Une activité en famille: le LAB 71

Vous cherchez une activité à faire avec vos enfants ? Un après-midi culturel pour les ouvrir aux sciences et au développement durable ? Voilà une idée de sortie : le LAB 71 à Dompierre les Ormes !

Ce mercredi après-midi, le temps n’est pas au beau fixe, les enfants ne vont pas pouvoir jouer dehors…Nous décidons donc d’aller découvrir le LAB 71. Dans l’ancienne galerie du bois située à l’entrée du village de Dompierre le Ormes, ce site est spécialement dédié à la découverte des sciences.

Le hall du bas nous amène d’abord à découvrir les propriétés physiques au travers de petites expériences comme l’effet gyroscopique où comment faire tourner un tabouret sur lequel on est assis en faisant tourner une roue de vélo que l’on tient à la main. Les enfants s’en donnent à cœur joie et vont de découvertes en découvertes. Viennent les insectes observés au microscope, le fonctionnement d’une ruche que l’on peut décortiquer, les salades et les fraises qui poussent grâce à l’eau d’un aquarium.,… Nous montons à l’étage et découvrons des modules interactifs sur l’alimentation comme la découverte des 5 sens et un petit marché pour connaitre l’origine des produits, leur saison et leurs bienfaits alimentaires. On apprend aussi à manger équilibré, à gérer les calories… Pour finir, nous nous laissons piéger par les illusions d’optique : l’échiquier d’adelsen, la chambre noire qui nous renvoie des images à l’envers, … Le zootrope et le thaumatrope n’ont plus de secret pour nous !

Les plus grands pourront mener une enquête dans un vrai laboratoire de police scientifique. Ils découvriront les empreintes, la fluorescence, l’ADN ce qui leur permettra de démasquer le coupable. Bon, pour nous, les enfants étaient trop jeunes pour cette enquête, ce sera pour une autre fois !

Alors les enfants qu’est-ce que vous avez préféré au Lab 71? Pour le plus grand ce sera « les appareils sportifs pour brûler les calories » et pour le plus jeune, les illusions d’optique « le théâtre où on peut faire des ombres avec les mains et aussi les miroirs qui nous font des grands pieds ! »

Avec des jeux interactifs pour tous les âges et des thématiques d’exposition et qui se renouvellent régulièrement, c’est sûr, on y retournera !

Renseignements-contact : www.lab71.fr

Cécile CHUZEVILLE

Aide aux migrants – Majeurs ou mineurs ? Un passé douloureux, un avenir incertain.

Nathalie est tramayonne. Elle travaille en ce moment dans le cadre de l’association Enfance et jeunesse en Avallonnais, pour les migrants mineurs non accompagnés (qui se présentent seuls, sans leur famille).

Ils se disent mineurs. Il s’agit d’évaluer s’ils le sont réellement. L’avis donné est transmis au procureur de la République. Il sera parfois complété par des examens complémentaires (âge des os par exemple.). De là dépendra une orientation déterminante pour l’avenir.

Ces jeunes viennent surtout du Mali et de la Côte d’Ivoire, quelques-uns d’Afghanistan. Ce sont presque exclusivement des garçons (voyage trop dangereux pour les filles). Une trame d’évaluation permet d’apprécier la cohérence des éléments proposés, pouvant constituer des preuves : les papiers en leur possession, leurs explications (leur histoire, leur mode de vie, leur scolarité, les raisons de leur départ, le trajet pour arriver en France, les obstacles rencontrés).

La présence d’un interprète, issu du même pays, permet dans certains cas d’avoir un meilleur accès à une culture particulière : comment interpréter tel comportement déroutant, comment réagir ?

Des histoires de vie

Nathalie se dit touchée par certaines situations particulièrement difficiles : celle par exemple de ce petit afghan : il refusait, malgré les menaces, d’être enrôlé par les Talibans. Ils sont venus le chercher alors que toute la famille était à table, sauf lui, parti se laver les mains… Tous les autres ont été tués. Il s’est caché jusqu’à la nuit, puis il a rejoint un oncle qui l’a fait passer en France.

