Obsèques, heure de vérité…

Au cours de célébrations de funérailles, il m’arrive d’être le témoin de moments de rare vérité. Et plus souvent qu’on ne le pense ! Le texte qui l’illustre ici vient souvent au dernier moment, comme si son auteur éprouvait qu’il ou elle ne pouvait pas se taire davantage. Ce qui se traduit le plus souvent par une phrase du genre « X souhaite dire quelque chose ». Par rapport à soi même ? Par rapport à son entourage familial ? Ou plus largement encore ? Sans doute un peu de tout à la fois. Certes l’assemblée, ce jour-là rassemblée, ne l’entend pas toujours très bien : l’émotion ne se maîtrise pas comme on voudrait, le micro ne fonctionne pas très bien, le texte préparé à la hâte n’est pas facile à relire, que sais-je encore !
Merci à son auteure d’avoir accepté que sa retranscription soit communiquée plus largement par la voie de notre journal, tout en respectant son anonymat. Rien n’a été changé ou réécrit. Peut-être serait-il bon de le lire à haute voix, et ainsi d’éprouver la difficulté de rédiger ce qui est intime et pourtant partagé, ce qui est singulier et qui, paradoxalement, devient universel, ce qui a blessé et s’avère un baume qui réchauffe les raisons de vivre. Si tel ou tel souhaite réagir à la lecture de ce texte, je peux le faire suivre à son auteure. La suite vous appartiendra.

Le pardon

Admonester, maudire, regretter, comprendre, compatir…
Combien de randonnées solitaires débuteront avec rage, combien de vaisselles seront curées les larmes aux yeux…
Et puis, peu à peu, les mâchoires se desserrent, les larmes sèchent, la vie revient. Le deuil fait son chemin…
Si on ne pardonne pas, un jour ou l’autre, on s’épuise.
Le pardon qu’on donne, c’est le pardon qu’on se donne.
Le temps du pardon vient pour qui le cherche, après le passage de la fureur et de la peine,
au moment où il convient de se réconcilier avec soi-même.
Le temps ne fait rien à l’affaire : rien ne peut défaire ce qui a été fait, donner ce qui n’a pas été donné, dire ce qui n’a pas été dit.
Il n’y a aucune possibilité d’annuler les erreurs ou les blessures.
Ainsi, le pardon semble la démarche la plus prometteuse pour qui refuse l’oubli et ne veut pas porter plus loin la rancune.
Il promet l’apaisement personnel et la pacification familiale.
On peut pardonner aux vivants, on peut pardonner aux morts.
On peut le leur faire savoir ou le garder pour soi.
L’important est que la pensée se libère et que la vie revienne.
Le pardon est un don que les générations accordent aux générations.
C’est l’acte de réconciliation avec soi-même qui surgit souvent au coeur de la maturité.
Pour cela, pour chacun d’entre nous, il n’est jamais trop tard.
Le pardon promet la paix à celui qui pardonne et une plus grande liberté à ses propres enfants.
Le pardon qu’on accorde à nos parents est une promesse faite à nos enfants.