Trois voyageuses sur les traces de Jésus

Elles voulaient mettre leurs pas dans ceux de Jésus, voir les lieux dont la Bible et l’Église leur parlent depuis qu’elles sont petites. Odile de Matour, Marie Noëlle de Tramayes et Bernadette de Matour/La Clayette sont donc parties dix jours en février pour un pèlerinage en Terre Sainte en compagnie de Monseigneur Benoît Rivière et d’une quarantaine d’autres pèlerins.

Du désert sur les traces des Patriarches à Jérusalem lieu de la passion du Christ en passant par la Galilée où Jésus a vécu et enseigné avec les premiers disciples, le programme était dense mais « ce que nous avons vécu est gravé dans notre mémoire pour toujours. C’était émouvant » disent ensemble les trois voyageuses.

 

Qu’est-ce qui vous a marquées ? » Ai-je demandé. La messe en plein air dans le désert du Néguev où Abraham a été appelé, redire les promesses du Baptême sur les rives du Jourdain à l’endroit où Jésus a été baptisé.

L’arrivée à Nazareth et dire le « Je vous salue Marie » sur le lieu même où la Vierge a vécu. Voir le lieu où Jésus est né, symbolisé par « l’Étoile de la Nativité » dans la grotte de la Nativité. Le Saint Sépulcre où tous les chrétiens de toutes les confessions se côtoient et le mélange des religions à Jérusalem. La visite du Mémorial de la Shoah à Yad Vashem.

Chaque pèlerin a reçu en début de voyage un ouvrage touristique sur la Terre Sainte, un livret contenant le programme et les lectures de chaque jour et un livret de chants. Monseigneur Rivière profitait des trajets en bus ou des temps d’attente sur les sites pour inviter les participants à réciter le chapelet ou à lire un texte, choisi en fonction des visites et qu’il commentait ensuite pour expliquer tel ou tel aspect de la vie de Jésus. « Aller en Terre Sainte sans être accompagné par des personnes pouvant faire ce lien entre  les lieux visités et les récits bibliques aurait été beaucoup moins marquant » me glisse Odile aussitôt approuvée par ses deux amies.

Tous ceux qui essayent de promouvoir le vivre ensemble

Toutes les trois insistent beaucoup sur les rencontres qu’elles ont faites au cours de ces dix jours. Des hommes et des femmes, religieux ou laïcs, qui essayent, par leurs actions, de promouvoir le vivre ensemble entre les différentes communautés. Elles évoquent avec admiration frère Olivier (bénédictin) qui organise des rencontres entre juifs et musulmans. Elles ont été marquées par Laure (catholique) et Eden (juif), un couple qui essaye de rapprocher palestiniens et israéliens tout comme le père Raed, énergique directeur de Caritas à Jérusalem qui anime et encadre équipes de foot ou chorales entre israéliens et palestiniens. Ce dernier leur a transmis un message à l’intention de nous tous : « en Israël les chrétiens souffrent et ont tendance à partir. Pour éviter qu’il n’y ait plus de chrétiens sur la terre de Jésus, venez nous voir ».

Nathalie Rajot

Mon chemin de Compostelle

Ce chemin de Saint Jacques de Compostelle a été la suite d’un cheminement à la fois personnel et professionnel. C’est au retour de deux années remuantes pour moi que je décide de prendre la route. Deux années qui bouleversent mes origines et mon identité, et qui m’amènent à m’interroger sur la direction que je veux donner à la suite de mon chemin de vie.

Un besoin de me retrouver avec moi-même, de prendre du recul face au mouvement collectif, de vivre à un autre rythme et en communion avec la nature.  Et une envie de découvrir autrement mon propre pays.

Après m’être détachée de mes impératifs matériels et administratifs, je pars le 1er Mai 2014, de Saint Jacques des Arrêts, avec l’essentiel sur le dos. Dans le sac, chaque gramme compte, et je m’aperçois vite que ce que je crois être l’essentiel est encore de trop.  On apprend vite à se séparer du superflu.

Originaire à la fois du milieu agricole et viticole, je ne savais pas vraiment où j’allais ni ce qui m’attendait, mais je savais d’où je venais. Et sur mon chemin, mes pensées allaient souvent à ceux grâce à qui cette expérience se réalisait.

Depuis le nord ou le sud, il y a autant de chemins de Compostelle que d’individus. J’ai fait le mien en solitaire, même si sur ce chemin on n’est jamais vraiment seul. J’aimais me retrouver, aller à mon propre rythme. Certaines rencontres ont aussi été la source de ma motivation à continuer, à aller toujours plus loin pour le plaisir de les retrouver.

Sur le chemin, pas de division. Il n’y a plus de cadres, ni ingénieurs, ni médecins ni ouvriers. Nous  sommes tous égaux, avec les mêmes difficultés, chacun avec sa propre sensibilité et son défi.

Faire ce chemin seule, c’est être disposée aux rencontres, apprécier les portes ouvertes, les plus simples mais les plus chaleureux accueils. C’est aussi avoir le temps et la disponibilité pour s’émerveiller du plus banal des détails. Car ce qui rend ce chemin extraordinaire, c’est justement tout son ordinaire.

C’est au fil des pas et des kilomètres que s’est installé un tout autre mode et rythme de vie. Je me consacrais uniquement à l’instant présent, tout en gardant mon objectif. Les priorités du quotidien devenaient élémentaires : manger, dormir, être attentive à mon corps et savourer les plaisirs simples.

Je suis arrivée le 10 Juillet 2014 à Santiago de Compostella.  Des milliers de personnes rencontrées, de toutes nationalités, âges et classes sociales.

