Clermain, un village fier de son passé

« Le seul village, de la frontière suisse jusqu’à l’Océan, coupé en deux par la route. » Je ne sais pas si cette particularité plaît aux Clerminois, mais c’est la première chose que m’a dite M. Faugère lors de notre rencontre. Ce qu’il ne faut pas oublier c’est que de tout temps Clermain a été séparé en deux, la Grosne d’abord, la voie ferrée ensuite, puis la route, qu’en sera-t-il demain avec l’autoroute ?

La voie ferrée, la gare : comme tout cela était important ! Leur disparition a sans doute contribué au déclin de cette bourgade. Clermain était une gare importante pour la région car située sur la ligne Mâcon-Moulins, elle desservait aussi les gares de Chalon et Roanne. Elle disparaît entre 1950 et 1953 pour les trains de voyageurs et 1956 pour les marchandises, privant ainsi de travail de nombreux ouvriers, poseurs et électriciens. A cette époque Clermain comptait 530 habitants !
Puis, comme pour redonner de l’éclat au village, il y eut le restaurant Poncet qui attirait les fins gourmets de la France entière et de l’étranger. Il ferme en 1970 à la mort de M. Poncet…

Mais aujourd’hui Clermain est bien vivant !

232 habitants pour 580 hectares, bien sûr la population a diminué, mais elle n’en reste pas moins active. On a recensé 5 agriculteurs essentiellement tournés vers l’élevage. Le café-restaurant L’étape accueille chaque jour des dizaines de convives, tant routiers que clients de passage. C’est le dernier commerce de Clermain et il contribue aux rencontres conviviales grâce à son bar où se rencontrent les Clerminois. Citons également le garage Dubois, hélas menacé par le nouveau tracé de l’autoroute ! Une entreprise de terrassement et un paysagiste ; et tout nouvellement installée, une esthéticienne : Mélanie Dufour, « XXIe siècle en beauté ».
Une chose est très importante pour les Clerminois : aucune maison n’est actuellement vide dans le village, car des jeunes viennent s’installer dans le village ! Un signe très positif. Bien vivant grâce à son école, Clermain fait partie du RPI de La Noue et accueille les élèves de CE1 et CE2, 27 enfants confiés à Mme Tachan, leur professeur. La cantine se trouve à Brandon, ce qui permet aux enfants de se retrouver le temps d’un repas avec les plus grands des cours moyens. Les plus petits sont eux à Trivy. Grâce au SIVOS les transports scolaires permettent à tout ce petit monde de rejoindre chaque jour la bonne destination.

La mairie-école, où sont scolarisés 27 enfants du cours élémentaire
La mairie-école, où sont scolarisés 27 enfants du cours élémentaire

Des projets, ce n’est pas ce qui manque à l’équipe municipale !

Je ne sais pas si c’est le plus important, mais la naissance du Petit Clerminois contribue sans doute à créer un lien entre les habitants. En effet le village était le seul à ne pas avoir de bulletin municipal, c’est chose faite depuis 2008 ! Depuis janvier 2011 Clermain est entré dans la communauté de commune de Matour. Ce que M. le Maire salue comme l’entrée dans une ère nouvelle. Sans doute un moyen de mettre en œuvre des projets plus audacieux. Peut- être enfin la rénovation de la place de La Garde, commencée grâce aux bonnes volontés, mais jamais achevée…

La Madone, à une place toute spéciale

La Madone est un don de la famille Combier en reconnaissance après un grave accident de la route. La famille a prêté un morceau de terrain, mais il semble que la statue primitive des années vingt a été remplacée.
Elle est le lieu de rassemblement des paroissiens du canton pour la fête du 15 août, une année sur deux. La paroisse est sous le patronage de la Vierge, cette paroisse dont on trouve des traces d’existence dès 974 : Villa Clermanus dans la charte de Cluny. L’histoire de Clermain est intéressante, car son détachement de la paroisse de Brandon a encore des conséquences aujourd’hui.

