Je suis CH….RETIEN, je suis CHARLIE

n°95 – mars 2015

Ce début d’année, marqué par les attentats de Paris, a profondément bouleversé notre société et a conduit à de nombreuses interrogations dont une, souvent récurrente : la religion est-elle source de violence ? Comment, comme chrétien, vivons-nous ces moments où les messages semblent parfois brouillés. Cet extrait du Frère dominicain Thomas de Gabory nous apporte des éléments de réflexion :
Je suis CH…RÉTIEN. J’ai été baptisé dans l’eau. […] Être baptisé, ce n’est pas être enrôlé. Être baptisé, c’est se mettre en marche, à la suite du Christ, sur un chemin d’amour, de joie et de paix. Je suis pour la liberté d’expression, je suis pour la liberté de penser, je suis pour la liberté de rire, mais je suis aussi pour la liberté de religion, et pour le respect de ceux qui croient.
Je suis CH…RÉTIEN. J’ai été baptisé dans l’Esprit. […] Il ne faut pas confondre laïcité et « religiophobie ». L’avenir de l’humanité passera demain non pas seulement par la résolution de la crise financière mais de façon bien plus essentielle par la résolution de la crise spirituelle sans pré- cédent que traverse notre humanité tout entière.
Je suis CH…RÉTIEN. J’ai été baptisé dans le sang du Christ. […] L’Église, depuis des siècles, appelle à la paix, à la réconciliation, au dialogue. Elle a pu faire des erreurs, mais elle a su le reconnaître. Le Christ a été insulté, méprisé, humilié ; Il a été mis à mort. Il n’a jamais rendu un seul coup. Il a même pardonné : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ».

Lire le bulletin (PDF)

« La mort peut attendre »

Ceci n’est pas un roman, mais le fruit de la réflexion du professeur Maurice Mimoun.
« Depuis longtemps, je projetais d’écrire sur l’euthanasie. Une nécessité. J’avais rassemblé les exemples, consigné les réflexions. J’avais mon idée je maîtrisais ma conclusion. »
C’est par ces mots que commence ce récit passionnant, parfois insoutenable, tant les exemples choisis sont bouleversants. Maurice Mimoun, La Mort peut attendre, Paris, Albin Michel, octobre 2014, 192 pages.

Il y a cet homme, jeune victime d’un terrible accident du travail : bilan apocalyptique. Une question : que faire ? Malgré la réticence de l’équipe médicale il tient bon. Pourtant, au premier abord il n’y avait aucune chance.

De la difficulté de juger de la valeur de la vie

Les réunions « éthiques » sont houleuses et la question que le professeur attendait surgit : Réunion éthique ? Le rôle du médecin n’est-il pas de garder en vie ? Oui, mais à quel prix pour celui qui va survivre ? Face à toutes ces interrogations, le chef de service tient bon, il sait tout cela, il comprend, mais au bout il y a la vie ! Et cette merveilleuse conclusion : « Le mort était vivant. Le mort boitait sur ses deux jambes. Le mort voyait d’un œil. Le mort était heureux de vivre. »

« On verra bien demain »

Et puis il y a Jean-Michel, un ami, c’est toujours beaucoup plus difficile lorsqu’il s’agit d’un ami ! Jean-Michel a quarante ans, il est insouciant. Il a de l’argent, des amis, deux filles, sa mère avec qui il doit partir en vacances… Mais voilà, le mal insidieux ne peut attendre un retour de vacances. Maintenant que Jean-Michel est entré dans son service, il va falloir choisir : « Heureusement, nous avons choisi la méthode radicale ; celle qui laisse le moins de chance à la tumeur de gagner. Quand je dis nous, c’est Jean-Michel et moi, en fait, c’est moi et il m’a suivi. »
Parce que la vie est plus forte que la mort, chaque soir, vers 22 heures, lorsque le professeur vient dire bonsoir à son ami, la phrase, devenue rituelle, congédie le médecin : « On verra bien demain ». C’est le signal, le professeur peut rentrer chez lui. Devant l’ampleur que prend le mal, il tente de trouver une solution, mais Jean-Michel refuse, il n’a plus la force de lutter, son sourire qui accueillait les amis a disparu, et ce soir-là il n’y a pas la phrase qui apaise. Il a compris et prévient la famille. Est-ce un échec ? «On a échoué. On (moi). Il faut mener tous les combats. C’était ton premier. Plus fort que nous. Il est mort. »
Le professeur Mimoun a eu beaucoup de mal à se remettre de cette mort, c’était son ami… Au cours de ce récit, on découvre beaucoup d’autres exemples et quelle que soit notre position sur l’euthanasie nous ne pouvons pas être insensibles aux nombreuses questions et réflexions suscitées par ce bouleversant récit.