Autre exemple : c’est un jeune malien orphelin. Sa tante l’avait récupéré mais n’avait pas les moyens de l’envoyer à l’école. Il travaillait donc toute la journée dans les champs. Il prenait des cours du soir auprès d’enfants scolarisés. Il avait ainsi acquis un bon bagage.

Essayer de dominer la réalité

Le voyage s’est souvent passé dans des conditions très difficiles. Ils ont été frappés, rançonnés. Ils ont risqué leur vie. Ils gardent des séquelles physiques et psychologiques. Pour ne pas être écrasés par ces situations, ils les racontent parfois comme s’ils avaient participé aux épreuves d’un jeu !

Beaucoup sont motivés pour des études. Certains professeurs, réticents au départ, découvrent leurs capacités, leur courage, leur reconnaissance. C’est un travail très prenant. Nathalie reconnaît qu’elle ne pourra pas « le faire pendant des années ! ».

Marie Thérèse Denogent

Et pourtant la violence diminue

Dans nos conversations, le pessimisme est souvent présent. L’insécurité est l’un des thèmes qui revient souvent. Effectivement, si on se réfère aux titres des journaux, aux émissions de télé, aux discours de certains hommes politiques, la violence serait en augmentation. Pourtant, des études sérieuses prouvent le contraire.

 

 Le professeur à Harvard, Steven Pinker, a cumulé des statistiques sur les génocides, les guerres civiles, les homicides, les violences domestiques : il prouve que la violence n’a cessé de baisser depuis la Préhistoire. Comment expliquer cette contradiction entre nos convictions et la réalité ? Nous sommes beaucoup plus informés que dans le passé, en particulier à propos des événements les plus horribles : guerres, crimes, attentats, scandales. C’est ce qui mobilise notre intérêt, c’est donc ce qu’on nous propose le plus !

 

Nous avons la mémoire courte

Évidemment, les actualités parlent de ce qui se produit, pas de ce qui ne se produit pas ! Elles soulignent aussi moins souvent le positif que le négatif. De plus le même événement tragique revient à la une pendant des jours. Il nous envahit. Nous avons tendance à généraliser et à occulter le reste. Nous oublions aussi les malheurs du passé, même relativement récent. C’était le bon vieux temps. Pourtant, la guerre chez nous, ce n’est pas si ancien!

 

Notre sensibilité a évolué

Il ne s’agit pas de nier l’existence de risques, ni l’horreur de ce que vivent les victimes. Mais on se polarise sur les attentats, alors que les imprudences font beaucoup plus de dégâts. On estime que 1 500 Américains sont morts dans des accidents de voiture après le 11-Septembre 2001, en voulant éviter de prendre l’avion !

La conséquence d’une certaine pacification, c’est que nous sommes devenus de moins en moins tolérants. La moindre incivilité est mal supportée. Nous considérons comme violents des actes qu’on banalisait dans le passé. Par exemple, les bagarres entre les enfants existaient déjà mais soulevaient moins d’indignation qu’aujourd’hui. Souvenons-nous des luttes entre les jeunes de villages ou de hameaux différents, ou après les bals…

 

Être assuré contre tout

Une conséquence positive : On considère maintenant comme criminels des actes qui étaient tolérés et banalisés. On éprouve plus d’empathie vis-à-vis des victimes, qui hésitent moins à porter plainte. Mais le sentiment d’insécurité, de vulnérabilité s’est exacerbé, même quand on vit dans un milieu tranquille ! D’où une demande toujours plus grande de sécurité. On voudrait être assuré contre tout ! Mais nous pouvons aussi cultiver en nous un espace de paix qui nous rendra plus forts.

Marie Thérèse Denogent

L’école, ça sert à quoi ?

« L’école ça sert à quoi ? est le titre d’un livre pour jeunes enfants qui retrace la journée d’un petit  Torino qui a horreur d’aller à l’école. Il ne comprend pas à quoi ça sert. Il n’écoute pas et  embête tout le monde. Ses amis vont alors lui faire découvrir que l’école c’est intéressant et que l’on apprend plein de-choses.  Au travers de cette histoire, nous pouvons nous aussi nous interroger sur notre vision de l’école. Alors, l’école, ça sert à quoi ?