La Madone, chère au cœur des Clerminois, accueille la messe du 15 août un an sur deux
La Madone, chère au cœur des Clerminois, accueille la messe du 15 août un an sur deux

L’église aurait été édifiée par les moines de Cluny, si on en juge par les restes de style roman. Elle a ensuite été transformée au cours des siècles. Aujourd’hui le comité d’entretien de l’église a réalisé la rénovation de l’intérieur et installé, pour combattre l’humidité, un Mur-tronic.
La commune de Clermain ne possède pas de château. Une construction avait été commencée par Hugues Déchaux (dit le Déchaussé) mais interdite par l’Abbé de Cluny, Pierre le Vénérable, afin de préserver la paix dans la région. Le site du château n’est pas connu, mais il est permis de se demander s’il ne s’agit pas de la butte d’Avout.

Une vie associative importante

Le club de l’amitié

Il existe depuis 1976, aujourd’hui présidé par Mme Chaintreuil, les membres se réunissent une fois par mois pour partager, jouer (belote, scrabble, tarôts). La bibliothécaire de Trivy apporte des livres qu’elle prête pour un mois, voire plus. Une fois par an le club part en voyage, des repas sont organisés (3 fois l’an). Les responsables organisent des concours, et un loto.

Le comité des fêtes

Avec Mme Emery propose trois ou quatre manifestations par an : Un loto, une soirée dansante, une randonnée pédestre : la Clerminoise avec ses trois circuits (7,15 et 20 km)

L’éveil Clerminois

Il cible des activités différentes : jambon à la broche, soirée cabaret, organisation du téléthon auquel toutes les associations participent. N’oublions pas la société des chasseurs avec sa brocante en septembre (ouverture oblige) et son repas en mars (fermeture).

Anim’école

Association des parents d’élèves qui cette année a proposé une vente de plants de fleurs et légumes, dans le cadre du projet des écoles du secteur.

En écoutant les personnes qui ont accepté une rencontre à l’initiative du maire j’ai été frappée par le nombre de repas organisé, mais n’est-ce pas le meilleur lieu de rassemblement d’une communauté.

La fierté des Sampiarri

L’article du Journal de Saône-et-Loire du 2 août, signé d’Isabelle Philibert, ouvre l’appétit de la rencontre avec Bernard: « cette journée n’aurait pas pu avoir lieu sans l’opiniâtreté de B. Cateland, le concepteur, et de la solide équipe qu’il avait réunie autour de lui pour donner forme à son projet ». « Opiniâtreté souriante », car partagée avec Anne, tient à corriger, plusieurs fois au cours de l’entretien, le principal intéressé.

L’équipe fera son bilan en automne, et pourra le fêter! Quelques chiffres suffiraient à impressionner: plus de 1 000 visiteurs, 150 bénévoles au service de l’entreprise, plus de 1 100 repas servis… Ce serait passer à côté de ce qui s’est vécu: la qualité des ateliers avec ses supports visuels pour la généalogie ou la galerie d’exposition de photos souvenirs et de ce qui se partageait alors, la disponibilité des hôtes de l’expo des objets anciens, la compétence des guides des six visites qui les rend aptes à poursuivre, la générosité des acteurs des saynètes en patois, la disponibilité des intervenants conférenciers, tous témoins de travaux antérieurement partagés (notre bulletin s’est déjà fait l’écho du travail des Cahiers d’Histoire de Saint-Pierre).

