Laïcité ! Faut-il encore en parler ?

Depuis les terribles événements du 7 janvier, pas une seule chaîne de télé n’a voulu être en dehors de la discussion du
moment, les radios non plus, et les journalistes de presse écrite sont venus ajouter leurs articles souvent très intéressants: la laïcité est devenue le mot remède à tous nos maux.

Sans aucun doute, ils ont raison, mais trop c’est trop, et l’on a vu des actions souvent malvenues se multiplier, juste parce que les propos avaient été mal compris… c’est dommageable pour notre société.

L… iberté d’expression, mais pour tous. Une peur que cette liberté ne réveille le racisme toujours latent et bien ou mal caché au fond du cœur de chaque citoyen. Ma grande peur: que nos frères musulmans et juifs en payent le prix fort.

A… ccueil, de tous au sein de nos communautés, accueil de l’autre avec ses richesses avec ses peurs d’exclusions.

Ï… toujours au milieu comme pour se montrer parce qu’il pense avoir raison envers et contre tous, ou peut- être juste parce qu’il est différent et qu’il devient la cible à détruire absolument…

C… itoyenneté, cette qualité que nous acquérons à la naissance, si importante à faire découvrir aux jeunes, mais aussi camaraderie, copain, cette notion si chère à nos enfants : « C’est pas un noir, c’est mon copain », répond un petit garçon de 5 ans !

I… llusion. Est-il vraiment illusoire qu’un jour nous puissions vivre ensemble ICI dans nos villages, sans montrer du doigt les quelques étrangers que nous rencontrons ? Le vivre ensemble, dit-on aujourd’hui. Un nouveau nom commun… qui devrait bien devenir réalité.

T… olérance… le maître-mot de notre société, celui qui permet ce « vivre ensemble ». Tolérer que l’autre ne pense pas comme moi, même si cela me heurte. Accepter la discussion, accepter la confrontation, et s’ouvrir à ses idées.

É… clairage qui peut donner à nos vies un nouveau sens, une nouvelle orientation. Éveiller les enfants à une meilleure connaissance de l’autre, garder chez eux ce qui est spontané. J’avoue avoir eu peur de voir renaître le combat d’un autre temps qui a tristement marqué notre jeunesse, cette époque où « la laïque » était un terme péjoratif, où « l’école libre » se croyait supérieure, mais j’ai eu peur aussi de ne plus pouvoir être aux yeux des autres ce qui fait la spécificité et l’important de ma vie : un chrétien. Et pourtant, c’est dans l’évangile que nous trouvons la loi universelle qui devrait régir le monde : «Aimons-nous les uns les autres».

« La mort peut attendre »

Ceci n’est pas un roman, mais le fruit de la réflexion du professeur Maurice Mimoun.
« Depuis longtemps, je projetais d’écrire sur l’euthanasie. Une nécessité. J’avais rassemblé les exemples, consigné les réflexions. J’avais mon idée je maîtrisais ma conclusion. »
C’est par ces mots que commence ce récit passionnant, parfois insoutenable, tant les exemples choisis sont bouleversants. Maurice Mimoun, La Mort peut attendre, Paris, Albin Michel, octobre 2014, 192 pages.

Il y a cet homme, jeune victime d’un terrible accident du travail : bilan apocalyptique. Une question : que faire ? Malgré la réticence de l’équipe médicale il tient bon. Pourtant, au premier abord il n’y avait aucune chance.

De la difficulté de juger de la valeur de la vie

Les réunions « éthiques » sont houleuses et la question que le professeur attendait surgit : Réunion éthique ? Le rôle du médecin n’est-il pas de garder en vie ? Oui, mais à quel prix pour celui qui va survivre ? Face à toutes ces interrogations, le chef de service tient bon, il sait tout cela, il comprend, mais au bout il y a la vie ! Et cette merveilleuse conclusion : « Le mort était vivant. Le mort boitait sur ses deux jambes. Le mort voyait d’un œil. Le mort était heureux de vivre. »

« On verra bien demain »

