Saint-Point : « Trop cool ! »

Les autres villages décrits dans cette rubrique ont vanté la beauté de leurs paysages. Mais Saint-Point a cette particularité, ce « plus », d’avoir été chanté par un poète : « Entre deux étroites collines, se creuse un oblique vallon. » Je parlerai très peu de Lamartine et du patrimoine architectural, ce qui a été très bien fait par ailleurs. Mais l’église recèle un livre d’or où des expressions reviennent, évoquant aussi bien l’environnement que le lieu lui-même : « écrin de verdure, paysages harmonieux, calme, douceur, sérénité, petit coin de paradis. » Une main d’enfant a même écrit : « Trop cool ! »

Une zone de montagne

Quelles sont les particularités du relief ? Si les touristes les apprécient, les agriculteurs en parlent d’une manière moins élogieuse, en évoquant les pentes abruptes (altitudes situées entre 296 et 746 mètres). Saint-Point est classé zone de montagne. Il existe une douzaine d’exploitations. Plusieurs agriculteurs travaillent à mi-temps à l’extérieur. Les Sanpognards sont à l’origine de la première Cuma (Coopérative d’utilisation du matériel agricole) de la région, créée en 1957. Elle évitait que chacun s’équipe individuellement.
Autre forme de solidarité dans ce secteur : le service d’entraide. Quand un agriculteur était malade ou accidenté, les autres s’organisaient pour le remplacer bénévolement. Cette disponibilité est difficile à l’heure actuelle.

C’est plus la même vie !

Les anciens expriment d’autres regrets en parlant d’un temps où le bourg était actif, gai, convivial. « On entendait rire, on s’interpellait d’un jardin à l’autre ! » Le centre du village est maintenant trop calme, surtout en hiver : beaucoup de résidences secondaires sont vides une partie de l’année. Par contre, les hameaux sont très vivants : beaucoup de jeunes couples et d’enfants. Une douzaine de maisons ont été construites dernièrement. Certains nouveaux habitants ont choisi de s’installer là après un séjour en gîte (ici, un gîte d’étape et un gîte rural). « C’est plus comme avant, on connaît plus les gens ! » Mais il existe un souci d’intégration des nouveaux venus, en particulier de la part de l’amicale qui les invite gratuitement au méchoui. Monsieur Mignot, maire de la commune, explique que la population augmente chaque année : 355 habitants, et même 410 si on procède à un double comptage incluant les résidences secondaires. Beaucoup travaillent à l’extérieur: pas de gros employeurs sur place. La municipalité a le souhait de retrouver des terrains constructibles pour des jeunes voulant rester au pays. On ne trouve actuellement rien à louer. Autre projet : la réorganisation du bâtiment communal, en pensant particulièrement aux vingt-deux enfants de l’école maternelle.

Un village qui a des atouts

L’artisanat est bien présent : plusieurs entreprises dans le secteur de la menuiserie, charpente, couverture, zinguerie, scierie. Un tapissier décorateur. Un maçon.
Un cabinet de sophrologie vient de s’installer. Quant au domaine artistique, il est représenté par un tourneur et sculpteur sur bois reconnu hors de nos frontières.
Le tourisme est particulièrement important, lié bien sûr à l’église, au château, au camping et au lac. Ce dernier est un lieu d’animation en été, et un lieu de promenade toute l’année. « Quand on veut se promener, on va faire un tour au lac ! » Le bar-restaurant est à nouveau ouvert et la guinguette propose son programme d’été.
Autres lieux de rencontre : l’épicerie-café et aussi l’emplacement de jeux où se côtoient mères, grand-mères du village et du camping : occasions d’échanges avec des familles étrangères.

Des associations actives

Un méchoui à préparer, c’est du boulot !
Un méchoui à préparer, c’est du boulot !

L’Amicale est très ancienne. Elle n’oublie pas son passé, (les anciens élèves) et continue à aider financièrement l’école. En plus du méchoui, elle organise la fête patronale. Les Amis du lac chapeautent la section pêche : trois concours par an. La Société de chasse compte plus d’une vingtaine d’adhé- rents. Les Compagnons du chêne de Jocelyn font du théâtre depuis 1990. Ils ont commencé avec des scènes historiques et des histoires locales (scénarios écrits par eux-mêmes). Ils ont évolué vers le théâtre de boulevard. Beaucoup de travail et d’énergie de la part de tous, jeunes et vieux, de tous milieux sociaux. Et comment ne pas évoquer certains artistes inoubliables ?… Les compagnons prétendent que le ciel est toujours avec eux : parfois menaçant, jamais déchaîné !
Nouveau à Saint-Point, le Petit piment propose un espace de rencontre et d’échange avec le public. Le Comité local de Lacim (Les amis d’un coin de l’Inde et du monde) regroupe vingt-huit adhérents, dont certains habitants des villages voisins. Cette association aide les pays du Sud à réaliser des projets de développement. Saint-Point est jumelé avec un village du Mali. Les dons des adhérents servant intégralement aux projets, les frais de fonctionnement sont couverts par des activités bénévoles : repas, brocante.