1875 kilomètres, 71 jours et 66 couchages différents, 13  régions traversées, 2 pays frontaliers, 8 kg sur le dos à l’arrivée, 1 paire de baskets épuisée et aucune envie de rentrer… S’est alors ouvert en moi la porte d’un nouveau chemin, enrichi de chaque rencontre, échange, passage et moment de recueillement avec la nature. Un sentiment de liberté : le chemin de ma vie est entre mes mains et tous les chemins sont possibles.

Marilyne SANGOUARD

Et pourtant la violence diminue

Dans nos conversations, le pessimisme est souvent présent. L’insécurité est l’un des thèmes qui revient souvent. Effectivement, si on se réfère aux titres des journaux, aux émissions de télé, aux discours de certains hommes politiques, la violence serait en augmentation. Pourtant, des études sérieuses prouvent le contraire.

 

 Le professeur à Harvard, Steven Pinker, a cumulé des statistiques sur les génocides, les guerres civiles, les homicides, les violences domestiques : il prouve que la violence n’a cessé de baisser depuis la Préhistoire. Comment expliquer cette contradiction entre nos convictions et la réalité ? Nous sommes beaucoup plus informés que dans le passé, en particulier à propos des événements les plus horribles : guerres, crimes, attentats, scandales. C’est ce qui mobilise notre intérêt, c’est donc ce qu’on nous propose le plus !

 

Nous avons la mémoire courte

Évidemment, les actualités parlent de ce qui se produit, pas de ce qui ne se produit pas ! Elles soulignent aussi moins souvent le positif que le négatif. De plus le même événement tragique revient à la une pendant des jours. Il nous envahit. Nous avons tendance à généraliser et à occulter le reste. Nous oublions aussi les malheurs du passé, même relativement récent. C’était le bon vieux temps. Pourtant, la guerre chez nous, ce n’est pas si ancien!

 

Notre sensibilité a évolué

Il ne s’agit pas de nier l’existence de risques, ni l’horreur de ce que vivent les victimes. Mais on se polarise sur les attentats, alors que les imprudences font beaucoup plus de dégâts. On estime que 1 500 Américains sont morts dans des accidents de voiture après le 11-Septembre 2001, en voulant éviter de prendre l’avion !

La conséquence d’une certaine pacification, c’est que nous sommes devenus de moins en moins tolérants. La moindre incivilité est mal supportée. Nous considérons comme violents des actes qu’on banalisait dans le passé. Par exemple, les bagarres entre les enfants existaient déjà mais soulevaient moins d’indignation qu’aujourd’hui. Souvenons-nous des luttes entre les jeunes de villages ou de hameaux différents, ou après les bals…

 

Être assuré contre tout

Une conséquence positive : On considère maintenant comme criminels des actes qui étaient tolérés et banalisés. On éprouve plus d’empathie vis-à-vis des victimes, qui hésitent moins à porter plainte. Mais le sentiment d’insécurité, de vulnérabilité s’est exacerbé, même quand on vit dans un milieu tranquille ! D’où une demande toujours plus grande de sécurité. On voudrait être assuré contre tout ! Mais nous pouvons aussi cultiver en nous un espace de paix qui nous rendra plus forts.

Marie Thérèse Denogent

Vivre l’unité dans la diversité: un tissu qui s’élabore

Vivre l’unité dans la diversité et la diversité dans l’oeuvre commune

Un tissu qui s’élabore

La communauté est comme un tissu qui s’élabore,

Un tissu dont je ne sais pas ce qu’il sera

Mais qui, autour de nous peu à peu,

Se tisse sans modèle ni dessin savant.

 

Dans ce tissu, je peux être un fil, un trait de couleur…

Bleu profond ? Rouge éclatant ?

Ou bien le fil de lin gris.

Cette troisième couleur, au dire des tisserands,

est la plus importante.

Le gris neutre de tous les jours,

celui qui fait chanter le bleu profond

et le rouge éclatant ; celui qui est porteur d’harmonie.

 

N’avoir que ma propre couleur, et de cela me réjouir,

pour qu’elle apporte la joie et non la rivalité,

comme si, moi bleu,

j’étais l’ennemi du vert, comme si j’étais,

moi, ton adversaire.

 

Et ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas entrer

avec nous dans l’ouvrage ?

 

Irai-je, les précédant, leur faire place,

pour qu’ils viennent librement,

de leurs propres couleurs se mêler au dessin ?

Il y a une place pour tous.

 

Et chaque fil vient apporter une continuité

non seulement ceux qui, à l’origine du travail,

ont été tendus d’un support à l’autre du métier,

mais chaque fil.

 

Un fil vient à se rompre : aussitôt le travail s’arrête,

et les mains patientes de tous les tisserands

s’appliquent à le renouer.

Chaque fil, même le plus lumineux, peut disparaître,

tissé sous les autres.

Il est cependant là, non loin,

même si notre oeil ne le perçoit plus…

 

Maintenant, c’est au tour du mien

d’être lancé à travers la chaîne.

Quand son trait aura cessé d’être visible,

alors toute l’harmonie apparaîtra,

harmonie de ma nuance mêlée

à toutes les autres qui l’accompagnent

jusqu’à ce qu’elle disparaisse.

 

Je ne sais ce qu’il adviendra de ce tissu.

Le saurai-je jamais ?

 

Un tisserand finlandais

COMPOSTELLE: Expo photos et Témoignages en Septembre 2016 à Tramayes

Qu’est-ce qu’un pèlerinage ? Quelles formes peut-il prendre ? Pourquoi partir loin de chez soi, sous le vent, le soleil, la pluie, et marcher ainsi des jours et des semaines durant ?