Avoir des  têtes bien pleines ?

Bien évidemment, l’école permet d’acquérir  toutes les bases : lire, écrire, compter mais également  connaitre son histoire, appréhender le monde qui  nous entoure, découvrir les sciences, développer ses aptitudes physiques …

La discipline à l’école est également importante et permet à l’enfant de se rendre compte de l’existence de  limites et de contraintes.

Toutes ces  notions sont par la suite indispensables pour pouvoir exprimer ses idées, à l’écrit comme à l’oral et mieux appréhender le monde qui nous entoure. « L’École est le lieu où l’on va s’instruire de ce que l’on ignore ou de ce que l’on sait mal pour pouvoir, le moment venu, se passer de maître» (Jacques Muglioni, Philosophie, Ecole même combat, 1984).

.. ou des têtes bien faites ?

L’école, c’est aussi une  occasion unique dans une vie humaine, ce moment de l’enfance où l’individu en formation se trouve dans cette extraordinaire société en miniature. On y apprend le « vivre ensemble », le  respect des autres, l’écoute.

L’école permet également d’apprendre à construire ses idées. Ainsi, les dissertations de  philosophie  qui nous invitent  à appréhender un sujet sous la forme d’une thèse, d’une antithèse et d’une synthèse, peuvent paraitre barbants pour certains. Et pourtant, cette gymnastique de l’esprit est ô combien importante et souvent oubliée lorsque,  arrivés à l’âge adulte, nous ne prenons plus toujours le temps de prendre du recul sur le monde qui nous entoure et de l’envisager sous différents angles…

En développant son intelligence et ses connaissances, l’élève, va gagner sa liberté et sa responsabilité. Plus il apprendra, plus il sera libre : Libre de choisir son métier, libre de construire son avenir, libre de choisir son mode de vie. Pour être libre, il faut pouvoir choisir, et pour choisir, il faut savoir, il faut connaître.

L’école, ça sert à tout ça !

Cécile CHUZEVILLE

Les jardins partagés

Tramayes a commencé en 2010, à l’initiative du foyer rural. Et puis ce fut Dompierre, en 2013 et enfin Matour, en 2016. Quel sera le prochain village, sur notre territoire, à créer un « jardin partagé » ?

Trois mots-clés : rencontre, échange, respect

Pas besoin de savoir jardiner pour en faire partie. On vient là pour partager ses connaissances, ses doutes, ses ignorances et ses interrogations, pour profiter de l’expérience des autres, pour découvrir d’autres pratiques que les siennes, plus respectueuses de la terre et souvent plus rentables, pour faire soi-même des expériences que l’on n’aurait sans doute pas faites seul dans son jardin.

Car on peut très bien avoir son propre jardin et venir quand même au jardin partagé.

On vient pour les rencontres ; pour les échanges ; pour les découvertes. Les découvertes ? La culture en lasagne, par exemple, avec son alternance de couches de compostage ; la permaculture, économique en énergie et respectueuse des êtres vivants et de leurs relations réciproques ; l’alternative aux pesticides, avec les décoctions

de plantes ; l’utilisation des engrais verts, la « tour à patates ».

Dans les trois jardins, nous trouvons des parcelles individuelles et une parcelle collective, mais ce n’est pas une obligation. Chaque projet est unique par son aménagement et son fonctionnement.

On vient là aussi pour la convivialité du lieu. On y organise régulièrement des animations : interventions de spécialistes, trocs de plantes ou de graines, taille ou greffe des fruitiers, etc. Ou tout simplement un café partagé, un « café des jardins » !

Les trois jardins ont bien l’intention de collaborer. Celui de Matour avait beaucoup apprécié la présence amicale

des jardiniers de Tramayes et de Dompierre lors de son inauguration.

 

Où et quand ?

On se retrouve donc – sauf en cas de mauvais temps – le samedi matin, derrière l’école de Tramayes (pour l’instant), derrière le cimetière à Dompierre et derrière l’ancienne cure à Matour, sur des terrains proposés par

les mairies. Mais on peut venir, bien sûr, jardiner n’importe quand, selon ses propres disponibilités.

