Homélie du Dimanche 24 Mai

par René AUCOURT

Habituellement, lorsque l’on pense prière, on pense demande faite par l’homme à Dieu, au Christ. C’est s’adresser à Dieu pour lui demander quelque chose. Dans cet Evangile, avec Jésus, tout est renversé, chamboulé… on n’est plus du tout dans la même logique. Jésus dit : « Moi, je prie pour eux… » Voici donc que c’est Jésus lui-même qui prie pour l’homme. C’est lui qui demande quelque chose pour l’homme. Changement radical qui nous oblige à changer.

Prier, c’est donc entrer dans la prière même de Jésus qui prie pour nous. C’est lui qui a l’initiative, c’est lui qui prend soin de nous. Il a fait et il fait tant de choses. Il a accompli l’œuvre du Père, dit-il. Il s’est manifesté, il a donné sa Parole. Il est l’Envoyé du Père. C’est lui qui a donné sa vie pour l’homme. Il est, dit-il, sorti du Père. Il s’est fait proche de tout homme, tellement proche qu’il a pris chacun d’entre nous dans sa prière. Et cette prière peut se définir par les mots de relation, d’intimité. C’est ce que Jésus nous révèle aujourd’hui : « Ceux que tu m’as donné, ils sont à toi et tout ce qui est à moi est à toi, et ce qui est à toi est à moi. » Il y a donc désormais un lien, indéfectible entre le Père et le Fils et tous ceux qui sont dans le monde. Plus encore, Jésus affirme : « je suis glorifié en eux. » Sa gloire, c’est-à-dire son être profond, le poids de ce qui fait sa vie, n’est pas en l’air, en suspension, ou bien enfermé en lui-même. Il ne faut pas se tromper de gloire. Ce n’est pas la gloriole, ni la réputation, ni la mise en lumière. Sa gloire est faite pour se donner, se partager. Elle rayonne. Elle repose même dans l’homme. Jésus se reconnait dans l’homme. Il reconnait son être profond, sa vie, sa gloire dans l’homme. Comment ne pas en être étonné, comment ne pas entrer dans une immense action de grâce, un immense merci. Nous n’en sommes vraiment pas dignes mais Jésus le Christ prie pour nous et il nous fait partager sa vie, sa gloire. Alors, notre vie toute entière en est transformée et notre regard sur l’homme en est changé.

Ici, dans cet évangile, le mot Esprit Saint n’est pas employé, mais on le devine derrière toutes ces expressions. Cette relation, ce dépôt de la gloire dans l’homme, cette prière … c’est bien le signe de l’Esprit Saint qui est déposé en nous, qui se développe en nous. Dans ces jours, à l’approche de la Pentecôte, où nous nous préparons à recevoir l’Esprit d’une façon renouvelée, nous pouvons entrer dans la prière de Jésus et dire avec lui :

Viens Esprit Saint… Viens en nous, dispensateur des dons, viens, lumière de nos cœurs, consolateur souverain, hôte très doux de nos âmes, adoucissante fraîcheur…Ô lumière bienheureuse, viens remplir jusqu’à l’intime le cœur de tes fidèles…