Comment cela se passe t-il ? Quel équipement faut-il prévoir ? Que voit-on sur la route au fur et à mesure du voyage ? Comment gérer l’effort dans la durée ? Comment soigner son corps ? …

Autant de questions que beaucoup de personnes, qui ont envie de prendre ainsi la route, se posent.

Un chemin de Compostelle passe par Tramayes depuis Cluny en direction du Puy en Velay. Le chemin d’Assise passe également par Tramayes. C’est donc tout naturellement que l’équipe de l’Office de Tourisme a souhaité mettre la question du pèlerinage à l’ordre du jour pour Les journées du patrimoine et en amont, sous l’impulsion de deux pèlerins « autochtones ».

Un double évènement est organisé autour du pèlerinage de St Jacques de Compostelle, salle Dufour à Tramayes:

  • une exposition de photographies prises par Marilyne Sangouard, du 9 au 25 septembre
  • un témoignage, celui de Jean-Paul Desroches, sous forme d’un diaporama commenté, le 17 septembre à 15 h, suivit d’un pot/vernissage à 17h, pour poursuivre agréablement les échanges.

affcihe compostelle

Cette rencontre/exposition sera l’occasion d’envisager, un peu plus, quel type d’expérience il est possible de vivre. Vous pourrez obtenir des réponses à vos questions directement auprès de nos deux intervenants, ainsi qu’auprès de l’association « Les Pèlerins de Compostelle » qui sera présente.

Au travers des photos de Marilyne Sangouard vous verrez le déroulement d’un pèlerinage en images depuis St Jacques des Arrêts jusqu’à Santiago de Compostella, en Espagne. Elle nous livre également, au sein d’un texte vibrant et authentique, son expérience et ses motivations.

Marilyne SANGOUARD, Mon Chemin de Compostelle, 1/05/2014 – 10/07/2014

     « Ce chemin de Saint Jacques de Compostelle a été la suite d’un cheminement à la fois personnel et professionnel. C’est au retour de deux années remuantes pour moi que je décide de prendre la route. Deux années qui bouleversent mes origines et mon identité, et qui m’amènent à m’interroger sur la direction que je veux donner à la suite de mon chemin de vie.

Un besoin de me retrouver avec moi-même, de prendre du recul face au mouvement collectif, de vivre à un autre rythme et en communion avec la nature.  Et une envie de découvrir autrement mon propre pays.

Après m’être détachée de mes impératifs matériels et administratifs, je pars le 1er Mai 2014, jour du muguet, de Saint Jacques des Arrêts (Rhône, 69), mon village d’origine, avec l’essentiel sur le dos. Dans le sac, chaque gramme compte, et je m’aperçois vite que ce que je crois être l’essentiel est encore de trop.  On apprend vite à se séparer du superflu.

Compostelle

Originaire à la fois du milieu agricole et viticole, je ne savais pas vraiment où j’allais ni ce qui m’attendait, mais je savais d’où je venais. Et sur mon chemin, mes pensées allaient souvent à ceux grâce à qui cette expérience se réalisait.

Sur ce chemin, la cohabitation entre l’Homme et la Nature est possible. Depuis plus de 1200 ans, ce chemin est pratiqué par l’Homme, en bonne intelligence, à égalité et avec respect pour la Nature. C’est grâce à cette discipline de chaque pèlerin (230 000 en 2014) que le chemin peut garder sa valeur.

En 834 comme en 2014, hommes et femmes de tous âges ont parcouru ce chemin, dans l’espoir d’une guérison, d’une rémission de leurs pêchés, pour des raisons religieuses, sportives, pour faire un deuil… Par tous temps, à pied, à cheval, à bicyclette ; en groupe, seul ou en famille, en autarcie, sous tente ou en demi-pension à l’hôtel…

Depuis le nord ou le sud, il y a autant de chemins de Compostelle que d’individus.

J’ai fait le mien en solitaire, même si sur ce chemin on n’est jamais vraiment seul. J’aimais me retrouver, aller à mon propre rythme. Certaines rencontres ont aussi été la source de ma motivation à continuer, à aller toujours plus loin pour le plaisir de les retrouver.

Compostelle 2

Sur le chemin, pas de division. Il n’y a plus de cadres, ni ingénieurs, ni médecins ni ouvriers. Nous sommes tous égaux, avec les mêmes difficultés, chacun avec sa propre sensibilité et son défi.

Faire ce chemin seule, c’est être disposée aux rencontres, apprécier les portes ouvertes, les plus simples mais les plus chaleureux accueils. C’est aussi avoir le temps et la disponibilité pour s’émerveiller du plus banal des détails.

Car ce qui rend ce chemin extraordinaire, c’est justement tout son ordinaire.

C’est au fil des pas et des kilomètres que s’est installé un tout autre mode et rythme de vie. Je me consacrais uniquement à l’instant présent, tout en gardant mon objectif. Les priorités du quotidien devenaient élémentaires : manger, dormir, être attentive à mon corps et savourer les plaisirs simples.

Je suis arrivée le 10 Juillet 2014 à Santiago de Compostella.  Des milliers de personnes rencontrées, de toutes nationalités, âges et classes sociales.

1875 kilomètres, 71 jours et 66 couchages différents, 13 régions traversées, 2 pays frontaliers, 8 kgs sur le dos à l’arrivée, 1 paire de baskets épuisée et aucune envie de rentrer… S’est alors ouvert en moi la porte d’un nouveau chemin, enrichi de chaque rencontre, échange, passage et moment de recueillement avec la nature. Un sentiment de liberté : le chemin de ma vie est entre mes mains et tous les chemins sont possibles. »

Marilyne SANGOUARD,

Mon Chemin de Compostelle, 1/05/2014 – 10/07/2014


Renseignements : Office de Tourisme Les Vallons de Lamartine,
Kathleen Gargaut
03 85 50 57 04, ot.tramayes@orange.fr

 

L’école, ça sert à quoi ?