En conclusion

Venez ! Par curiosité ou par intérêt. Vous serez bien accueillis. Et si vous avez du matériel de jardinage non  utilisé ou un vieux banc, proposez-le. Votre venue, votre geste, votre attention seront appréciés !

Jeanne Besson

Parler de la maladie, c’est lui donner un sens

Nous prenons soin de notre santé, beaucoup plus que dans le passé, d’où le nombre des consultations, et de tous les bilans : radios, scanners, IRM… L’imagerie médicale a fait d’énormes progrès. Elle prend une telle place qu’on pourrait considérer qu’elle remplace la description des symptômes par le malade lui-même. Certains s’identifient d’ailleurs complètement au diagnostic : « Je deviens ce qu’on m’annonce. »

Reprendre à son compte

Mais ce n’est pas parce qu’on a réglé le problème techniquement qu’on a pris en charge toute la complexité de la situation, qu’on a répondu à toutes les questions que se pose le malade, qu’on a envisagé tout ce que représente pour lui la maladie. Ce qui est aussi important, c’est ce qu’il peut en dire pour tout reprendre à son compte, raconter les circonstances, éventuellement réinterpréter à sa manière : dire l’épreuve de la maladie dans ce qu’elle a de singulier, d’unique. Didier Picard (alors président du comité national d’éthique) racontait qu’après avoir parlé une demi-heure sans que lui-même ne dise un mot, une personne lui avait affirmé : « On ne m’a jamais si bien expliqué ma maladie ! »

Une vérité culturelle

Selon certains Africains, il y aurait « les maladies de l’homme noir et les maladies de l’homme blanc. Les microbes des blancs ne tuent pas les noirs ! » Un Sénégalais opéré de l’appendicite, bien que tout à fait conscient d’avoir été sauvé par cette intervention, expliquait qu’il l’a mal supportée parce que, dans son ethnie, il est inimaginable d’ouvrir le ventre !

Il expliquait aussi que la description des symptômes par le malade doit obligatoirement être précédée par le récit de tout ce qui s’est passé avant : intégration dans une histoire familiale et ethnique. D’ailleurs, nous aussi avons souvent besoin de reprendre un récit à ses débuts avant d’en venir au fait :

« Ce matin-là… »

Il y a la vérité scientifique et la vérité d’expérience : décrire les choses à sa manière pour les intérioriser, se les approprier. Un événement prend sens si après-coup on peut le raconter et même le reconstruire. Ainsi, la signification d’une maladie correspond entre autres aux causes éventuelles, physiques, psychologiques ou morales.

Être entendu

D’où l’importance d’interlocuteurs, soignants ou amis, qui sachent écouter, laisser parler longuement, entendre les explications, même farfelues, les interprétations même tendancieuses. Dans certains hôpitaux, des ateliers d’écriture sont proposés aux personnes ayant bénéficié d’une greffe d’organe. On leur permet par la narration écrite de reprendre la main sur ce qu’elles ont vécu passivement, de redevenir acteur.

Marie-Thérèse Denogent

Un projet collectif, solidaire et écologique

Avez-vous déjà entendu parler de « Terre de Possibles » ?-Bien sûr ! répondront les habitants de Saint-Pierre-le-Vieux, les réseaux associatifs du  secteur, les acteurs de l’agro-écologie locale et tous ceux qui recherchent fruits, pains et boissons sans l’ombre d’un pesticide.

 

