Idée de lecture « Le Voyant » : Une vie folle racontée par Jérôme Garcin (nrf).

Jérôme Garcin, journaliste connu comme animateur puis producteur dans « Le Masque et la Plume » et directeur adjoint à l’Obs, est connu aussi comme écrivain. Le Voyant, écrit en 2014, a reçu de nombreux prix. Jérôme Garcin y consacre avec enthousiasme la vie de Jacques Lusseyran.

Jacques Lusseyran, né en 1924, est devenu aveugle à 8 ans. Une petite bousculade en classe (ses lunettes mal placées) lui fait perdre les yeux ! Sa mère veut qu’il soit un aveugle parmi les voyants. Pas de plaintes, pas de regrets, il cherche la paix en lui-même et une harmonie avec le monde : « La lumière, je la retrouverai au-dedans de moi ». À 10 ans, il entre en sixième avec sa machine à écrire en braille. De son handicap, il fit un privilège : le « dehors » n’est pour lui qu’une illusion. Avec son ami et aide, Jean Besniée, ils travaillent, lisent beaucoup.

1939, voici la guerre, il a 15 ans. Il regroupe des élèves qui se désignent « Volontaires de la liberté ». Les voici trois cents, ils rejoignent le réseau « Défense de la France » de Philippe Viannay et de Jacqueline Pardon, et entrent en Résistance.

En 43, le voici arrêté sur dénonciation. Après six mois à Fresnes, il est déporté à Buchenwald. Il vit dans un block « poubelle » des infirmes, avec des rations diminuées. Il est épargné aux commandos de travail. Enfermé là-dedans, il pense aux couleurs, il se ferme au monde extérieur. Il apprend la mort de Jean Besniée, et devient presque fou. Un Russe, par son chant, le remet un peu mieux.

Les vies d’un homme livre

Mars 1945, l’armée américaine arrive. Son ami Viannay vient le libérer. Il retrouve Jacqueline Pardon. Elle, le voyant anémié, décide de l’épouser. Un « sacerdoce » qui durera huit ans… Ils veulent faire une reprise de Défense de la France. Échec. Il veut se présenter à l’Ena : non accepté pour les aveugles !

Un non-voyant mal-aimé. Donne quelques conférences à l’Alliance française. Il bouge beaucoup, quitte Jacqueline Pardon, épouse Jacqueline Hospitel, rencontre Georges Saint-Bonnet, une sorte de gourou qui l’influence beaucoup. Le voici maintenant en Amérique.

 Il enseigne au Hollins College en Virginie. Il parle de littérature et de philosophie en homme libre : un homme-livre. On loue ce professeur, et sa culture encyclopédique. Il se noue avec Toni, une étudiante : scandale. Il quitte les États-Unis, part en Grèce, puis s’installe à Aix-en-Provence. Il écrit un roman d’inspiration. Gallimard publie Douce, trop douce Amérique. Une vie folle, trois fois marié, cent fois conquis, infidèle à toutes. En 1971, accident de voiture avec Marie. Elle a 30 ans, et lui 47 ans. Il laisse quatre enfants, une demi-douzaine de livres, des contes, des pièces, une thèse… Un aveugle dont les exploits fascinent les étrangers.

Le Moi était pour lui la seule richesse de ceux qui n’ont rien.

Antoine Buffet