« L’école ça sert à quoi ? est le titre d’un livre pour jeunes enfants qui retrace la journée d’un petit  Torino qui a horreur d’aller à l’école. Il ne comprend pas à quoi ça sert. Il n’écoute pas et  embête tout le monde. Ses amis vont alors lui faire découvrir que l’école c’est intéressant et que l’on apprend plein de-choses.  Au travers de cette histoire, nous pouvons nous aussi nous interroger sur notre vision de l’école. Alors, l’école, ça sert à quoi ?

Avoir des  têtes bien pleines ?

Bien évidemment, l’école permet d’acquérir  toutes les bases : lire, écrire, compter mais également  connaitre son histoire, appréhender le monde qui  nous entoure, découvrir les sciences, développer ses aptitudes physiques …

La discipline à l’école est également importante et permet à l’enfant de se rendre compte de l’existence de  limites et de contraintes.

Toutes ces  notions sont par la suite indispensables pour pouvoir exprimer ses idées, à l’écrit comme à l’oral et mieux appréhender le monde qui nous entoure. « L’École est le lieu où l’on va s’instruire de ce que l’on ignore ou de ce que l’on sait mal pour pouvoir, le moment venu, se passer de maître» (Jacques Muglioni, Philosophie, Ecole même combat, 1984).

.. ou des têtes bien faites ?

L’école, c’est aussi une  occasion unique dans une vie humaine, ce moment de l’enfance où l’individu en formation se trouve dans cette extraordinaire société en miniature. On y apprend le « vivre ensemble », le  respect des autres, l’écoute.

L’école permet également d’apprendre à construire ses idées. Ainsi, les dissertations de  philosophie  qui nous invitent  à appréhender un sujet sous la forme d’une thèse, d’une antithèse et d’une synthèse, peuvent paraitre barbants pour certains. Et pourtant, cette gymnastique de l’esprit est ô combien importante et souvent oubliée lorsque,  arrivés à l’âge adulte, nous ne prenons plus toujours le temps de prendre du recul sur le monde qui nous entoure et de l’envisager sous différents angles…

En développant son intelligence et ses connaissances, l’élève, va gagner sa liberté et sa responsabilité. Plus il apprendra, plus il sera libre : Libre de choisir son métier, libre de construire son avenir, libre de choisir son mode de vie. Pour être libre, il faut pouvoir choisir, et pour choisir, il faut savoir, il faut connaître.

L’école, ça sert à tout ça !

Cécile CHUZEVILLE

Parler de la maladie, c’est lui donner un sens

Nous prenons soin de notre santé, beaucoup plus que dans le passé, d’où le nombre des consultations, et de tous les bilans : radios, scanners, IRM… L’imagerie médicale a fait d’énormes progrès. Elle prend une telle place qu’on pourrait considérer qu’elle remplace la description des symptômes par le malade lui-même. Certains s’identifient d’ailleurs complètement au diagnostic : « Je deviens ce qu’on m’annonce. »

Reprendre à son compte

Mais ce n’est pas parce qu’on a réglé le problème techniquement qu’on a pris en charge toute la complexité de la situation, qu’on a répondu à toutes les questions que se pose le malade, qu’on a envisagé tout ce que représente pour lui la maladie. Ce qui est aussi important, c’est ce qu’il peut en dire pour tout reprendre à son compte, raconter les circonstances, éventuellement réinterpréter à sa manière : dire l’épreuve de la maladie dans ce qu’elle a de singulier, d’unique. Didier Picard (alors président du comité national d’éthique) racontait qu’après avoir parlé une demi-heure sans que lui-même ne dise un mot, une personne lui avait affirmé : « On ne m’a jamais si bien expliqué ma maladie ! »

Une vérité culturelle

Selon certains Africains, il y aurait « les maladies de l’homme noir et les maladies de l’homme blanc. Les microbes des blancs ne tuent pas les noirs ! » Un Sénégalais opéré de l’appendicite, bien que tout à fait conscient d’avoir été sauvé par cette intervention, expliquait qu’il l’a mal supportée parce que, dans son ethnie, il est inimaginable d’ouvrir le ventre !

Il expliquait aussi que la description des symptômes par le malade doit obligatoirement être précédée par le récit de tout ce qui s’est passé avant : intégration dans une histoire familiale et ethnique. D’ailleurs, nous aussi avons souvent besoin de reprendre un récit à ses débuts avant d’en venir au fait :

« Ce matin-là… »

Il y a la vérité scientifique et la vérité d’expérience : décrire les choses à sa manière pour les intérioriser, se les approprier. Un événement prend sens si après-coup on peut le raconter et même le reconstruire. Ainsi, la signification d’une maladie correspond entre autres aux causes éventuelles, physiques, psychologiques ou morales.

Être entendu

D’où l’importance d’interlocuteurs, soignants ou amis, qui sachent écouter, laisser parler longuement, entendre les explications, même farfelues, les interprétations même tendancieuses. Dans certains hôpitaux, des ateliers d’écriture sont proposés aux personnes ayant bénéficié d’une greffe d’organe. On leur permet par la narration écrite de reprendre la main sur ce qu’elles ont vécu passivement, de redevenir acteur.

Marie-Thérèse Denogent

Jésus selon Mahomet

C’est à travers un ouvrage et suite à une série d’émissions de télévision, que l’occasion de revenir sur la place de Jésus dans le Coran nous est offerte. Se rappeler ou découvrir que les chrétiens ne sont pas les seuls à considérer le Christ avec beaucoup de respect, n’est-ce pas intéressant ?