Terre de Possibles, une association
Terre de Possibles, est une association qui a été créée en 2008, à Saint-Pierre-le-Vieux et qui est le soutien actif du projet collectif et solidaire Terre de
Verger, lieu de vie et d’accueil en milieu rural.
À l’origine, un petit groupe d’adultes (sept adultes, six enfants) qui souhaitent vivre « autrement », en revenant à l’essentiel, en harmonie avec la terre et avec les autres, dans un esprit de partage et de joyeuse sobriété. Une ancienne ferme composée de plusieurs bâtiments est achetée et petit à petit rénovée. Des logements individuels sont créés ainsi que des espaces collectifs pour les activités (buanderie, ateliers, four à pain…). Les équipements et les activités agricoles (potager, verger, petits élevages…) sont mutualisés mais chacun est responsable de sa situation économique et paie un loyer en fonction de ses ressources. On privilégie, bien sûr, la rénovation ou la construction écologique des bâtiments,les énergies renouvelables, la réduction des dépenses à la base et on veille à la gestion de l’eau et des déchets.
Comment tout cela a-t-il été possible financièrement ? Une SCI (société civile immobilière) mutuelle et solidaire a été créée, avec appel à souscriptions, auxquelles sont venus s’ajouter les apports individuels de chacun. Aujourd’hui, il y a la vente des fruits du verger, la fabrication du pain et la production de jus de pomme et de bière.
Un projet humain et social
Comment un tel projet a pu voir le jour ? En favorisant l’entraide et l’échange au quotidien, en cultivant la solidarité et le partage convivial, en mutualisant les savoir-faire et en s’inscrivant dans l’environnement local, en participant à la vie du bourg, en tissant des liens avec les réseaux associatifs, les producteurs et les artisans locaux.
Terre de Verger, un lieu d’accueil
Terre de Verger veut être un lieu d’accueil pour échanger, informer, prêter livres et outils, discuter, réfléchir…
Terre de Possibles propose des journées de partage et de transmission de savoir dans le cadre de chantiers ou d’activités agricoles, des temps de rencontre avec des ateliers, des exposés, des débats ou des veillées festives, des services d’entraide et un sentier de découverte pédagogique balisé afin
de sensibiliser enfants et adolescents à l’environnement, à l’importance de la biodiversité et des enjeux de l’agriculture biologique. Chaque mois, par exemple, de jeunes autistes ou de jeunes multi-handicapés sont ainsi accueillis.

 

Un projet écologique

Celui-ci se concrétise à travers la culture d’un verger de deux cent trente arbres fruitiers, avec plus de cent variétés, cultivé en biodynamie, et l’existence de potagers et de petits élevages (poules, moutons, abeilles). Il se poursuit à travers le maintien local de la biodiversité, l’utilisation de l’énergie, le choix de consommation, la gestion raisonnée des déchets et de l’eau afin d’économiser celle-ci et la préserver.

 

Quel bilan ?
Que penser de cette expérience au bout de quelques années? Manuella, une des « cheville-ouvrière » du projet, reconnaît qu’il s’agit là d’une belle aventure humaine, même si ce n’est pas toujours facile. Ce mode de vie demande un travail sur soi permanent, une remise en question presque quotidienne. Mais cela en vaut vraiment la peine ! Aussi enrichissante pour les enfants que pour les adultes, cette expérience illustre bien la fameuse phrase : « Tout seul, on va plus vite, mais ensemble, on va plus loin. » Une nouvelle famille va bientôt arriver, avec trois enfants. Ce sera une nouvelle occasion de consolider les bases du projet.
Bon vent à Terre de possibles,
bon vent à Terre de Verger !

 

Laïcité ! Faut-il encore en parler ?

Depuis les terribles événements du 7 janvier, pas une seule chaîne de télé n’a voulu être en dehors de la discussion du
moment, les radios non plus, et les journalistes de presse écrite sont venus ajouter leurs articles souvent très intéressants: la laïcité est devenue le mot remède à tous nos maux.

Sans aucun doute, ils ont raison, mais trop c’est trop, et l’on a vu des actions souvent malvenues se multiplier, juste parce que les propos avaient été mal compris… c’est dommageable pour notre société.

L… iberté d’expression, mais pour tous. Une peur que cette liberté ne réveille le racisme toujours latent et bien ou mal caché au fond du cœur de chaque citoyen. Ma grande peur: que nos frères musulmans et juifs en payent le prix fort.

A… ccueil, de tous au sein de nos communautés, accueil de l’autre avec ses richesses avec ses peurs d’exclusions.

Ï… toujours au milieu comme pour se montrer parce qu’il pense avoir raison envers et contre tous, ou peut- être juste parce qu’il est différent et qu’il devient la cible à détruire absolument…

C… itoyenneté, cette qualité que nous acquérons à la naissance, si importante à faire découvrir aux jeunes, mais aussi camaraderie, copain, cette notion si chère à nos enfants : « C’est pas un noir, c’est mon copain », répond un petit garçon de 5 ans !