Et puis il y a Jean-Michel, un ami, c’est toujours beaucoup plus difficile lorsqu’il s’agit d’un ami ! Jean-Michel a quarante ans, il est insouciant. Il a de l’argent, des amis, deux filles, sa mère avec qui il doit partir en vacances… Mais voilà, le mal insidieux ne peut attendre un retour de vacances. Maintenant que Jean-Michel est entré dans son service, il va falloir choisir : « Heureusement, nous avons choisi la méthode radicale ; celle qui laisse le moins de chance à la tumeur de gagner. Quand je dis nous, c’est Jean-Michel et moi, en fait, c’est moi et il m’a suivi. »
Parce que la vie est plus forte que la mort, chaque soir, vers 22 heures, lorsque le professeur vient dire bonsoir à son ami, la phrase, devenue rituelle, congédie le médecin : « On verra bien demain ». C’est le signal, le professeur peut rentrer chez lui. Devant l’ampleur que prend le mal, il tente de trouver une solution, mais Jean-Michel refuse, il n’a plus la force de lutter, son sourire qui accueillait les amis a disparu, et ce soir-là il n’y a pas la phrase qui apaise. Il a compris et prévient la famille. Est-ce un échec ? «On a échoué. On (moi). Il faut mener tous les combats. C’était ton premier. Plus fort que nous. Il est mort. »
Le professeur Mimoun a eu beaucoup de mal à se remettre de cette mort, c’était son ami… Au cours de ce récit, on découvre beaucoup d’autres exemples et quelle que soit notre position sur l’euthanasie nous ne pouvons pas être insensibles aux nombreuses questions et réflexions suscitées par ce bouleversant récit.

Des livres qui nous bousculent

Il faut lire le roman de Maylis de Kerangal, Réparer les vivants : un plaidoyer pour les greffes, et notamment la greffe du cœur. Simon a 20 ans. Sa passion, c’est le surf. Au retour d’une « session », l’accident se produit… Et nous allons suivre chacun des acteurs de ce drame depuis le médecin anesthésiste qui reçoit Marianne, la mère de Simon, jusqu’à Claire qui sera l’heureuse bénéficiaire de cette tragédie. « Le cœur de Simon Limbres migrait dans un autre endroit du pays, ses reins son foie et ses poumons gagnaient d’autres provinces, ils filaient vers d’autres corps ». Que subsistera-il dans cet éclatement de l’unité de son fils ? Comment raccorder sa mémoire singulière à ce corps diffracté ? Cette interrogation d’une mère submergée par la douleur traduit l’atmosphère de ce récit où la douleur, la froide description des actes médicaux, le professionnalisme des différents acteurs se mêlent à la vie de tous les jours.
C’est avec autant d’émotion que vous découvrirez le dernier roman de Franck Pavloff, L’Enfant des marges. C’est une sorte d’autobiographie. Depuis la mort de son fils, Ioan s’est réfugié dans un mas des Cévennes où il passe son temps à redresser des murets, pour oublier que le bonheur a existé… Un SMS de sa belle-fille vient le cueillir au cœur de sa solitude égoïste. Son petit-fils, Valentin, est parti à Barcelone pour fuir une vie dont il ne veut plus ! Et sans réfléchir, il prend la route. Comment le retrouver au milieu de tous ces déçus qui logent dans des squats, fabriquent des cocktails Molotov, ou réalisent des spectacles de rue ?
Il questionne, et au fil des rencontres c’est son passé qu’il va devoir appréhender. Une visite inattendue de la Sagrada Familia nous laisse ébahis. Et la rencontre de l’ange d’or… sur cette place de Barcelone, l’ange qui va enfin prendre la parole : « Il faut que je te dise, c’est bon de savoir que le père de mon père est venu me chercher, c’est de la vie, merci Ioan».

Portrait d’une peintre juive oubliée, morte en camp de concentration

Un autre roman a marqué la rentrée littéraire, il a d’ailleurs obtenu le prix Renaudot : Charlotte, de David Fœnkinos. L’émotion tient au sujet lui-même. Charlotte jeune artiste peintre, de famille juive, dont l’écrivain découvre l’œuvre bouleversante. Traquée par les nazis à Berlin, elle se réfugie près de Nice où elle composera l’œuvre de sa vie « Vie ? ou Théâtre » où elle vivra une grande passion amoureuse. C’est en 1943, à l’âge de 26 ans, qu’elle finira ses jours en camp de concentration alors qu’elle était enceinte. L’auteur utilise un procédé d’écriture qui peut troubler le lecteur; vers libres, aux phrases très courtes, dont il affirme avoir eu besoin pour lui permettre de respirer!
Et n’oubliez pas de lire ou de relire les œuvres de Patrick Modiano, qui vient de recevoir le prix Nobel de littérature. Chacun de ses romans vous entraîne à la recherche du bonheur perdu à travers les rues et les quartiers de Paris.

Un conte sur l’amitié, la solidarité et la confiance

Un conte : pas seulement. Ce pourrait être une histoire vraie. Pour sauver leurs fils de la barbarie nazie, deux mères les conduisent dans la forêt, abri pour les hommes et source de nourriture.