 

Par l’intermédiaire d’une série d’émissions très intéressantes diffusées au mois de décembre 2015 (sur Arte), intitulée « Jésus et l’islam », les auteurs Gérard Mordillat et Jérôme Prieur présentèrent leur ouvrage « Jésus selon Mahomet », paru le 12 novembre 2015 aux éditions du Seuil. Cet ouvrage, est à lire avec intérêt par tout chrétien  cherchant à comprendre notre monde politique et religieux si agité.

 

Jésus dans le Coran
Premier constat : le Coran parle souvent de Jésus, et avec beaucoup de respect : « nous avons accordé des preuves incontestables à Jésus, fils de Marie et nous l’avons fortifié par l’Esprit de sainteté » (sourate II). Mais le Coran dément la crucifixion de Jésus, comme le dit la sourate III : Dieu dit : « ô Jésus, je vais en vérité te rappeler à moi, t’élever vers moi, te délivrer des incrédules, jusqu’au jour de la Résurrection. » Jésus est le seul, dans le Coran, à porter le qualificatif de Messie : « Jésus n’est qu’un serviteur que nous avons comblé de nos faveurs… Il sera l’indice de l’approche de l’heure… » (Sourate XLIII)
Le fils de Marie dans l’Islam
Pour l’islam, Jésus est appelé fils de Marie mais il n’est pas Dieu. Ceux qui disent : « Dieu est, en vérité, le Messie, fils de Marie », ils sont impies » (sourate V). Parmi les  chrétiens, les Hébreux proches de leur culture juive, sont les « judéo-chrétiens ». Certains quittant la Palestine iront vers l’Arabie. Les origines de l’islam rôdent ainsi autour de
ces judéo-chrétiens. Mahomet serait-il influencé par ceux-ci ?
La Tradition musulmane fait intervenir Waraqa, un juif nazaréen, un parent de la première femme de Mahomet. Un hadith (paroles attribuées à Mahomet) considéré  authentique précise que cet homme, Waraqa, savait écrire l’hébreu et avait copié la partie de l’évangile que Dieu avait voulu qu’il écrivît.

 

L’évangile en arabe
Il écrivait l’évangile en arabe. Selon les hadiths on confirme l’importance de Waraqa, mais aussi de Bahîrâ un prêtre nestorien, comme inspirateurs de Mahomet. Mahomet  retrouve l’héritage du passé. Il voit en Jésus le maillon qui peut  le rattacher à la généalogie des prophètes. Il y aura donc Adam, Noé, Abraham, Moïse et Jésus qui ouvrent le chemin au prophète de l’Islam.

 

Jusqu’à la fermeture des portes

À la Mecque, Mahomet était mal considéré, même moqué. Il fut banni par son oncle et vint à Médine ce fut l’Hégire. À Médine, Mahomet prit le statut de prophète. À la mort du prophète, Othman fut chargé d’écrire les sourates et imposa la première version canonique du Coran. Ensuite, beaucoup de guerres, de meurtres, de querelles sur le Coran.
Au XIe siècle, les conservateurs musulmans décidèrent la Fermeture des Portes, interrompant définitivement les efforts de réflexion précédents  sur le Coran.
Ainsi, beaucoup des musulmans actuels sont héritiers de cette police théologique qui annule toute investigation.

Une lumière fragile et invincible

L’espérance

Le dictionnaire nous explique que l’espérance est un sentiment de confiance en l’avenir, portant à attendre un bien déterminé. On dit « l’espoir fait vivre » : espoir de guérison, de biens matériels, de gagner au loto… On peut être optimiste ou pessimiste. Ainsi, Lamartine se désespère : « Mon cœur lassé de tout, même de l’espérance… » L’actualité inciterait plutôt à la crainte face à l’avenir. Mais il y a l’espérance chrétienne : « vertu théologale par laquelle on attend de Dieu avec confiance sa grâce en ce monde et la gloire éternelle dans l’autre ». Serait-ce une utopie qui favoriserait la déresponsabilisation ? Alors, le dictionnaire nous précise : Elle ne tend pas à un providentialisme fataliste, et laisse place à la liberté et à la responsabilité.

Une posture face à la vie

L’espérance est plus qu’une croyance, une attente, un espoir que nos aspirations pourront se réaliser. C’est un certain état de conscience, une posture face au sens de la vie : croire qu’au-delà de tout, il y a du bon, du juste, du vrai, un absolu. Elle suppose d’avancer, de s’engager, de prendre des risques. Elle s’exerce sur des réalités difficiles. « La foi n’évite pas l’empoignade avec les démentis à l’espé- rance. Confrontés chaque jour à l’énigme du mal, nous ne pouvons ni la résoudre, ni nous en défaire, et cela suscite parfois en nous des questions sans réponse sur les hommes et sur Dieu. » (Pasteur Michel Bertrand)

Vivre l’instant

L’idéal serait une sérénité non dépendante des circonstances. Mais si nous en faisons parfois l’expérience, cela ne dure pas ! « On n’est l’éternel que le temps d’un instant. » Mais on peut privilégier le présent, vivre sa journée sans vouloir résoudre le problème de toute sa vie. « L’éternité, c’est maintenant. » (A. Comte Sponville) Quant à René Berthier, il écrit deux ans avant sa mort : « Je veux vivre dans l’espérance, un jour, ou six mois, ou plus. » Une petite lumière Péguy nous parle de cette « petite espérance tremblante à tous les vents, anxieuse au moindre souffle… invincible et immortelle, et impossible a éteindre ». Le cardinal Kasper évoque aussi « une lumière que l’on tient dans la main et qui illumine dans la mesure où nous avançons personnellement », plutôt qu’ un « projecteur qui éclaire toute la voie de l’histoire ». Laissons un poète (Jean Yves Leloup) nous en parler encore d’une autre manière :