1995 quelques compagnons acteurs. Que de souvenirs !
1995 quelques compagnons acteurs. Que de souvenirs !

Alors, Saint-Point, un petit coin de paradis ? On m’a dit: « Je ne comprends pas que tout le monde ne veuille pas habiter ici ! » « En arrivant ici, j’ai été surpris de trouver des gens si agréables, gentils, adorables !… » Si on m’a fait remarquer qu’au-delà de l’image idyllique d’une campagne préservée, la précarité peut aussi exister chez nous, on m’a aussi beaucoup parlé d’ouverture, d’échanges, de convivialité, d’entraide, de solidarité.

Un Notre Père pour notre temps

Toi le Père de tous ceux qui luttent
Pour faire éclater l’amour, la solidarité, la justice,
Que ton nom soit sanctifié
Pour tous ceux qui travaillent jour et nuit
Afin de sortir leurs frères de l’ignorance,
De la maladie, de l’exploitation et de la persécution.
Pour tous ceux qui donnent un peu de leur temps
Pour changer leurs conditions de travail,
Sur le quartier, au bureau, à l’école.
Que ton règne vienne et qu’il vienne pour tous !
Que ta volonté soit faite.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour,
Ce pain trop rare, confisqué par une minorité,
Insuffisant pour les trois quarts de l’humanité,
Le pain du travail pour tous,
Le pain d’une vraie formation,
Le pain d’une vraie vie aussi.
Et pardonne-nous, Seigneur,
Tous ces cris que nous n’entendons pas,
Tous ces sourires que nous ne voyons pas,
Toutes ces injustices contre lesquelles nous ne faisons rien.
Ne nous laisse pas succomber à la tentation
De baisser les bras,
De fermer la porte sur nos petits bonheurs.
Ne nous laisse pas succomber à la tentation de croire
Que la violence, le racisme et l’intolérance vont triompher.

Mais délivre-nous du mal qui, au fond de nous-mêmes
Nous invite à vivre notre vie, en la gardant pour nous,
Quand toi tu nous invites à la donner.
Donne-nous cet enthousiasme
Qui engendre un monde meilleur.
Amen

Pâtissier des prés

Venu d’Alsace, Cyril Canedi est arrivé il y a quatre ans dans le sud de la Bourgogne, avec Françoise, son épouse, et Deva, leur petite fille. Pâtissier à Mulhouse, il a choisi la campagne tramblyronne pour construire sa maison au revêtement de bois et créer, il y a deux ans, un lieu où il exerce ses talents de pâtissier, chocolatier, traiteur et glacier. Rencontre avec un artisan volontaire et enthousiaste.

Pourquoi avoir choisi ce lieu relativement isolé ?

J’ai été attiré ici par la certitude de trouver une réelle qualité de vie. Je voulais privilégier ma vie de famille, voir grandir ma fille et construire ma maison en m’inscrivant dans une démarche écologique. Je n’ai pas été déçu. Ma vie ici répond tout à fait à mes attentes. Certes, le rythme de travail est intense mais j’apprécie le calme de l’environnement, les liens qui se créent, les contacts noués, le sentiment de sécurité éprouvé, le bel accueil reçu à notre arrivée et la reconnaissance de l’audace de notre projet… et de la qualité de nos produits ! Venir ici me mettre à mon compte, c’était aussi la possibilité d’être libre dans la conception et l’organisation de mon travail et de pouvoir partager celui-ci avec Françoise, responsable de la vente et de la partie administrative. Nous travaillons énormément mais ensemble et c’est essentiel pour nous.

Comment avez-vous choisi ce métier ?

Adolescent, j’ai été fasciné, au salon des métiers, par le travail d’un chocolatier. Un stage en 3e a confirmé ce choix. J’ai ensuite travaillé dans des pâtisseries renommées en Alsace puis complété ma formation dans la restauration. Je suis très influencé par mon passé alsacien, à travers l’utilisation des épices, par exemple, ou le choix vigilant d’excellents produits. Je ne travaille que sur commande afin de pouvoir garantir la fraîcheur de ma production. Je participe à des marchés gourmands, en nocturne ou en journée, à des foires importantes, à des portes ouvertes dans le cadre vinicole ou caprin. Je donne également des cours de pâtisserie, en m’adaptant aux groupes de stagiaires. Il m’est arrivé de travailler avec de jeunes enfants de 5 à 8 ans.

Que vous apporte votre métier ?

