Edwin et Paco nous écrivent depuis les Hauts Plateaux Andins, au Pérou

Edwin à Sicuani 26 mars 2012,

J’ai attendu pas mal de temps avant de vous partager ce qui m’arrive. Pardon de ne pas vous avoir écrit plus tôt. Depuis octobre, je suis sans travail. Ceci a occasionné de l’instabilité familiale. J’ai attendu que s’accomplisse la promesse d’un nouvel emploi au diocèse mais rien depuis 5 mois !
Notre Noël familial fut très triste. Et nous n’avons pas fêté les 15 ans de Mishell en janvier.
Pendant plusieurs semaines, nous avons eu quelques soucis de santé […] le bon, le positif, c’est que je ressens l’union familiale et la profondeur de nos prières. Cette situation nous a maintenus tous très unis. […] C’est clair que la perte de mon emploi n’était pas prévue !
Mishell a réussi sa quatrième année de secondaire ; ce qui nous réjouit c’est qu’après une année d’adaptation diffi cile, elle a progressé chaque année dans ses résultats. Lulu va très bien, elle s’adapte bien et passe en troisième primaire. Norma est toujours au collège à dix minutes de Sicuani et aide à la pastorale paroissiale.

Edwin Colque

Paco à Pitumarca le 28 février 2012,

Je suis toujours en train de crapahuter dans ces montagnes andines, visitant les communautés rurales et essayant de desservir le mieux possible ces deux grandes paroisses : Pitumarca et Checacupe. Tout se passe bien. Mais malheureusement, nous avons toujours le même évêque qui aurait dû partir il y a 3 ans et que Rome maintient en poste. C’est un véritable désastre : il n’est jamais là, toujours en train de se promener… La pastorale est le dernier de ses soucis et il ne cherche pas à pourvoir ses paroisses.
J’espérais avant mon départ voir arriver un nouvel évêque… mais rien à l’horizon. Heureusement, il y a encore une bonne équipe de prêtres qui maintiennent le cap.
Mon retour en France est prévu pour le 20 avril.
La situation est toujours dominée par les conflits entre les entreprises minières et les communautés rurales. Le gouvernement veut l’or et l’argent, les ruraux veulent l’eau. C’est un peu le pot de fer contre le pot de terre. C’est vrai que les mines sont un apport financier considérable pour le Pérou mais l’argent est bien mal réparti.
Je continue de travailler mon livre qui a besoin d’être étoffé pour la France car un lecteur Français aura besoin de quelques explications supplémentaires. J’espère qu’il sortira en France en 2012.
Ces derniers temps j’ai quelques petits problèmes de santé qui j’espère ne prendront pas trop d’importance. C’est vrai qu’à 77 ans l’altitude commence à bien se faire ressentir.
Peut-être aurons-nous l’occasion de nous revoir à mon retour.

François Dalteroche (dit Paco)

Quand les enfants parlent de leur village

Amusante et sérieuse à la fois cette rubrique du bulletin municipal n° 22 qui fait parler les enfants de leur école et de leur village. « Le village de Brandon, affirme Romain, a une belle école, une belle cantine, une gentille enseignante. L’école de Brandon est très bien, mais il y a quelques petites choses à améliorer: la classe devient un peu vieillotte ! »

Alexis, de retour à Brandon écrit: « Bonjour, l’école a changé depuis le CP, il y a une nouvelle cantine, on est bien dedans. »

On est bien dans la nouvelle cantine de l'école !
On est bien dans la nouvelle cantine de l’école !