« Se mettre dans la beauté sans un bruit sans un geste

Puis laisser jaillir la Source tout en creusant le puits

En son temps viendra l’oasis. »

Faire la paix ? Question de méthode…

La paix, la violence dans notre vaste monde, on en parle beaucoup ! Les médias s’en nourrissent avec leurs lots de jugements hâtifs sans trop de discernement, tournés plus vers l’immédiat que le long terme… Le spectateur, lui, regarde… et se sent bien impuissant.
Mais la paix, cela regarde la vie de tous les jours ! Avec ses conflits, des situations difficiles, des mots qui fâchent, en famille, à l’école, dans la rue : faire la paix, ici et maintenant, ce n’est pas facile ; il y faut de la réflexion et de la méthode.
Un exemple? Prenez une bagarre dans la cour de l’école : Pierre et Henri en viennent aux mains, le maître qui préparait son cours dans la classe, voit cela par la fenêtre et se précipite dans la cour.
Premier scénario : le maître énervé réagit brutalement : « Henri, tu vas m’écrire 20 fois : Je ne me bats plus contre Pierre, et toi, Pierre, tu files au fond du préau ». Résultat : les gamins se sentiront mal reconnus, et punis sans justice.
Autre scénario : le maître procède en petites étapes ; il leur demande d’abord de décrire précisément, le « comment » : les faits de la bagarre. Il amène ensuite chacun à exprimer ce qu’ils éprouvent, leurs « sentiments » : peut-être colère chez l’un, jalousie chez l’autre. Et dernière question du maître : pourquoi donc cette bagarre, « quels besoins » mal satisfaits ? Réponses un peu hésitantes : « Il se moque de moi et me traite de tous les noms », dit l’un. « Ce n’est pas vrai, dit l’autre, il veut avoir le dernier mot et me traite de fayot. » Alors souvent, après cet effort de clarification, et chacun ayant exprimé à sa façon que son besoin de reconnaissance n’était pas satisfait, le conflit se réglera mieux. Tant de conflits, en famille, entre voisins, se règlent mal par manque de savoir-faire. Bien des déconvenues et des tristesses seraient évitées si l’on suivait quelques pistes de bon sens, telles celles-ci proposées par de nombreux éducateurs et psychologues*, pour une bonne gestion des conflits.

Se sentir bien avec soi-même et ainsi ne pas avoir peur de l’autre

Mettons déjà des mots précis sur la situation de conflit par une observation objective des faits ; tant de conflits naissent de malentendus !
Sachons reconnaître nos émotions, nos sentiments éprouvés dans le conflit et parvenons à les nommer. Reconnaissons nos propres besoins plus ou moins méconnus et maltraités dans le conflit.
Écoutons l’autre avec conscience et sachons entendre ses propres émotions et besoins, sans interprétation ni jugement.
Ainsi, par ces partages honnêtes, la paix fera mieux son chemin et débouchera peut-être sur un accord mutuel, gagnant-gagnant !

*Lire notamment : Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) : Introduction à la communication non-violente, de Marshall Rosenberg Éditions La Découverte, 2005

Libérer le futur

Une autre année va débuter. Il n’y a pas vraiment de rupture, de séparation entre deux années civiles, comme il en existe entre deux années scolaires. Mais nos vœux correspondent bien à la perception du passage d’une étape terminée à une autre étape à venir. Quelque chose est fini et autre chose va commencer, qui pourra être différent. C’est une occasion privilégiée de s’interroger sur l’avenir.

Que sera 2014 ? Notre questionnement est fonction de notre âge et de notre état d’esprit : espoir de réussite, d’évolution positive ou crainte d’événements douloureux. Qui sera encore là dans un an ? Ce qui nous a été donné peut nous être repris. C’est l’inconnu. On souhaiterait souvent continuer comme avant, mais tout change, tout se transforme tout le temps. Les événements ne se passent pas souvent comme on les avait prévus, imaginés.
Il nous faut donc en quelque sorte nous attendre à l’inattendu. Nous avons tendance à reproduire ce qui a déjà marché, alors qu’il faudrait accepter de se réveiller, de remettre en cause nos habitudes bien ancrées, de nous changer nous-mêmes.

Des « cadavres dans le placard »

C’est difficile parce que l’année nouvelle nous retrouve semblables à ce que nous étions l’an dernier, avec tout le poids du passé. On ne peut pas faire table rase de ce passé. Il nous a construits. Il n’est pas question de le rejeter ou de l’oublier, mais de faire en sorte que le futur ne soit pas écrasé, enfermé dans les conséquences de nos actes. Les souvenirs douloureux, les échecs, les rancœurs entretiennent nos ruminations, notre colère intérieure. Les ressentiments pèsent lourd. Ce fardeau, ces entraves nous encombrent, nous épuisent, nous empêchent d’investir notre énergie dans le présent. C’est ce qu’on appelle « les cadavres dans le placard », cachés mais bien présents, et encore actifs.
Jean-Paul Kaufmann, otage au Liban déclarait: « L’esprit de vengeance m’est apparu comme une seconde souffrance, il empoisonne l’existence. »

Pour être heureux et en paix, il faut parfois savoir se libérer du poids du passé.
Pour être heureux et en paix, il faut parfois savoir se libérer du
poids du passé.