Un équilibre personnel. J’ai besoin de créer, de me renouveler, d’évoluer. Je connais bien mon métier mais je sais que j’aurai toujours quelque chose à apprendre. Je suis en perpétuelle recherche de nouvelles associations, je joue avec les textures, les goûts. Tout est possible. La seule limite est celle de l’imagination. C’est un challenge permanent.

Le mot de la fin ?

Mon métier consiste à faire plaisir aux gens. Que demander de plus ? Nous ne deviendrons peut-être pas plus riches mais certainement plus heureux ici !

Enfin… l’eau coule au robinet de l’hôpital de Mokamo

Il y a bientôt deux ans, un repas était organisé à Tramayes, dans le but de récolter des fonds, pour soutenir un grand projet humanitaire en République Démocratique du Congo. Ce projet consistait à aider une population de 60 000 habitants, vivant dans la brousse, à réhabiliter leur hôpital presque à l’abandon depuis 1972.

Le but de la quête de Tramayes était d’amener l’eau et l’électricité à l’hôpital de Mokamo. Imaginez, une salle d’opération sans électricité. L’eau, les femmes et les enfants allaient la chercher à la source, située à 900 mètres et la transportaient dans des bidons sur leur tête. Des bénévoles sont allés sur place pour rencontrer les gens et analyser les besoins. Ils se sont occupés de l’acheminement du matériel nécessaire et ont aidé au montage de celui-ci. Ils ont récolté les fonds nécessaires en Europe, en organisant des repas, des marches, des spectacles… en faisant appel à des organisations
Enfin, en 2011, l’électricité a été rétablie à l’hôpital grâce à des cellules photovoltaïques et à deux groupes électrogènes qui assurent les demandes plus importantes  (stérilisation des instruments, échographie…). Et, depuis mars 2012, l’eau coule au robinet de l’hôpital de Mokamo. Vous pouvez imaginer la joie de nos amis de Mokamo qui, pour la plupart, voyaient, pour la première fois de leur vie, de l’eau sortir d’un robinet…

Nous élargissons notre champ d’actions

Mais le travail des bénévoles n’est pas terminé. Très vite, ils ont compris que toute la population de cette région avait besoin de soutien. A présent, notre groupe s’oriente vers plusieurs projets. Des objectifs de formations médicales : des membres de notre groupe, médecins et infirmières travaillent avec leurs homologues congolais, pour les soutenir et les former. Des objectifs de développement communautaire : à la demande des mamans de Mokamo, un foyer social a été créé : alphabétisation, bibliothèque, horticulture, couture… Des objectifs de formations techniques : les missions techniques seront clairement orientées vers la formation des responsables et du personnel, l’utilisation adéquate des outils, l’entretien du matériel et la prévention des pannes.
Ce beau projet aboutit grâce à des bénévoles qui donnent de leur temps, grâce à toutes les personnes qui ont été sensibilisées par la situation précaire de cette population.
La population de Tramayes et des environs a quelque peu participé à la réalisation de l’adduction d’eau puisque l’argent récolté par le repas a servi à acheter une des pompes placée à la source. Les hommes, les femmes et les enfants de Mokamo sont très sensibles à toute cette fraternité et remercient chaleureusement tous ceux qui ont participé à ce projet.

Retrouvez notre projet sur www.projetmokamo.be

Notre monde est-il en crise ?

n°85 – septembre 2012

Non ! Il change, c’est un monde nouveau… Tous : gouvernement, experts, médias, nous annoncent une vie plus difficile, davantage de chômage, d’impôts… Et tous dans le même bateau : c’est une prise de conscience progressive que le monde ne sera plus comme avant.
Alors, n’est-ce pas le bon moment de se poser des questions ? Pour moi, d’abord : qu’est-ce qui me fait courir ? Consommer plus ? Mais que faire de ces déchets qui m’encombrent et de cet air que je pollue ? Ma réussite ? Mais quelle réussite dans ce climat d’incertitude ? Une bonne image de moi ? Mais quelle image ? Relisons donc ce beau psaume 131 : « Seigneur… je n’ai pas pris un chemin de grandeur ni de prodiges qui me dépassent. Non, je tiens mon âme en paix et silence, comme un petit enfant contre sa mère… »
Mais se poser aussi des questions pour les autres, pour notre monde. Jésus ne nous a-t-il pas dit : « Construisez le Royaume de Dieu », ici, maintenant, et pas ailleurs, dans un ciel lointain ? Et avec les autres, Noirs, Jaunes ouBlancs, qu’ils soient chrétiens, bouddhistes, athées ou autres…Soyez le sel de la terre…Pour le sel, pas besoin d’argent ! De l’attention, de l’écoute, du respect, de l’énergie, et y travailler tous ensemble. Ne serait-ce pas une bonne résolution pour ce début d’année ?

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