Chacun des enfants loue la gentillesse et les compétences de Madame Dupasquier : c’est sûr, ils vont lui faire une très belle fête au mois de juin, lorsque sonnera pour elle l’heure de la retraite, bien méritée. Elle est actuellement la directrice du RPI de La Noue. Parmi les remarques des enfants, revient immanquablement, la beauté de la cantine et les bons repas qui y sont servis. Madame Chachuat, la cuisinière peut être fière de son travail. Lorsqu’on visite ce lieu magique, on comprend les enfants, car ‘on seulement c’est beau, clair, avec une vue imprenable sur la nature, et en plus le service est fait avec le sourire. Madame Chachuat me confie : « ici nous faisons tout, depuis la conception des menus… jusqu’à la vaisselle! ». Lorsqu’il manque du personnel, Madame Fabienne Prunot, directrice du Sivos, n’hésite pas à venir en renfort.
Mais, à l’image des adultes, les enfants ont des récriminations, je pense à en croire M. Large, le maire, qu’il faudra attendre un peu, pour les bureaux, le trampoline, les cages de foot et autres revendications car: « Normalement, dit M. le maire, le conseil municipal lève le pied devant les perspectives d’investissement durant les 2 à 3 ans à venir, le temps de revenir à un taux d’endettement conforme à sa capacité. » Mais rassurez-vous les enfants on ne vous oublie pas. Puisque vous êtes de plus en plus nombreux dans votre commune. D’ailleurs, pour vous, et aussi pour les adultes une bibliothèque a vu le jour, antenne de la très active bibliothèque de Trivy.

Des hameaux en pleine extension

Ce village que vous aimez a un bel avenir devant lui : aujourd’hui il compte 292 habitants, grâce à l’installation de plusieurs jeunes couples. Le hameau des Cours en est un exemple. Que de changements là-haut dans la montagne ! Non seulement les anciennes habitations sont rénovées et habitées en permanence, mais des constructions nouvelles ont vu le jour; et surtout une vie chaleureuse de solidarité et d’entraide s’est développée. Les retraités n’hésitant pas à rendre service aux jeunes parents quand ils en ont besoin. Dans ce hameau aujourd’hui, onze enfants d’âge scolaire et pré-scolaire, quelques collégiens et un lycéen! Chaque année les habitants organisent un repas de quartier! Signe d’une vie retrouvée.

Brandon, une commune qui prend soin de ses enfants.
Brandon, une commune qui prend soin de ses enfants.

Si j’ai eu envie de m’adresser à vous les enfants, c’est parce que vous êtes l’assurance que Brandon est bien vivant, mais vous n’êtes pas sans savoir que les adultes qui gèrent votre commune ont parfois bien du souci pour que tout aille bien et pour eux il est souvent très difficile de faire face à toutes les difficultés. Mais les travaux de rénovation continuent : un exemple la croix, au lieu-dit du même nom. La réhabilitation du bureau de poste qui a permis l’aménagement d’un appartement, d’un cabinet infirmier et bien sûr d’une agence postale, un plus pour les habitants quand on sait le nombre de villages qui n’ont pas cette chance. Le développement de la commune passe aussi par le nombre d’artisans installés sur son territoire :
Un prothésiste dentaire, un entrepreneur de travaux publics, un artisan électricien, deux commerçants ambulants, et dans ce village à vocation rurale, seulement quatre exploitants agricoles ; au grand regret de M. le maire.
Ajoutons que pour l’accueil des vacanciers, les habitants se sont mobilisés, puisqu’il existe sept chambres d’hôtes.

Afin de resserrer les liens entre les brandonnais, plusieurs associations sont très actives et très présentes sur le territoire. Elles sont souvent regroupées avec Montagny-sur-Grosne, c’est le cas du « comité des fêtes » qui a 40 ans cette année, du club « La belle époque » et de l’association des chasseurs. Est-ce un lieu commun que de dire qu’il fait bon vivre à Brandon ? Je n’en ai pas l’impression ; je crois que si les jeunes affirment qu’ils aiment leur commune c’est que c’est vrai, selon l’adage : « La vérité sort de la bouche des enfants ! »

Et maintenant, observons un peu nos racines

Brandon est connu des historiens depuis avant l’an mille ! Son histoire est tout d’abord liée à celle de Clermain. Le fameux château fort que l’Abbé de Cluny a fait démolir devait se situer sur la colline d’Avout ou Ajou ; mais la paroisse de Brandon appartenait aux chanoines de la cathédrale Saint-Vincent de Mâcon et ce sont eux qui touchaient les redevances.
On ne sait pas exactement où résidaient les barons de Brandon, mais au XVIe siècle on trouve comme seigneurs des Myards une famille Bridet. A la révolution un Pierre-Louis Bridet est seigneur d’Esmyard.
On trouve encore quelques vestiges de la vie de cette époque, au hameau des Cours une très ancienne maison est encore signalée… et habitée, le lieu-dit « la justice » nous rappelle que là se tenait le Gibet…
L’église Saint-Pancrace date de 1736, le château d’Esmyard est aujourd’hui habité par Mme de Lerminat.