Pardonner

Ce qui peut nous délivrer du passé, c’est le pardon. On le situe souvent uniquement dans le domaine moral ou religieux. On en fait un devoir, une action vertueuse. Mais c’est aussi une manière d’être plus heureux, de retrouver la paix : éliminer ce qui nous entrave, ne pas ressasser, s’ouvrir, faire de la place, libérer le « disque dur », retrouver nos chances d’évolution, de reconstruction.
Pour la personne offensée, pardonner à l’autre gratuitement, c’est difficile : pardonner l’impardonnable, « même quand nulle excuse ne saurait excuser » (Vladimir Jankelevitch). Et pourtant « rien ne peut renaître et vivre si nos poings sont fermés » (Didier Rimaud). « Ouvrir le poing pour retrouver la main » (Jean-Yves Leloup) c’est souvent au-dessus de nos forces. Mais peut-être y a-t-il en nous plus grand que nous auquel nous pouvons faire appel.
Il est important aussi de se pardonner à soi-même. Ce n’est pas forcément plus facile que de pardonner aux autres. Il ne s’agit pas de nier sa culpabilité, mais de ne pas la traîner comme un boulet qui nous ralentit ; se réconcilier avec soi-même, accepter ses limites, ses insuffisances, assumer d’être ce que nous sommes.

Obsèques, heure de vérité…

Au cours de célébrations de funérailles, il m’arrive d’être le témoin de moments de rare vérité. Et plus souvent qu’on ne le pense ! Le texte qui l’illustre ici vient souvent au dernier moment, comme si son auteur éprouvait qu’il ou elle ne pouvait pas se taire davantage. Ce qui se traduit le plus souvent par une phrase du genre « X souhaite dire quelque chose ». Par rapport à soi même ? Par rapport à son entourage familial ? Ou plus largement encore ? Sans doute un peu de tout à la fois. Certes l’assemblée, ce jour-là rassemblée, ne l’entend pas toujours très bien : l’émotion ne se maîtrise pas comme on voudrait, le micro ne fonctionne pas très bien, le texte préparé à la hâte n’est pas facile à relire, que sais-je encore !
Merci à son auteure d’avoir accepté que sa retranscription soit communiquée plus largement par la voie de notre journal, tout en respectant son anonymat. Rien n’a été changé ou réécrit. Peut-être serait-il bon de le lire à haute voix, et ainsi d’éprouver la difficulté de rédiger ce qui est intime et pourtant partagé, ce qui est singulier et qui, paradoxalement, devient universel, ce qui a blessé et s’avère un baume qui réchauffe les raisons de vivre. Si tel ou tel souhaite réagir à la lecture de ce texte, je peux le faire suivre à son auteure. La suite vous appartiendra.

Le pardon

Admonester, maudire, regretter, comprendre, compatir…
Combien de randonnées solitaires débuteront avec rage, combien de vaisselles seront curées les larmes aux yeux…
Et puis, peu à peu, les mâchoires se desserrent, les larmes sèchent, la vie revient. Le deuil fait son chemin…
Si on ne pardonne pas, un jour ou l’autre, on s’épuise.
Le pardon qu’on donne, c’est le pardon qu’on se donne.
Le temps du pardon vient pour qui le cherche, après le passage de la fureur et de la peine,
au moment où il convient de se réconcilier avec soi-même.
Le temps ne fait rien à l’affaire : rien ne peut défaire ce qui a été fait, donner ce qui n’a pas été donné, dire ce qui n’a pas été dit.
Il n’y a aucune possibilité d’annuler les erreurs ou les blessures.
Ainsi, le pardon semble la démarche la plus prometteuse pour qui refuse l’oubli et ne veut pas porter plus loin la rancune.
Il promet l’apaisement personnel et la pacification familiale.
On peut pardonner aux vivants, on peut pardonner aux morts.
On peut le leur faire savoir ou le garder pour soi.
L’important est que la pensée se libère et que la vie revienne.
Le pardon est un don que les générations accordent aux générations.
C’est l’acte de réconciliation avec soi-même qui surgit souvent au coeur de la maturité.
Pour cela, pour chacun d’entre nous, il n’est jamais trop tard.
Le pardon promet la paix à celui qui pardonne et une plus grande liberté à ses propres enfants.
Le pardon qu’on accorde à nos parents est une promesse faite à nos enfants.

Un Notre Père pour notre temps

Toi le Père de tous ceux qui luttent
Pour faire éclater l’amour, la solidarité, la justice,
Que ton nom soit sanctifié
Pour tous ceux qui travaillent jour et nuit
Afin de sortir leurs frères de l’ignorance,
De la maladie, de l’exploitation et de la persécution.
Pour tous ceux qui donnent un peu de leur temps
Pour changer leurs conditions de travail,
Sur le quartier, au bureau, à l’école.
Que ton règne vienne et qu’il vienne pour tous !
Que ta volonté soit faite.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour,
Ce pain trop rare, confisqué par une minorité,
Insuffisant pour les trois quarts de l’humanité,
Le pain du travail pour tous,
Le pain d’une vraie formation,
Le pain d’une vraie vie aussi.
Et pardonne-nous, Seigneur,
Tous ces cris que nous n’entendons pas,
Tous ces sourires que nous ne voyons pas,
Toutes ces injustices contre lesquelles nous ne faisons rien.
Ne nous laisse pas succomber à la tentation
De baisser les bras,
De fermer la porte sur nos petits bonheurs.
Ne nous laisse pas succomber à la tentation de croire
Que la violence, le racisme et l’intolérance vont triompher.