I… llusion. Est-il vraiment illusoire qu’un jour nous puissions vivre ensemble ICI dans nos villages, sans montrer du doigt les quelques étrangers que nous rencontrons ? Le vivre ensemble, dit-on aujourd’hui. Un nouveau nom commun… qui devrait bien devenir réalité.

T… olérance… le maître-mot de notre société, celui qui permet ce « vivre ensemble ». Tolérer que l’autre ne pense pas comme moi, même si cela me heurte. Accepter la discussion, accepter la confrontation, et s’ouvrir à ses idées.

É… clairage qui peut donner à nos vies un nouveau sens, une nouvelle orientation. Éveiller les enfants à une meilleure connaissance de l’autre, garder chez eux ce qui est spontané. J’avoue avoir eu peur de voir renaître le combat d’un autre temps qui a tristement marqué notre jeunesse, cette époque où « la laïque » était un terme péjoratif, où « l’école libre » se croyait supérieure, mais j’ai eu peur aussi de ne plus pouvoir être aux yeux des autres ce qui fait la spécificité et l’important de ma vie : un chrétien. Et pourtant, c’est dans l’évangile que nous trouvons la loi universelle qui devrait régir le monde : «Aimons-nous les uns les autres».

L’éducation : une priorité !

Dans notre région, près de 15 % des jeunes de 18 à 24 ans sont sortis de l’école sans diplôme. Ce n’est pas bon. Nombreux aussi sont les cas de violences à l’école: bagarres excessives pendant les récréations, rumeurs, « têtes de turc », harcèlements, etc.

Comment réagir ?

En voici un exemple. Un groupe actif de quatre-vingt cinq associations (dont Atelier de paix du clunisois) s’est regroupé dans une « coordination pour l’éducation à la non-violence et à la paix ». Leurs objectifs sont ainsi de promouvoir une éducation pacifique pour tous les élèves et de proposer une formation pédagogique pour les enseignants et le personnel éducatif. Bonne nouvelle : cet objectif a été pris en compte par la nouvelle loi de Refondation de l’école de la République qui prévoit «?des formations à la prévention et à la résolution non-violente des conflits pour les enseignants et les personnels d’éducation » dans les Écoles supérieures du professorat et l’éducation (ESPE). Dans ce cadre de formation pédagogique des futurs enseignants, un programme a été conçu et proposé par trente-trois de nos associations. Ce texte a été validé par le ministère de l’Éducation. En voici un résumé.

Pour l’éducation de l’enfant

Plusieurs axes sont proposés : développer chez l’enfant la connaissance de soi, l’estime de soi et connaître ses émotions. Développer chez lui l’attention à l’autre, ressenti comme différent. L’amener à exprimer clairement les faits, ses idées, ses émotions et savoir défendre ses droits dans le respect des droits de l’autre. Savoir aussi dire « non ». Capacité à apprendre à réussir ensemble, à coopérer, trouver sa place dans le groupe et savoir s’affirmer.

Pour l’enseignant

Ce projet nécessite une formation orientée sur lui-même et son comportement, notamment :

  • Renforcer la confiance en lui, reconnaître et exprimer ses sentiments et émotions, développer l’empathie.
  • Développer sa capacité d’écoute empathique, tant avec les élèves, ses collègues et les parents.
  • Développer ses capacités à accueillir, gérer ses émotions et celles des autres.
  • Appréhender sereinement les inévitables conflits dans la classe, permettre aux élèves de se construire sur le plan de l’autonomie. Se positionner dans un conflit avec lucidité et assertivité (conscience de soi « claire et non-violente »).
  • Montrer le lien entre les dimensions éducatives et juridiques du règlement intérieur.
  • Face aux conflits, prendre conscience de ses ressentis et ceux des élèves, les différencier pour accéder aux besoins des uns et des autres pour améliorer la gestion quotidienne de la classe.

Un programme important, qu’il va falloir présenter, négocier, adapter dans chaque académie. Un très gros travail!

À l’école, le respect de l’autre et la démocratie, c’est possible!

