Homélie du 13 Septembre

Pardonner ce n’est vraiment pas facile… c’est peut-être ce qu’il y a de plus dur à vivre. Si quelqu’un nous a fait du mal, nous sommes blessés et nous ne pouvons pas oublier, nous ne pouvons pas vivre comme si de rien n’était. Et souvent ces blessures nous rongent, nous rendent tristes et nous empêchent de vivre vraiment. Tous les blessés de la vie sont marqués profondément et souvent pour longtemps. Jésus nous dit aujourd’hui qu’il faut pardonner. On a envie de lui dire : pas possible. C’est au-delà de nos forces.

Jésus nous raconte alors une histoire, une parabole pour bien nous faire comprendre ce qu’il veut dire, son invitation. A travers cette image du maître, nous découvrons, nous devinons le visage de Dieu lui-même. D’abord il reconnait ce que le serviteur lui doit… il ne fait pas comme si c’était rien. Puis il est sensible à la demande : prends patience envers moi. Il est alors saisi de compassion. Dieu est pris au ventre, pris aux tripes. Il n’enferme pas l’autre dans ce qu’il a fait ou ce qu’il doit. Il lui offre un avenir… Le serviteur sinon n’aurait pas eu assez de sa vie pour rendre tout l’argent qu’il devait. Ce maître laisse partir, il rend la liberté. Il offre une autre solution.

C’est exactement cela le pardon. C’est reconnaître la faute bien sûr… et ce n’est pas si simple. Il y a parfois des attitudes qui font tout pour éviter cette reconnaissance du mal, de la blessure. Reconnaître puis offrir à l’autre une autre solution, ne pas l’enfermer pour toujours dans sa faute, offrir un avenir. C’est cela le chemin du pardon. C’est un chemin… il faut du temps et de la patience. Et ce chemin est si difficile, mais il est essentiel pour se libérer soi-même et pour permettre à l’autre d’avancer dans sa vie. Encore une fois, il ne s’agit surement pas d’oublier la blessure… pardonner ce n’est pas oublier. Et il s’agit toujours d’avancer lentement… on peut toujours dire : pour le moment je ne peux pas… mais la porte peut rester entr’ouverte.

Et Jésus nous ouvre encore une autre perspective. Il continue son histoire et il nous montre que ce serviteur pardonné a vite oublié qu’il l’était… on lui devait presque rien… quelques pièces d’argent… et lui reste inflexible et dur. Il a reçu le pardon, il ne l’a pas donné, partagé autour de lui. Jésus nous montre que, fondamentalement, chacun de nous nous sommes pardonnés et c’est ce qui nous permet toujours d’avancer, d’aller plus loin. Lui, le Seigneur nous offre son pardon, en permanence. C’est toujours à nous de le recevoir. Dieu nous voit toujours dans l’avenir. Il ne nous enfermera jamais dans notre passé. L’avenir restera toujours ouvert. Alors si le pardon est trop dur, impossible, nous pouvons toujours commencer par dire : moi, pour le moment, je ne peux pas, mais toi Seigneur fais-le… et moi je vais continuer d’avancer.

Le pardon est ce qui nous fait avancer. Nous sommes aimés pour ce que nous sommes. Nous pouvons toujours le partager…