L’ambulancier : un professionnel de la relation

C’est à l’âge de 26 ans que Jean-Paul Jaffre a décidé de s’installer comme ambulancier à Tramayes avec son épouse. Trente et un ans plus tard, il affirme : « Si c’était à refaire, je referais la même chose. » Il dit aller au travail avec plaisir. D’ailleurs, « pour moi, ce n’est pas vraiment un travail ! C’est un beau métier, super intéressant. Il faut aimer les gens, sinon il faut faire autre chose ! »

Jean-Paul dit aussi aimer conduire.

Depuis un an, il n’intervient plus pour les urgences. Il passe donc de très longs moments avec les personnes qu’il transporte en véhicule sanitaire léger (VSL). Cette situation fait que l’aspect relationnel a une importance particulière : des malades souvent souffrants, inquiets du sort qui va leur être réservé, parfois paniqués à la perspective de pénétrer dans un univers inconnu, voire perçu comme hostile. Les personnes sont donc hypersensibles à l’attitude de l’accompagnant. Un sourire, une plaisanterie, un mot de patois, c’est énorme.

Un confessionnal

Il insiste aussi sur l’empathie nécessaire : être à l’écoute et totalement respectueux de l’attente de l’autre : bavarder ou rester silencieux ; évoquer la maladie ou parler de tout autre chose. On lui dit parfois : « Je n’ai pas vu passer le voyage ! » Il compare son véhicule à un confessionnal : c’est le lieu propice aux confidences, avec le respect du secret professionnel. Il faut aussi accepter une attitude défensive, parfois le déni d’une maladie grave, plus rarement l’agressivité. Certaines journées sont particulièrement dures, mais « le dernier qui passe ne doit pas en subir les conséquences ». Il faut donc rester disponible et c’est le soir en famille qu’on pourra se reposer et éventuellement se défouler. Jean-Paul donne beaucoup de réconfort aux patients. Mais il dit recevoir aussi beaucoup. Il parle d’eux d’une manière positive : « Ils sont tous très attachants. Chaque personne nous apporte quelque chose. »

On se connaît tous

Il est bien placé pour expliquer, rassurer, dédramatiser. Il a une grande pratique des rouages du système : médecins, infirmiers libéraux, milieu hospitalier. Le fait d’être connu et de connaître beaucoup de monde est un atout important : on lui fait confiance. Il dit aussi apprécier de travailler dans notre milieu rural, qu’il qualifie de paisible. Mais il y a le revers de la médaille : il ne peut pas ne pas être affecté par des situations dramatiques concernant des personnes qui lui sont proches. C’est lourd à porter, particulièrement quand il s’agit de jeunes. « C’est anormal, on ne peut pas l’accepter! » Il se sent impuissant face à la détresse. On touche alors aux questions existentielles : quel est le sens de la vie ? « Au bout, il y a la mort. Tout ça pour quoi ?.. »