Jean-Pierre, ancien directeur d’école, maintenant à la retraite, est riche d’une expérience de trente années dans notre région : instituteur dans des classes multi-cours du 3e cycle (CE2, CM1, CM2). Une école où la démocratie se vivait concrètement, dans un climat de grande bienveillance.

Il y avait, d’abord, l’élaboration par les élèves d’un règlement intérieur, l’enseignant suscitant la discussion sur un article litigieux. Ce règlement fixe les principes de fonctionnement de la classe, du règlement des conflits, des sanctions, de la réparation. Il pourra être complété voire modifié en cours d’année. Dès le début de l’année, la démocratie se met en place dans la classe : ce qui concerne la vie de cette communauté, doit pouvoir se débattre collectivement en conseil. Première étape : élection du président, du secrétaire et du tré- sorier. Candidatures, élection, majorité absolue ou majorité relative. S’il y avait plusieurs concurrents, le débat était possible. La présidence était tournante, le plus souvent toutes les quatre ou cinq semaines.

La boîte à idée, un outil de participation active

Autre institution : la boîte à idées. Installée en permanence dans la classe et ouverte à tous. Chacun peut y déposer sa fiche quand il veut. Il a le choix entre quatre fiches : réclamation sur un incident, félicitations, projet proposé, question libre. Pas d’anonymat: les fiches non signées sont éliminées. Tous les lundis, conseil de la classe pendant une heure. L’instituteur n’intervient pas durant ce conseil, sauf si on le sollicite ou si la discussion s’éloigne des règles de son fonctionnement. Il sécurise le groupe. Le pré- sident ouvre la boîte à idées et y lit les fiches recueillies. Il donne la parole, à tour de rôle, à tous ceux qui la demandent, tout en surveillant les temps d’expression.

On privilégiait toujours les solutions amiables

S’il s’agit d’une fiche de réclamation, le premier objectif indispensable est d’obtenir l’accord de toutes les parties sur le déroulement des faits. La solution, qui devra se référer au règlement intérieur, pourra être un simple règlement amiable ou une sanction. Elle sera soumise au vote du conseil. S’il y a sanction, elle se fera sous forme d’un retrait de points dans le capital de points de l’élève. Ce capital ne peut être négatif. Tous les lundis, chaque élève reçoit trois nouveaux points. Complexe ce système ? Non, dans les classes multi-cours, l’élève a deux ou trois ans pour bien l’intégrer. Les retombées positives sont nombreuses : la classe, ainsi formée à l’autonomie et au débat en groupe, règle mieux les problèmes délicats : bouc émissaire, violence en récréation, rumeurs. Meilleurs résultats scolaires ? Oui, car les tensions ayant pu se régler, les élèves sont plus disponibles pour l’apprentissage.

Réseaux sociaux: new deal de la communication?

Twitter, Facebook & co: une offre variée de mise en relation avec autrui. Mais pourquoi cet engouement?

L  monde tel qu’il était seulement quinze ans auparavant : je me souviens de la file d’attente au lycée, devant la cabine téléphonique de l’internat pour pouvoir appeler ses parents. Le téléphone portable – que les plus jeunes qualifieront dorénavant de « frigidaire », étant donné leur taille et leur faible fonctionnalité -, n’était pas encore démocratisé. Bon, soyons honnêtes, la folie du «?rester connecté avec les copains?» nous guettait déjà. Sitôt rentrés à la maison, on filait souvent vers le téléphone familial pour appeler les copains et se raconter tout ce que l’on n’avait pas eu le temps de se dire pendant une journée d’école…

Qu’est-ce qui a vraiment changé ?

L’échange de mails, de SMS, puis les réseaux sociaux (Facebook, Twitter…), autant de moyens de se mettre en contact avec le plus grand nombre instantanément. Les plus jeunes ont été séduits instantanément, les plus âgés doutent et certains finissent par se lancer… Mais pourquoi ? Par curiosité ? Au départ, certainement. Par addiction? À terme, fatalement. Retrouver des camarades de classe, des copains de vacances perdus de vue… au début, c’est alléchant et rien de plus facile.

Qui sont mes vrais amis ?