Fédérer les savoir-faire

Bref on le comprend, pour que l’entreprise réussisse, il est essentiel que le concept d’origine trouve peu à peu audience, de plus en plus largement, en s’appuyant toujours sur le trio associatif de départ. Tout repose de fait sur les capacités des personnes capables de fédérer le savoir-faire des uns et des autres. Il n’en manque pas à Saint-Pierre qui ont déjà fait leurs preuves. Et il s’en est manifesté beaucoup d’autres. « J’ai été subjugué par les capacités des gens susceptibles de mettre leur savoir-faire au service de ce projet », s’émerveille Bernard. Encore faut-il ce travail de patience pour lever la crainte des difficultés. Ainsi des objets anciens dont il fallait faire comprendre qu’ils reviendraient à ceux qui les mettaient à la disposition du regard de tous. Et désormais sans doute beaucoup plus présentables chez soi! Ainsi des liens entre les anciens habitants de SaintPierre et ces 50 % qui ont en commun d’avoir moins de 30 ans de présence au village.
Tous ont pu découvrir qu’ils avaient un rôle important pour la réussite d’un projet qui, au départ, pouvait paraître ambitieux et qui, au final, ressort comme un lieu où tant de manières de vivre sa fierté de Sampiarri ont trouvé moyen de s’exprimer et de se faire reconnaître.

Le Groupe d’Ameugny : des chrétiens en recherche

Depuis plus d’un an, un groupe de chrétiens, laïcs et prêtres, se rencontrent à Ameugny, à la recherche d’une dynamique dans l’Eglise et dans le monde.

Pourquoi Ameugny ?

Dans cette paroisse, les laïcs, depuis de nombreuses années, se sont organisés activement face à la rareté des prêtres, désignant des correspondants dans chacun de leurs seize villages, organisant des rencontres, des maraudes, etc. Ces paroissiens ont alors senti le besoin d’une réflexion approfondie sur leur mission et celle des prêtres dans une Eglise de plus en plus « laïcisée ». Ils ont invité d’autres laïcs et prêtres d’autres paroisses à participer à cette réflexion. Ce sont quelques-unes de ces réflexions que nous voulons citer ici.

Quels thèmes pour ces rencontres ?

Au départ, ce groupe souhaite contribuer, même modestement, à la réflexion de l’Eglise de France sur l’avenir de nos communautés chrétiennes, et ceci, dans le milieu rural qui est le nôtre. Plus précisément, réfléchir aux relations entre prêtres et responsables laïcs au sein des paroisses rurales, face à la diminution des prêtres et au besoin croissant d’initiative d’un grand nombre de laïcs. Comment, entre prêtres et laïcs, harmoniser les tâches, les responsabilités, les pouvoirs ? Le groupe a rappelé les trois missions de tout chrétien exprimées par le dernier Concile Vatican II (Lumen Gentium): « prêtre, prophète et roi ». Pour tout chrétien, « prêtre » signifie sa relation de prière avec Dieu, « prophète » sa responsabilité d’annonce explicite de la Parole, « roi » sa responsabilité de mise en œuvre de la Parole par la solidarité et l’engagement dans la société.

Comment participer à ces responsabilités ?

Dans beaucoup de diocèses l’appartenance des laïcs à un conseil pastoral diocésain est une réponse. Né du concile Vatican II, ces conseils visent à « exprimer la participation de tous les fidèles à la mission de l’Eglise ». Ils sont composés de laïcs et de prêtres. Actuellement ce Conseil n’existe pas dans notre diocèse. Il s’agit, pour chacun, de prendre conscience de la diversité de notre Eglise: ceux qui se réfèrent au concile Vatican II et ceux qui n’en tiennent pas compte. Il s’agit de chercher ensemble une nouvelle dynamique pour nous chrétiens, dans le monde et dans l’Eglise. Le groupe a souhaité présenter à l’évêque l’état de ses réflexions. Cette rencontre a eu lieu en Juillet. Le groupe a fait part de certaines difficultés relationnelles dans certaines paroisses sur les rôles des prêtres et des laïcs qui ont conduit des chrétiens à vouloir se rencontrer. Leur souhait: que se développent des lieux d’écoute et d’échange où mettre en valeur ce que vivent les gens : vie familiale, économique, artistique, politique, développement personnel…
L’évêque, intéressé par la démarche du groupe, déclare qu’il aura besoin de ce groupe pour proposer des thèmes à ses futures visites paroissiales, lorsque le cycle actuel de ses visites sera terminé.