Mais délivre-nous du mal qui, au fond de nous-mêmes
Nous invite à vivre notre vie, en la gardant pour nous,
Quand toi tu nous invites à la donner.
Donne-nous cet enthousiasme
Qui engendre un monde meilleur.
Amen

Maurice… et tant d’autres

Tant de rendez-vous avec les défunts de la paroisse, et leurs familles, depuis que j’ai accepté la charge de curé des SaintsApôtres en Haut-Clunisois en 2003. En consultant les registres, ce sont en moyenne 66 rendez-vous par année.

Je donne beaucoup d’importance à ces célébrations qui nous permettent à tous de manifester la plus élémentaire des formes de solidarité. Celle qui mêle notre commune condition d’êtres mortels, nos raisons essentielles de vie, d’amitié, de respect, de reconnaissance et de foi dans une église signe de l’hospitalité la plus large possible. Souvent, vous m’avez transmis et fait transmettre le merci pour l’accueil des différentes personnes qui prennent le temps d’une préparation partagée à plusieurs et que vous avez apprécié, comme je l’apprécie aussi.
Pourquoi en parler aujourd’hui quelques jours après les obsèques de Maurice Passot ? C’est bien sûr affaire d’amitié personnelle. Mais, dès le début de ma responsabilité de curé de paroisse, j’ai su qu’il était le type même de ceux avec il fait bon partager les responsabilités. Même aux heures les plus difficiles de sa maladie, il savait demeurer présent aux autres membres de l’équipe d’animation et à ses projets ainsi qu’à tous ceux qui passaient à Nogent ou qu’il rencontra à Mâcon ou Tramayes.

Des signes partagés

Alors je peux tout à la fois évoquer ceux (celles) avec qui j’ai eu l’occasion de faire un bout de chemin au cours de cette responsabilité partagée – je le fais à la façon d’un titre de film qui eut du succès en son temps – Maurice, Michel, André, Henri, Madeleine, Renée, Marie-Thérèse et Joseph et les autres, oui tous les autres que j’ai connus autrement à travers les liens qui vous unissent à eux. Vous savez que chaque année, le 2 novembre, nous tenons beaucoup à cette célébration, où nous redisons les noms et prénoms de ceux qui nous ont quittés d’une Toussaint à l’autre. Et ce jour-là nous les citons pêle-mêle, village par village. Est-ce donner trop d’importance aux morts ? En fait, je donne de l’importance aux vivants qui n’éludent pas la mort, même quand elle les crucifie sur le moment. Une parole risquée dans l’émotion, des signes partagés devant les autres, des musiques choisies en connaissance de cause… même les maladresses disent encore qu’il est l’heure de fêter tel ou telle d’entre nous, et qu’il est bon que nous le vivions ensemble, tant que nous le pouvons.
Tout cela je l’ai partagé avec Maurice et j’ai dès le début apprécié chez lui (en sa personne, en sa maison, ce souci d’être respectueux des habitudes et traditions tout en se laissant interroger par les événements vécus et les personnes rencontrées. J’ai aimé pouvoir dire le jour de ses obsèques que j’étais en quelque sorte confirmé par lui!

Jusqu’à la mort, accompagner la vie

Nous savons que nous sommes mortels. C’est une certitude absolue. La limite à notre vœu d’infinitude. Souvent, nous préférons l’oublier. Mais les soignants, comme les familles, sont obligatoirement confrontés à la fin de la vie. Pour les aider, et pour accompagner les malades, se sont mis en place, depuis une vingtaine d’années, ce qu’on appelle les soins palliatifs.

Les soins palliatifs sont pratiqués par des équipes médicales pluridisciplinaires, aidées par des bénévoles. Elles interviennent à l’hôpital, ou bien elles se déplacent à domicile. En Bourgogne, il existe 115 lits de soins palliatifs, répartis dans 47 établissements et 12 équipes mobiles. Leur rôle ? « Ce qu’il reste à faire quand il n’y a plus rien à faire. » En fait, il s’agit bien d’une continuité dans des soins actifs, mais qui n’ont pas, la plupart du temps, pour but de guérir. La loi Léonetti (2005) donne beaucoup d’importance à la volonté du malade. Elle permet de refuser l’acharnement thérapeutique, d’interrompre des traitements jugés inutiles, ou ayant pour seul but de prolonger artificiellement la vie.

Etre vivant jusqu’au bout

Il s’agit essentiellement de soulager, par tous les moyens, la souffrance physique et psychologique. De plus, ce temps qui reste, qui est un temps de vraie vie, il est très précieux. Il peut être vécu intensément, permettre de faire le point, de continuer encore dans le sens d’une évolution personnelle. Parole d’un malade en phase terminale : « J’apprends ce qu’est la vie, de jour en jour. » Cela n’est pas possible si la personne est très souffrante ou se sent abandonnée. Elle doit être entendue et comprise quand elle dit désirer mourir. Mais l’expérience prouve que les demandes d’euthanasie correspondent souvent à un appel à l’aide et sont fortement réduites après que tout a été mis en œuvre pour que le malade trouve encore l’envie de vivre, de désirer, d’imaginer et d’attendre le lendemain.

Mourir dans la dignité

Mourir dans la dignité suppose que l’entourage reconnaisse jusqu’au bout cette dignité, au-delà de l’apparence physique ou de la déchéance psychologique. Pour cela, l’attitude et le regard de l’accompagnant sont essentiels : une qualité de présence discrète, d’accueil, d’écoute, d’ouverture gratuite sans jugement, dans le respect des croyances ou des incroyances de chacun. Marie de Hennezel, engagée dans l’accompagnement des mourants, dit que cette pratique l’a changée ellemême positivement: une invitation à approfondir les relations, à changer la hiérarchie des valeurs, à apprécier le bonheur de vivre le moment présent, dans la pleine conscience