C’est Adam qui arrive le premier. Il connaît bien la forêt, il a coutume de s’y rendre avec ses parents. Aussi, quand sa mère le quitte, il se met en quête d’un abri: « Ce faisant, il arriva à l’arbre dont la cime était arrondie, regarda autour de lui et dit: Rien n’a changé ici c’est la même forêt. La seule différence, c’est que mes parents ne sont pas avec moi ». Adam avait neuf ans, mais il se trouva heureux que sa mère l’ait sorti du ghetto.
Tout en pensant à ses parents et à son chien, il s’endormit. Au petit matin, il entend des pas, et quelques instants plus tard, aperçoit un garçon de son âge, un peu perdu.
En s’approchant, il découvre qu’il le connaît. Le garçon se présente : « Je m’appelle Thomas ».
Apparemment, tout les sépare. Adam est un habitué de la forêt, Thomas y pénètre pour la première fois. Adam est agile, Thomas n’est pas du tout sportif. Aussi, lorsque le premier décide de se construire un abri dans un arbre, le second panique un peu. Mais tout se passe bien. Et, hors de la vue d’éventuels passants, ils organisent leur vie. Les deux garçons entament des discussions sur leur famille, leur point de vue sur leur vie… Autrefois… Avant la guerre, avant le ghetto ! Thomas, l’intellectuel, apprend à vivre dans la nature, mais pour obéir à son père, tient un journal des événements quotidiens. Adam, lui, apprend à survivre. Mais au bout de quelques jours, ils ont très bien compris que leurs mères ne viendraient pas les récupé- rer. Bientôt, la faim se fait sentir. Les deux amis commencent à chercher de la nourriture. C’est alors qu’ils vont rencontrer une vache qui va leur fournir un repas plus consistant que les fruits de la forêt. Ils découvrent alors Mina. Et le lendemain, ils trouvent du pain et du fromage. Un beau jour, ils constatent de la nourriture au pied de l’arbre; pourtant ils n’ont rien entendu. La réponse d’Adam à tout cela : c’est un mystère. Pour lui le mystère porte un nom: Dieu. « Est-ce que Dieu nous protège ? », demande Thomas. « Parfois j’ai l’impression qu’il plane au-dessus de moi », répond Adam.
Et l’hiver arrive, un hiver comme il y en a souvent dans cette région. La faim, le froid, la découverte de Mina maltraitée par le paysan… Tout cela n’aura pas raison du courage et de l’amitié de ces deux enfants que tout séparait. Une citation célèbre paraît s’imposer à leur sujet : « Celui qui croyait au ciel, celui qui n’y croyait pas », Aragon. Ils ont parcouru le même chemin, chacun apprenant de l’autre ce qu’il ne savait pas.

Le chien, un héros comme les autres pour l’académicien Rufin

On a beaucoup plus entendu parler du responsable et fondateur de Médecins sans frontière (MSF) que de l’auteur de Rouge Brésil, même si c’est sans aucun doute son roman le plus connu. Il a également écrit Les causes perdues et Katiba. Ces deux romans à lire absolument, même si le premier date de 1999, le second, plus récent, est lui de 2010. Vient de paraître son dernier opus, Le Collier rouge.

Dans chacune de ses œuvres, Jean-Christophe Ruffin utilise ses connaissances des pays et, bien sûr, des problèmes humanitaires qui sont sa pré- occupation première.
Dernièrement, il a un peu changé de cap, par exemple avec Immortelle randonnée où il retrace son chemin de Compostelle et Le grand cœur, autobiographique.
Le connaissant, on pouvait presque parier sur le sujet de son dernier roman. Les événements commémoratifs qui font la une et la feront pendant les quatre années à venir ne pouvaient le laisser indifférent.
Mais c’est une surprenante histoire que nous raconte Jean-Christophe Ruffin ! Peut-être une histoire d’amour, tout simplement. Nous sommes au mois d’août 1919, une chaleur écrasante semble arrêter la vie de cette petite ville du Berry. Sur la place Michelet un chien hurle à la mort : « Il jappait méthodiquement, une fois toutes les trois secondes à peu près, d’une voix grave qui rendait fou. » On pourrait presque dire qu’il est le personnage central de ce récit. Il se tient face à la prison où son maître est détenu.
Morlac est le seul prisonnier, c’est un paysan de la région. Il a été mobilisé en 1915 et a reçu la légion d’honneur. « Il a vraiment fallu que ce soit un acte d’une bravoure exceptionnelle », lui fait remarquer le juge militaire chargé d’instruire cette affaire. Le juge militaire Lantier du Grez semble, depuis le début, décidé à acquitter Morlac. La guerre n’a-t-elle pas fait assez de morts !