Elle nous fait peur : la maladie d’Alzheimer

C’est un sujet qui revient dans les conversations, souvent sous forme de plaisanterie, histoire de conjurer par l’humour une crainte qu’on voudrait ignorer. Si un mot nous échappe: « C’est mon Alzheimer qui commence! » Ainsi, après la tuberculose, le cancer, le sida, est apparue cette autre métaphore du malheur, avec tout le poids des représentations négatives qui lui sont liées.

C’est une démence, c’est à dire une affection grave et inéluctable, due à une destruction progressive des cellules du cerveau. Il n’existe pas de traitement curatif, donc pas de guérison possible, mais des médicaments ralentissent l’évolution. Plus vite on diagnostique, plus vite on peut agir.

Le rejoindre là où il en est

Il existe surtout la possibilité d’un accompagnement de celui qui, jusqu’au bout, reste une personne. Même dans les derniers stades, ce n’est pas un légume, comme on l’entend dire souvent. Il ne se réduit pas à ses déficiences. Il est donc important de reconnaître et de valoriser tout ce qui subsiste, plutôt que de s’appesantir sur ce qui est perdu. Ses paroles gardent toujours un sens. Ce que dit une personne, ce n’est jamais n’importe quoi, même si ce sens nous est caché. Il en est de même des comportements, aussi bizarres qu’ils soient. Nous avons donc à nous adapter à ce malade, à le rejoindre là où il en est, à découvrir ce qui est important pour lui, et non ce que nous souhaiterions à sa place.

Maison ou institution ?

70 % des malades vivent chez eux. Il n’existerait d’ailleurs pas suffisamment de structures adaptées pour les accueillir. Leur domicile joue un rôle de contenant, de protection contre l’effondrement. Ils sont d’ailleurs plus stimulés en famille qu’en institution. C’est très lourd pour ceux qu’on appelle les aidants, physiquement et psychologiquement : voir se transformer, se dégrader celui qu’on aime. Pour éviter d’en arriver à l’épuisement, il est impératif de solliciter de l’aide, des relais : accueil de jour, accueil temporaire, rencontres d’échange et d’information, (cafés Alzheimer). Le fait de conserver soi-même une bonne qualité de vie est une condition nécessaire pour assurer une bonne prise en charge du malade. Souvent le placement s’impose un jour. L’expérience prouve que, lorsque le moment est bien choisi, cela se passe bien. Nous avons du mal à renoncer à l’impossible : vivre vieux sans pertes ni dépendance. Cette maladie nous renvoie à notre vulnérabilité : se perdre soi-même, ne plus se reconnaître, ne plus s’appartenir. Mais nous croyons que la personne, quelle que soit sa pathologie, conserve toujours toute sa valeur et sa dignité.

Communication

n°81 – septembre 2011

Dernièrement, au cours d’un voyage en TGV, j’observais quelques instants le monde qui m’entourait et là, le tableau était assez surréaliste. Des dizaines de personnes assises dans cette rame et la grande majorité étaient en train de « communiquer. « ah, alors il devait y avoir un brouhaha impossible ? » me direz-vous.
Eh bien en fait non, pas du tout, on était même proche d’un silence monacal… Des dizaines de personnes assises les unes à côté des autres, les yeux rivés sur leur ordinateur portable, téléphone ou autre tablette graphique.
Quelle drôle d’ère où nous vivons : à l’heure où les moyens de communication n’ont jamais été aussi abondants et rapides – smartphone, twitter, facebook, et j’en passe – il semble que certains liens se soient coupés et qu’il soit plus facile de communiquer par claviers interposés qu’avec son voisin.
Il n’est point de nostalgie à avoir. il faut seulement que nous n’oubliions pas les vraies relations humaines au profit de la technologie et des « réseaux sociaux ». avoir un fou rire avec des amis, partager un repas avec des proches, aider ses amis dans les moments difficiles restent des piliers importants des relations sociales et ne nécessitent aucune nouvelle technologie !

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