Le dernier testament de Ben Zion… à lire avec circonspection

Fallait-il vraiment lire ce roman de James Frey? Choquant… pour tous les croyants de toute confession, juive ou chrétienne. Sans jamais s’exprimer vraiment Ben Zion les remet toutes en cause et les critique toutes. Choquant… pour tous ceux qui essaient de donner un sens moral à leur vie en dehors de toute religion!

© CIRI

Mais qui est Ben Zion? Rien moins que le messie réincarné. Un messie qui vit à l’encontre de toutes les lois. Mais, me direz-vous, Jésus bravait les interdits et les règles de la loi juive, il fustigeait les pharisiens… chassait les vendeurs du temple, guérissait le jour du Sabbat. Alors, que reprocher à ce nouveau messie ? Il fait plus penser à un gourou mais ne cherche pas à retenir ceux qu’il a attiré et à qui il ne demande pas d’argent. Un nouveau prophète qui vit pauvrement dans un quartier peuplé majoritairement de Portoricains, le seul blanc parmi tous ces gens de couleur, «?ce qui n’a pas l’air de le gêner.?»
Le roman est construit en seize chapitres autour de quatorze personnages qui, chacun avec leur style, livrent leurs impressions à la rencontre de Ben Zion. James Frey essaie de les faire coller à des personnages bibliques. C’est cela d’abord qui m’a heurtée, j’avoue n’avoir jamais vu Jean-Baptiste sous les traits d’un trafiquant en tout genre, à la tête d’une armée de pauvres types à qui on fait croire n’importe quoi pour avoir à manger!
L’évolution de Maria angeles, alias Marie-Madeleine, est sûrement ce qui est le plus intéressant. Au cours de son enseignement, il remet en cause le pouvoir abusif des religions, leur volonté de maintenir les gens dans la peur, les livres saints : «?Il faudrait considérer ces livres de la même manière que nous considérons tout ce qui est de la même époque, en reconnaissant leur importance historique, mais sans leur accorder la moindre valeur.?» Dieu est infini, Dieu est Amour, tel est le fond de son enseignement, mais c’est justement sa vision de l’amour qui pose question : dérive vers des rapports sexuels multiples, puisque c’est au cours de l’orgasme que Dieu se manifeste! C’est en cela que l’on pense plus à une secte, essentiellement à partir de la rencontre de Judith, le douzième personnage.
Ce qui rend ce roman encore plus pénible à lire c’est le style. Pour coller au plus près de ces personnages, James Frey emploie leur langage souvent vulgaire, voire ordurier. J’avoue avoir eu beaucoup de mal avec certains chapitres. En réfléchissant à ce qui a pu pousser cet auteur américain à se lancer dans une telle « entreprise », je me suis dit que sans doute, la multiplication des églises aux Etats-Unis et l’emprise de la religion sur la vie politique et publique de ce pays devait être le mobile de l’auteur. Mais peut-être en est-il tout autre. Cela dit, je reviens à ma première interrogation: fallait-il vraiment lire ce roman?