Vous êtes vous demandé si vos amis Facebook étaient vraiment vos amis? Virginie a cuisiné des macarons tout l’après-midi, Jérémy est parti en vacances au Sénégal, Stéphanie est triste: connaître les moments de la vie que chacun souhaite partager, mais dans quel intérêt ? Certainement un petit côté narcissique à l’origine : j’ai vécu un moment inaccoutumé et je souhaite le diffuser au plus grand nombre pour les rendre envieux, avec pourtant un besoin d’appartenance à une communauté. Quand on partage quelque chose sur Facebook, on attend souvent en retour des commentaires ou des « j’aime ».

Lancer un pavé dans la mare

Avec Twitter, c’est le côté : avoir la dernière information tout de suite, qu’elle soit validée ou non d’ailleurs. Les hommes politiques sont friands de ce réseau : on lance un commentaire et on voit comment la population réagit… «?Ce qui est compliqué, c’est que c’est en train de changer des choses, mais beaucoup moins en rupture qu’on l’imagine…Il est probable que les générations qui sont nées avec ces formes de réseaux vont avoir des pratiques de communication et de mise en scène de soi qui sont plus naturelles, plus immédiates. ça ne veut pas dire qu’elles vont faire tout et n’importe quoi », explique le sociologue Dominique Cardon.
Inutile donc de diaboliser les réseaux sociaux ni de les aduler. Comme pour toute relation, il faut simplement savoir ce que l’on y cherche et ce que l’on veut en faire. C

Elle nous fait peur : la maladie d’Alzheimer

C’est un sujet qui revient dans les conversations, souvent sous forme de plaisanterie, histoire de conjurer par l’humour une crainte qu’on voudrait ignorer. Si un mot nous échappe: « C’est mon Alzheimer qui commence! » Ainsi, après la tuberculose, le cancer, le sida, est apparue cette autre métaphore du malheur, avec tout le poids des représentations négatives qui lui sont liées.

C’est une démence, c’est à dire une affection grave et inéluctable, due à une destruction progressive des cellules du cerveau. Il n’existe pas de traitement curatif, donc pas de guérison possible, mais des médicaments ralentissent l’évolution. Plus vite on diagnostique, plus vite on peut agir.

Le rejoindre là où il en est

Il existe surtout la possibilité d’un accompagnement de celui qui, jusqu’au bout, reste une personne. Même dans les derniers stades, ce n’est pas un légume, comme on l’entend dire souvent. Il ne se réduit pas à ses déficiences. Il est donc important de reconnaître et de valoriser tout ce qui subsiste, plutôt que de s’appesantir sur ce qui est perdu. Ses paroles gardent toujours un sens. Ce que dit une personne, ce n’est jamais n’importe quoi, même si ce sens nous est caché. Il en est de même des comportements, aussi bizarres qu’ils soient. Nous avons donc à nous adapter à ce malade, à le rejoindre là où il en est, à découvrir ce qui est important pour lui, et non ce que nous souhaiterions à sa place.

Maison ou institution ?

70 % des malades vivent chez eux. Il n’existerait d’ailleurs pas suffisamment de structures adaptées pour les accueillir. Leur domicile joue un rôle de contenant, de protection contre l’effondrement. Ils sont d’ailleurs plus stimulés en famille qu’en institution. C’est très lourd pour ceux qu’on appelle les aidants, physiquement et psychologiquement : voir se transformer, se dégrader celui qu’on aime. Pour éviter d’en arriver à l’épuisement, il est impératif de solliciter de l’aide, des relais : accueil de jour, accueil temporaire, rencontres d’échange et d’information, (cafés Alzheimer). Le fait de conserver soi-même une bonne qualité de vie est une condition nécessaire pour assurer une bonne prise en charge du malade. Souvent le placement s’impose un jour. L’expérience prouve que, lorsque le moment est bien choisi, cela se passe bien. Nous avons du mal à renoncer à l’impossible : vivre vieux sans pertes ni dépendance. Cette maladie nous renvoie à notre vulnérabilité : se perdre soi-même, ne plus se reconnaître, ne plus s’appartenir. Mais nous croyons que la personne, quelle que soit sa pathologie, conserve toujours toute sa valeur et sa dignité.