« La mort peut attendre »

Ceci n’est pas un roman, mais le fruit de la réflexion du professeur Maurice Mimoun.
« Depuis longtemps, je projetais d’écrire sur l’euthanasie. Une nécessité. J’avais rassemblé les exemples, consigné les réflexions. J’avais mon idée je maîtrisais ma conclusion. »
C’est par ces mots que commence ce récit passionnant, parfois insoutenable, tant les exemples choisis sont bouleversants. Maurice Mimoun, La Mort peut attendre, Paris, Albin Michel, octobre 2014, 192 pages.

Il y a cet homme, jeune victime d’un terrible accident du travail : bilan apocalyptique. Une question : que faire ? Malgré la réticence de l’équipe médicale il tient bon. Pourtant, au premier abord il n’y avait aucune chance.

De la difficulté de juger de la valeur de la vie

Les réunions « éthiques » sont houleuses et la question que le professeur attendait surgit : Réunion éthique ? Le rôle du médecin n’est-il pas de garder en vie ? Oui, mais à quel prix pour celui qui va survivre ? Face à toutes ces interrogations, le chef de service tient bon, il sait tout cela, il comprend, mais au bout il y a la vie ! Et cette merveilleuse conclusion : « Le mort était vivant. Le mort boitait sur ses deux jambes. Le mort voyait d’un œil. Le mort était heureux de vivre. »

« On verra bien demain »

Et puis il y a Jean-Michel, un ami, c’est toujours beaucoup plus difficile lorsqu’il s’agit d’un ami ! Jean-Michel a quarante ans, il est insouciant. Il a de l’argent, des amis, deux filles, sa mère avec qui il doit partir en vacances… Mais voilà, le mal insidieux ne peut attendre un retour de vacances. Maintenant que Jean-Michel est entré dans son service, il va falloir choisir : « Heureusement, nous avons choisi la méthode radicale ; celle qui laisse le moins de chance à la tumeur de gagner. Quand je dis nous, c’est Jean-Michel et moi, en fait, c’est moi et il m’a suivi. »
Parce que la vie est plus forte que la mort, chaque soir, vers 22 heures, lorsque le professeur vient dire bonsoir à son ami, la phrase, devenue rituelle, congédie le médecin : « On verra bien demain ». C’est le signal, le professeur peut rentrer chez lui. Devant l’ampleur que prend le mal, il tente de trouver une solution, mais Jean-Michel refuse, il n’a plus la force de lutter, son sourire qui accueillait les amis a disparu, et ce soir-là il n’y a pas la phrase qui apaise. Il a compris et prévient la famille. Est-ce un échec ? «On a échoué. On (moi). Il faut mener tous les combats. C’était ton premier. Plus fort que nous. Il est mort. »
Le professeur Mimoun a eu beaucoup de mal à se remettre de cette mort, c’était son ami… Au cours de ce récit, on découvre beaucoup d’autres exemples et quelle que soit notre position sur l’euthanasie nous ne pouvons pas être insensibles aux nombreuses questions et réflexions suscitées par ce bouleversant récit.