Libérer le futur

Une autre année va débuter. Il n’y a pas vraiment de rupture, de séparation entre deux années civiles, comme il en existe entre deux années scolaires. Mais nos vœux correspondent bien à la perception du passage d’une étape terminée à une autre étape à venir. Quelque chose est fini et autre chose va commencer, qui pourra être différent. C’est une occasion privilégiée de s’interroger sur l’avenir.

Pour les jeunes, l’avenir s’écrit à partir d’opportunités et de choix

Que sera 2014 ? Notre questionnement est fonction de notre âge et de notre état d’esprit : espoir de réussite, d’évolution positive ou crainte d’événements douloureux. Qui sera encore là dans un an ? Ce qui nous a été donné peut nous être repris. C’est l’inconnu. On souhaiterait souvent continuer comme avant, mais tout change, tout se transforme tout le temps. Les événements ne se passent pas souvent comme on les avait prévus, imaginés.
Il nous faut donc en quelque sorte nous attendre à l’inattendu. Nous avons tendance à reproduire ce qui a déjà marché, alors qu’il faudrait accepter de se réveiller, de remettre en cause nos habitudes bien ancrées, de nous changer nous-mêmes.

Des « cadavres dans le placard »

C’est difficile parce que l’année nouvelle nous retrouve semblables à ce que nous étions l’an dernier, avec tout le poids du passé. On ne peut pas faire table rase de ce passé. Il nous a construits. Il n’est pas question de le rejeter ou de l’oublier, mais de faire en sorte que le futur ne soit pas écrasé, enfermé dans les conséquences de nos actes. Les souvenirs douloureux, les échecs, les rancœurs entretiennent nos ruminations, notre colère intérieure. Les ressentiments pèsent lourd. Ce fardeau, ces entraves nous encombrent, nous épuisent, nous empêchent d’investir notre énergie dans le présent. C’est ce qu’on appelle « les cadavres dans le placard », cachés mais bien présents, et encore actifs.
Jean-Paul Kaufmann, otage au Liban déclarait: « L’esprit de vengeance m’est apparu comme une seconde souffrance, il empoisonne l’existence. »

Pour être heureux et en paix, il faut parfois savoir se libérer du poids du passé.
Pour être heureux et en paix, il faut parfois savoir se libérer du
poids du passé.

Pardonner

Ce qui peut nous délivrer du passé, c’est le pardon. On le situe souvent uniquement dans le domaine moral ou religieux. On en fait un devoir, une action vertueuse. Mais c’est aussi une manière d’être plus heureux, de retrouver la paix : éliminer ce qui nous entrave, ne pas ressasser, s’ouvrir, faire de la place, libérer le « disque dur », retrouver nos chances d’évolution, de reconstruction.
Pour la personne offensée, pardonner à l’autre gratuitement, c’est difficile : pardonner l’impardonnable, « même quand nulle excuse ne saurait excuser » (Vladimir Jankelevitch). Et pourtant « rien ne peut renaître et vivre si nos poings sont fermés » (Didier Rimaud). « Ouvrir le poing pour retrouver la main » (Jean-Yves Leloup) c’est souvent au-dessus de nos forces. Mais peut-être y a-t-il en nous plus grand que nous auquel nous pouvons faire appel.
Il est important aussi de se pardonner à soi-même. Ce n’est pas forcément plus facile que de pardonner aux autres. Il ne s’agit pas de nier sa culpabilité, mais de ne pas la traîner comme un boulet qui nous ralentit ; se réconcilier avec soi-même, accepter ses limites, ses insuffisances, assumer d’être ce que nous sommes.