«Nous sommes d’abord des aidants»

La Marpa, ou Maison d’accueil rurale pour personnes âgées, est une structure familiale et conviviale accueillant dix-neuf
résidents valides ou dépendants, bénéficiant chacun d’un appartement avec terrasse privative où ils peuvent vivre «comme chez eux», dans leurs propres meubles, mais en sécurité. Cette autonomie est vivement encouragée. Tout est mis en œuvre pour la conserver ou la retrouver, même partiellement. Et c’est, entre autre, le rôle d’Annie, Béatrice, Marie-Christine, Delphine, Fatima, Laurie, Mireille, auxiliaires de vie, et Monique, adjointe de Sylvie, la responsable.

En quoi consiste votre travail ?

À tour de rôle, nous nous occupons de l’entretien de la maison, des repas, parfois de l’animation, et de la surveillance des nuits. Nous accompagnons les résidents, s’ils le demandent, dans les actes essentiels de la vie quotidienne : déplacements dans la maison ou à l’extérieur, aide à la toilette, à l’habillement, à la prise des repas ou des médicaments. Nos tâches sont variées et notre travail n’est jamais monotone.

Quel est votre horaire de travail ?

Nous travaillons de 30 à 35 heures par semaine mais avec des horaires très variables, de 3 h 30 à 10 heures par jour, parfois avec des coupures importantes. Certaines d’entre-nous assurent les gardes de nuit et un week-end sur trois, ainsi que les remplacements pendant les congés ou les maladies. Dans ce cas, une personne est embauchée avec un CDD. Nous adaptons nos horaires en fonction de l’état de santé des résidents, afin d’améliorer leur confort. Cela nous permet de travailler à deux, ce qui est apprécié.

Qu’est-ce qui est le plus important pour vous ?

Le bien-être des résidents ! Ce qui est essentiel, c’est l’écoute attentive, la prise en compte de la personne, la qualité de la relation que nous parvenons à établir. Le petit nombre de résidents favorise les relations privilégiées, tout particulièrement lors des accompagnements de fin de vie. C’est l’occasion parfois de recevoir de belles leçons de sagesse. Mais ce n’est pas toujours facile. Les traits de caractère s’amplifient avec l’âge. Il faut savoir prendre du recul, être patiente, disponible, discrète. Et être positive ! Nous sommes avant tout des « aidants », des soignants, et ne remplaçons pas la famille ou les amis. Notre métier est un métier qui fait grandir parce qu’il nous permet de porter un autre regard sur la vieillesse et par là, sur notre propre vie.

Une lumière fragile et invincible

L’espérance

Le dictionnaire nous explique que l’espérance est un sentiment de confiance en l’avenir, portant à attendre un bien déterminé. On dit « l’espoir fait vivre » : espoir de guérison, de biens matériels, de gagner au loto… On peut être optimiste ou pessimiste. Ainsi, Lamartine se désespère : « Mon cœur lassé de tout, même de l’espérance… » L’actualité inciterait plutôt à la crainte face à l’avenir. Mais il y a l’espérance chrétienne : « vertu théologale par laquelle on attend de Dieu avec confiance sa grâce en ce monde et la gloire éternelle dans l’autre ». Serait-ce une utopie qui favoriserait la déresponsabilisation ? Alors, le dictionnaire nous précise : Elle ne tend pas à un providentialisme fataliste, et laisse place à la liberté et à la responsabilité.

