Homélie du Jeudi Saint

Homélie par René Aucourt – Jeudi Saint – 9 avril 2020

«  Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? » voici la question que Jésus pose à ses disciples tout de suite après leur avoir lavé les pieds. N’est-ce pas aussi la même question que Jésus nous pose aujourd’hui …

La réponse est déjà un peu dans la question. Faire pour vous… Il s’agit d’une action concrète, d’un acte, pas d’une belle parole ou d’une belle intention. C’est bien réel, bien concret. C’est aussi « pour vous ». Il y a des destinataires, des bénéficiaires. Cet acte concret est un signe. Il s’agit du service de l’homme. De façon tout à fait solennelle, Jésus vient laver les pieds des disciples. Il prend la place habituellement réservée au serviteur, voire à l’esclave. Il se met à genoux devant l’homme, il prend le tablier de service. Il lave et il essuie les pieds sales marqués par la poussière et les cailloux du chemin. Il accueille et redonne une dignité, une place à la personne blessée. Ainsi, Dieu en Jésus se met au service de l’homme. Il s’abaisse jusqu’à se mettre à genoux devant l’homme.

Et Jésus nous explique : « vous m’appelez Maître et Seigneur et vous avez raison. » Jésus ne nie pas qu’il est Dieu, Fils de Dieu. Il est bien le Maître et le Seigneur. Il est bien le Tout-Puissant. Mais il ne faut pas se tromper : sa Toute-Puissance est telle qu’il s’abaisse. L’amour seul explique cette apparente contradiction. C’est par la toute-puissance de son amour qu’il donne sa vie, qu’il fait tout « pour nous ». C’est lorsqu’il se laisse conduire à la mort qu’il montre la perfection de son amour. Un amour qui ne pourra être que source de vie, plus forte que toute mort, que toute domination.

Alors Jésus invite à faire « vous aussi comme j’ai fait pour vous. » Ce chemin du service et de la vie donnée devient un grand programme pour nous. Le service n’est pas un devoir à faire, une humiliation mal placée, c’est une source de vie et de bonheur à la suite du Christ lui-même. Donner une place à l’autre, s’ouvrir à celui qui est tout proche, être attentif à celui qui peine… autant d’occasions pour vivre comme le Maître et Seigneur.

Dans cet aujourd’hui que nous vivons, les inventions du service sont nombreuses. Comment ne pas penser à tous ceux qui sont applaudis chaque soir ? à tous ceux qui sont à notre service…Mais la vie en famille comme en solitude peut devenir le lieu du service, toujours à inventer…

En ce Jeudi Saint, nous vivons la « mémoire de la Cène du Seigneur. » Cette année, nous vivons l’eucharistie… sans pouvoir la célébrer réellement. Peut-être sommes-nous invités à être particulièrement attentifs à cet Evangile. Jean ne raconte pas l’institution de l’Eucharistie. Il met en avant le signe du lavement des pieds. L’Eucharistie, c’est le service, c’est la vie donnée du Christ pour chacun. A nous de le recevoir, à nous de le contempler, à nous de le vivre… à la suite de Celui qui « nous a fait passer de l’esclavage à la liberté, des ténèbres à la lumière, de la mort à la vie, de la tyrannie à la royauté éternelle, lui qui a fait de nous un sacerdoce nouveau, un peuple choisi, pour toujours. C’est lui qui est la Pâque de notre salut. » (Méliton de Sardes)