Où J’ai laissé mon âme

« Où j’ai laissé mon âme », roman de jérôme Ferrari soulève, au-delà du bien et du mal, le problème de la condition de l’homme libre face à son destin, face à ses choix. Comment un individu qui a été victime peut-il devenir bourreau ?

Le capitaine Degorce retrouve à Alger le lieutenant Andréani. Ils avaient été ensemble dans l’enfer de Diên Biên Phu. Le lieutenant admirait son supérieur, il lui dit même l’avoir aimé comme un frère. Mais en pleine guerre d’Algérie tout va être différent. Leur mission : arrêter le chef de la rébellion algéroise : Tarik Hadj Nacer, dit Tahar. Voici le début de ce que l’on peut appeler une lettre ouverte du lieutenant Andréani à son ancien capitaine : « Je me souviens de vous mon capitaine, je m’en souviens très bien, et je revois encore distinctement la nuit de désarroi et d’abandon tomber sur vos yeux quand je vous ai appris qu’il s’était pendu. C’était un froid matin de printemps, mon capitaine, c’était il y a si longtemps, et pourtant, un court instant, j’ai vu apparaître devant moi le vieillard que vous êtes finalement devenu. »
Pour arriver à leurs fins, parce qu’ils ont des ordres, tous les moyens sont bons. Alors qu’Andréani pratique la torture sans se poser de question (il fait juste un travail qui lui a été confié !) Degorce, en proie à l’obsession du péché, est en perpétuelle contradiction avec lui-même : contradiction exprimée dans le texte par un changement de typographie. Mais il fait le même travail que le lieutenant ! Vis-à-vis de Tahar il pratique une torture morale qui ne peut que nous paraître abjecte : « Comme je vous l’ai dit, nous ne vous interrogerons plus, mais par acquis de conscience, nous allons quand même poser quelques questions aux membres de votre famille. Peut-être votre jeune sœur, qui a 16 ans, je crois, et les mêmes yeux verts que vous… »

Un drame en trois journées

Jérôme Ferrari a construit son roman en trois chapitres, trois journées qui, dans l’esprit du capitaine, sont assimilées à la Passion du Christ. Lorsque Tahar est arrêté et amené à la villa Sainte Eugène, le capitaine passe des heures à parler avec lui, car il admire le calme du kabyle. Que cherche-t-il vraiment ? Une absolution, la paix, qu’il n’arrive plus à trouver ?
Un quatrième personnage est présent par ses lettres, Jeanne-Marie, la femme de Degorce, lettres auxquelles il ne peut plus répondre : « Il prend du papier et commence à écrire. Il cherche des mots tendres et les mots fuient. » A la fi n de son dernier monologue intérieur, au cours duquel il s’adresse à sa femme, il affi rme : « Je suis un animal qui gémit, si froid que je n’éprouve même plus la douleur qui me fait gémir, et bien que je sache que j’ai depuis longtemps perdu le droit de le prier, je le prie quand même, je voudrais seulement qu’il me permette de revenir, ne serait-ce qu’un instant, où j’ai laissé mon âme. »

Maurice… et tant d’autres

Tant de rendez-vous avec les défunts de la paroisse, et leurs familles, depuis que j’ai accepté la charge de curé des SaintsApôtres en Haut-Clunisois en 2003. En consultant les registres, ce sont en moyenne 66 rendez-vous par année.

Je donne beaucoup d’importance à ces célébrations qui nous permettent à tous de manifester la plus élémentaire des formes de solidarité. Celle qui mêle notre commune condition d’êtres mortels, nos raisons essentielles de vie, d’amitié, de respect, de reconnaissance et de foi dans une église signe de l’hospitalité la plus large possible. Souvent, vous m’avez transmis et fait transmettre le merci pour l’accueil des différentes personnes qui prennent le temps d’une préparation partagée à plusieurs et que vous avez apprécié, comme je l’apprécie aussi.
Pourquoi en parler aujourd’hui quelques jours après les obsèques de Maurice Passot ? C’est bien sûr affaire d’amitié personnelle. Mais, dès le début de ma responsabilité de curé de paroisse, j’ai su qu’il était le type même de ceux avec il fait bon partager les responsabilités. Même aux heures les plus difficiles de sa maladie, il savait demeurer présent aux autres membres de l’équipe d’animation et à ses projets ainsi qu’à tous ceux qui passaient à Nogent ou qu’il rencontra à Mâcon ou Tramayes.