Une posture face à la vie

L’espérance est plus qu’une croyance, une attente, un espoir que nos aspirations pourront se réaliser. C’est un certain état de conscience, une posture face au sens de la vie : croire qu’au-delà de tout, il y a du bon, du juste, du vrai, un absolu. Elle suppose d’avancer, de s’engager, de prendre des risques. Elle s’exerce sur des réalités difficiles. « La foi n’évite pas l’empoignade avec les démentis à l’espé- rance. Confrontés chaque jour à l’énigme du mal, nous ne pouvons ni la résoudre, ni nous en défaire, et cela suscite parfois en nous des questions sans réponse sur les hommes et sur Dieu. » (Pasteur Michel Bertrand)

Vivre l’instant

L’idéal serait une sérénité non dépendante des circonstances. Mais si nous en faisons parfois l’expérience, cela ne dure pas ! « On n’est l’éternel que le temps d’un instant. » Mais on peut privilégier le présent, vivre sa journée sans vouloir résoudre le problème de toute sa vie. « L’éternité, c’est maintenant. » (A. Comte Sponville) Quant à René Berthier, il écrit deux ans avant sa mort : « Je veux vivre dans l’espérance, un jour, ou six mois, ou plus. » Une petite lumière Péguy nous parle de cette « petite espérance tremblante à tous les vents, anxieuse au moindre souffle… invincible et immortelle, et impossible a éteindre ». Le cardinal Kasper évoque aussi « une lumière que l’on tient dans la main et qui illumine dans la mesure où nous avançons personnellement », plutôt qu’ un « projecteur qui éclaire toute la voie de l’histoire ». Laissons un poète (Jean Yves Leloup) nous en parler encore d’une autre manière :

« Se mettre dans la beauté sans un bruit sans un geste

Puis laisser jaillir la Source tout en creusant le puits

En son temps viendra l’oasis. »

Une année encourageante !

L’année 2014, a été marquée par le suivi du montage financier de la Maison paroissiale du Fourneau, sa livraison ainsi que le lancement de la collecte engagée, dès fin 2013.

Le coût global de l’opération, achat du terrain, branchements et honoraires inclus, s’élève à 375 000 euros TTC (contrairement aux communes, nous sommes passibles de la TVA). Compte tenu des fonds propres de la paroisse dont nous disposons en réserve (173 000 euros fin 2013 dont 80 000 euros seront affectés), de la vente des deux cures de Dompierre et Tramayes (217 000 euros) et de l’avance assurée par l’Association diocésaine à rembourser en dix ans (40 000 euros), nous sommes en ligne par rapport au budget initial.

Vente de mobilier, concerts et dons

Au 31 décembre 2014, c’est près de 27 000 euros qui ont été collectés ; notre objectif étant d’atteindre les 80 000 euros, d’ici fin 2018, ceci suppose de collecter 13 250 euros par an sur les quatre années restantes… On notera la vente du mobilier de la cure de Matour pour 5 000 euros, les deux concerts, à Trivy et Trambly, pour 2 000 euros ainsi qu’un don de 3 000 euros de l’association culturelle de Trambly. Le solde, près de 17 000 euros, s’est réparti sur une soixantaine de personnes…

Des résultats prometteurs

Ces premiers résultats très encourageants ont été appréciés par l’Association diocésaine d’Autun qui nous a soutenus dès l’origine du projet ; ils démontrent notre capacité de forte mobilisation. Cela suppose néanmoins que la collecte puisse continuer à donner ses fruits et que l’effort de tous soit réellement maintenu… Dans ce sens, nous préparerons une communication particulière sur l’ensemble des finances de la paroisse, sur la collecte Maison Paroissiale et sur le Denier de l’Église qui sera diffusée lors du dimanche des Rameaux, le dimanche 29 mars à Tramayes et mis en ligne sur le site de la paroisse (http://saintsapotres.fr).

De précieux bénévoles

Pour l’information de tous, le CPAE rassemble une équipe de bénévoles qui apporte ses différentes compétences professionnelles à la vie matérielle de la paroisse et son assistance au curé, dans de nombreux domaines : elle prépare le budget, décide des principales dépenses d’investissement à engager dans les différentes églises et cures, assure le règlement des dépenses courantes et l’encaissement des recettes et établit la comptabilité de la paroisse en lien direct avec l’Association diocésaine. Pour mémoire, la paroisse n’a pas de personnalité juridique propre et agit, du point de vue comptable et patrimonial, pour le compte de l’Association diocésaine d’Autun (établissement des comptes de bilan et de résultats).

