, français d’origine, va peu à peu se radicaliser au point  d’être incarcéré pour son implication dans les attentats de 1995. Comment sombre-ton dans le terrorisme ? Comment peut-on faire machine arrière et entamer le processus de déradicalisation ?

 

Une recherche de repère

Jeune de banlieue, les petits larcins sont monnaie courante. La religion ne fait pas partie de la culture familiale, mais David Vallat s’interroge: « dans le quartier […]  la plupart de mes copains sont arabes d’origine. Et donc musulmans. Leurs parents, issus de la première génération pratiquent une foi tranquille et discrète ». « Des repas, un sens de l’accueil, du partage » l’amèneront à se convertir à l’islam à l’âge de 15 ans. Mais, en parallèle, cela ne l’empêche pas de s’enfoncer petit à petit dans la délinquance.

 

Des mauvaises rencontres et de mauvais choix

A la prière, des courants intégristes voient le jour : «  vous avez un islam d’endormis » adressent certains aux plus anciens. Nous sommes en 1991. Des recrutements s’organisent pour aller combattre auprès  des musulmans en Bosnie. David Vallat commence à s’interroger… Il s’engage alors dans l’armée chez les chasseurs alpins où il trouve une autorité  mais  se perfectionne aussi au maniement des armes.

La Bosnie, puis un séjour en camp d’entraînement en Afghanistan l’entraîne sur la mauvaise pente. A son retour d’Afghanistan, David Vallat se trouve enrôler dans les réseaux du GIA et sera un rouage de l’organisation des attentats de 1995 en France. « Dans le passé, la jeunesse enragée pouvait se tourner vers l’extrême droite ou l’extrême gauche  […] Sur le marché  des idéologies subversives, que reste-t-il en 1995 ? Un islam radical prêt à mettre la main sur une frange entière de la jeunesse française ? […]La terreur est au bout de l’impasse ».

 

Une déradicalisation possible

Son emprisonnement  pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste pour son implication dans les réseaux du GIA, la lecture et diverses  rencontres lui permettront d’avoir un nouveau regard sur sa religion. « Mon esprit commençait à prendre du recul, à douter des réelles motivations de mon combat. ». Incarcération, lecture et heureuses rencontres lui permettront ainsi d’entamer le processus de déradicalisation. David Vallat n’a pas renié sa foi musulmane. « Seule ma lecture du Coran a changé. »

Cécile CHUZEVILLE

Vivre l’unité dans la diversité: un tissu qui s’élabore

Vivre l’unité dans la diversité et la diversité dans l’oeuvre commune

Un tissu qui s’élabore

La communauté est comme un tissu qui s’élabore,

Un tissu dont je ne sais pas ce qu’il sera

Mais qui, autour de nous peu à peu,

Se tisse sans modèle ni dessin savant.

 

Dans ce tissu, je peux être un fil, un trait de couleur…

Bleu profond ? Rouge éclatant ?

Ou bien le fil de lin gris.

Cette troisième couleur, au dire des tisserands,

est la plus importante.

Le gris neutre de tous les jours,

celui qui fait chanter le bleu profond

et le rouge éclatant ; celui qui est porteur d’harmonie.

 

N’avoir que ma propre couleur, et de cela me réjouir,

pour qu’elle apporte la joie et non la rivalité,

comme si, moi bleu,

j’étais l’ennemi du vert, comme si j’étais,

moi, ton adversaire.

 

Et ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas entrer

avec nous dans l’ouvrage ?

 

Irai-je, les précédant, leur faire place,

pour qu’ils viennent librement,

de leurs propres couleurs se mêler au dessin ?

Il y a une place pour tous.

 

Et chaque fil vient apporter une continuité

non seulement ceux qui, à l’origine du travail,

ont été tendus d’un support à l’autre du métier,

mais chaque fil.

 

Un fil vient à se rompre : aussitôt le travail s’arrête,

et les mains patientes de tous les tisserands

s’appliquent à le renouer.

Chaque fil, même le plus lumineux, peut disparaître,

tissé sous les autres.

Il est cependant là, non loin,

même si notre oeil ne le perçoit plus…

 

Maintenant, c’est au tour du mien

d’être lancé à travers la chaîne.

Quand son trait aura cessé d’être visible,

alors toute l’harmonie apparaîtra,

harmonie de ma nuance mêlée

à toutes les autres qui l’accompagnent

jusqu’à ce qu’elle disparaisse.

 

Je ne sais ce qu’il adviendra de ce tissu.

Le saurai-je jamais ?

 

Un tisserand finlandais