Des signes partagés

Alors je peux tout à la fois évoquer ceux (celles) avec qui j’ai eu l’occasion de faire un bout de chemin au cours de cette responsabilité partagée – je le fais à la façon d’un titre de film qui eut du succès en son temps – Maurice, Michel, André, Henri, Madeleine, Renée, Marie-Thérèse et Joseph et les autres, oui tous les autres que j’ai connus autrement à travers les liens qui vous unissent à eux. Vous savez que chaque année, le 2 novembre, nous tenons beaucoup à cette célébration, où nous redisons les noms et prénoms de ceux qui nous ont quittés d’une Toussaint à l’autre. Et ce jour-là nous les citons pêle-mêle, village par village. Est-ce donner trop d’importance aux morts ? En fait, je donne de l’importance aux vivants qui n’éludent pas la mort, même quand elle les crucifie sur le moment. Une parole risquée dans l’émotion, des signes partagés devant les autres, des musiques choisies en connaissance de cause… même les maladresses disent encore qu’il est l’heure de fêter tel ou telle d’entre nous, et qu’il est bon que nous le vivions ensemble, tant que nous le pouvons.
Tout cela je l’ai partagé avec Maurice et j’ai dès le début apprécié chez lui (en sa personne, en sa maison, ce souci d’être respectueux des habitudes et traditions tout en se laissant interroger par les événements vécus et les personnes rencontrées. J’ai aimé pouvoir dire le jour de ses obsèques que j’étais en quelque sorte confirmé par lui!

Pentecôte des solidarités

n°84 – juin 2012

Traditionnellement – même si parfois on l’a oublié – le Carême nous le rappelle. Une fois encore nous étions conviés à une action « Bol de riz », cette année à Brandon, qui a permis une collecte de 600 euros. L’équipe d’animation pastorale (dans notre jargon l’EAP) a décidé d’en affecter 400 aux sœurs de SaintFrançois d’Assise, implantées en Haïti; notre interlocutrice sœur Bernadette Nourdin nous a tenus informés de l’usage fait de notre envoi de l’année dernière, et a témoigné du souci des sœurs d’avoir des actions locales très ciblées avec des interlocuteurs très diversifiés et tous passionnés par l’aide aux besoins locaux. Les 200 euros restants seront envoyés par Dominique Olislaeger à Edwin Colque (voir les dernières nouvelles dans ce numéro) pour soutenir le travail de la radio locale comme nous nous y étions engagés (la vente des calendriers en début d’année y contribue aussi, ainsi que des engagements personnels).
Nous sommes reconnaissants que la solidarité joue aussi en faveur de la paroisse. Ce fut le cas cette année grâce à l’équipe qui organise les nuits du jazz à Trivy et qui nous a fait rencontrer par un concert le groupe « Les Kinkas ». Concert d’une rare qualité en gospels et chants liturgique orthodoxes. Groupe de qualité aussi par son projet de mettre ces musiques à portée d’auditoires peu familiers ou socialement empêchés de l’être. Les 1500 euros recueillis ainsi sont les bienvenus à l’heure de nos projets de maison paroissiale.
Pentecôte 2012 verra aussi à Matour, la fête de la profession de foi de dix-sept jeunes de nos familles: Charlyne Bonin, Diego Coelho Goncalves, Chloé Igonnet, Benjamin Maillot, Alexandre et Benjamin Riget de Matour, Antoine Balvay, Marion Dost, Thibaud Ducroux, Anthony Pinheiro, et Rafael Uhart de Tramayes, Marine Desroches et Claire Lapalus de Saint-Léger s/s la Bussière, Stéphanie Dessaigne de Saint-Pierre-le-Vieux, Maxence Ranchin de Saint-Point, Flavie Sangouard de Germolles et Augustin Vivier de Trambly. Bon vent de Pentecôte à tous !

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