*« Outre le curé, le trésorier, Pierre LEVIN (Saint-Point), la comptable Colette DUBUIS (Matour), l’équipe se compose des personnes suivantes : Marcel Descombes (Matour), Jean DUCROUX (Clermain), Annie LAPALUS (Saint-Léger), Guy ROSSINI(Saint- Point), Aimé THIVENT(Brandon), Jean-Paul TOUTANT (Saint-Point), Eugène VOUILLON (Matour) ».

Un forum sur la fraternité…

Le forum des chrétiens de la vallée de la Grosne qui s’est tenu le 18 octobre 2014 à Cluny a rassemblé près de 140 personnes des quatre paroisses. Le conférencier René Valette a su exposer, dans un langage de notre vie de tous les jours, le sujet de la rencontre : la fraternité. Que nous dit l’Église sur la fraternité ?

La destination universelle des biens

Quel que soit notre âge, notre mission n’est pas achevée si un seul être humain manque du minimum. La propriété privée ne peut être acceptée que si elle n’est pas un obstacle à cette destination universelle des biens. L’option préférentielle pour les pauvres dont l’Église affirme avec force que c’est un choix qui s’impose à tous. Nous devons, comme les parents le font pour leurs enfants, avoir une attention particulière à toutes les personnes qui souffrent d’une forme quelconque de pauvreté. Et l’éventail est large (pauvres d’affection, de relation, de santé, de travail…). Chacun de nous doit prêter attention aux situations qui se vivent autour de nous, aux structures et mécanismes et repenser notre action en fonction de cette réflexion.

Le devoir de justice

On ne peut pas parler de charité s’il n’y a pas d’abord la justice. Elle est une dimension constitutive de l’Évangile.

Le devoir de solidarité

C’est déjà considérer l’autre comme égal en dignité. Mais ne l’oublions nous pas trop souvent ? Cette solidarité doit aller jusqu’au pardon et la réconciliation. En effet, il nous faut reconnaître ce qui s’est passé et aller au-delà pour créer la fraternité. Notre engagement de fraternité. Ce qui fonde notre engagement de fraternité c’est l’extrême dignité de l’homme. Dans chaque être humain il y a une part de divin. C’est un Dieu Père avec amour sans limite, qui nous libère. Nous sommes appelés impérativement à nous tourner vers l’avenir, en faisant fi de regrets ou appréhensions, en mettant notre confiance dans Celui qui est la source de vie.

Fraternité, mode d’emploi

Sept points d’appui donnés par René Valette pour nous aider à construire la fraternité :

  • Être à l’écoute de « Sans… » et donc être attentifs aux autres.
  • Préparer le moment où, sortant de leur « écrasement », ils pourront enfin parler ; les accompagner et s’effacer le moment venu.
  • Repérer des lieux où se construit cette « terre d’avenir », ces prémices du Royaume et les faire connaître.
  • Être partie prenante, être engagé et pour progresser en humanité, la prière est une aide formidable.
  • Avoir une vie personnelle cohérente avec ces valeurs dont nous sommes porteurs (exemple : les placements solidaires).
  • Se rappeler que la source de notre action est en Dieu ! Nous devons donc passer du temps avec le Christ.
  • Vivre « tout » dans la sérénité, certes avec nos faiblesses, mais en pensant que l’être humain est unique, qu’il est appelé au bonheur à partager.
René Valette
Géographe, démographe et économiste, René Valette (né en 1939) est professeur émérite et vice-recteur de l'université catholique de Lyon. Il a notamment occupé la fonction de président national du Comité catholique contre la faim dans le monde-Terre solidaire, de 1988 à 1993. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages dont : Plaidoyer pour une mondialisation solidaire. L'Engagement d'un chrétien, Ivry-sur-Seine, Les Éditions de l'atelier, 2011, 142 pages.