il va raconter sa guerre dans les Balkans avec Guillaume, le chien. C’est le nom que lui avaient donné les copains de tranchées

Et puis lui aussi il pense à sa famille et à sa vie future en dehors de l’armée. Au fil des interrogatoires et de ses questions aux uns et aux autres, il fait la connaissance de Valentine, et de l’enfant. Curieuse, cette Valentine qui, malgré sa robe de toile grossière, n’a pas l’air d’une fermière. Mais ce qui est sûr, c’est qu’elle est amoureuse de Jacques Morlac et malgré sa rudesse, elle est reconnaissante envers ce militaire (elle, l’anarchiste !) de vouloir tellement le sauver. Y arrivera-t-il ? Car au fond le seul qui s’y oppose, c’est l’accusé lui-même.
Enfin il va la raconter sa guerre dans les Balkans avec Guillaume, le chien. C’est le nom que lui avaient donné les copains de tranchées. Il va raconter l’assaut qui lui a valu la légion d’honneur et aussi la prison !
La fidélité, l’amour et l’obsession d’un juge suffiront-ils à sauver un homme du peloton d’exécution ?

« Au revoir là-haut »

En ce 2 novembre 1918, les soldats commencent à respirer. Des bruits d’armistice circulent dans les tranchées. Des deux cotés du front, le calme est revenu. C’était sans compter avec le lieutenant d’Aulnay-Pradelle (Pradelle pour les soldats qui se moquent bien de son titre). Il veut une dernière victoire… « Le lieutenant d’Aulnay-Pradelle est un homme décidé, sauvage et primitif. » Il décide l’attaque de la cote 113 ! Trente-six morts et de nombreux blessés. Albert Maillard, tombé dans un trou d’obus dont il n’arrive pas à s’extirper, voit la mort arriver.
Regardant le ciel il murmure : « Au revoir là-haut. » C’est alors qu’Édouard Péricourt, fauché par un obus, tombe violemment sur lui et lui rend la vie. À partir de ce moment ils ne vont plus se quitter, même si tout les sépare. Albert est ce que l’on appelait « un rond de cuir », caissier dans une banque de province, Édouard, fils d’un riche banquier et homme d’affaires parisien, ne sait pas ce que compter veut dire lorsqu’il s’agit d’argent. Albert le suit à l’hôpital militaire. Puis, après la démobilisation (Cécile ayant trouvé un fiancé plus à la hauteur !), il revient à Paris et prend en charge cette gueule cassée (vraiment cassée !) qui plus est estropié.

La deuxième partie du roman fait découvrir au lecteur le Paris de l’après guerre, où les riches deviennent de plus en plus riches, ne reculant devant rien pour augmenter leur profit. Le scandale, véridique, des cimetières militaires en est un parfait exemple. Mais pour Albert et Édouard, l’horizon est plutôt sombre. La course à la morphine pour soulager les souffrances de son ami conduit Albert à des actes de plus en plus répréhensibles. Ce n’est pas avec son salaire d’homme-sandwich qu’il peut subvenir à tout !
Édouard, qui est déclaré officiellement mort « au champ d’honneur », ne sort jamais de l’appartement minable qu’ils occupent. Il refuse de revoir sa famille. Mais un jour enfin, il se remet à son occupation favorite : le dessin. C’est alors que va germer dans son esprit une vaste escroquerie, dans le but avoué de gagner beaucoup d’argent, mais plus vraisemblablement de se venger de ce que la guerre a fait de lui. Aidé d’Albert, il arrive à ses fins… Mais en 1920 on n’aime pas ceux qui osent se moquer des héros qui ont sauvé la France !

Pierre Lemaître réalise une œuvre romanesque très forte. Il dépeint une société où les pauvres bougres qui sont revenus vivants de ce terrible carnage sont oubliés et où les riches tirent les ficelles de lamentables pantins qui exécutent leurs basses œuvres.

Au fil des pages

Voici tout simplement quelques unes de mes lectures : certaines très sérieuses et d’autres moins. Je pense à Et puis Paulette pour la détente et aussi pour découvrir l’entraide au sein d’un village. Dans le cadre de ces livres qui s’adressent aux jeunes, de 14 à 80 ans et plus, deux romans tiennent une place toute particulière : No et Moi de Delphine de Vigan, la rencontre de deux adolescentes que tout sépare. L’une surdouée et « bourgeoise » l’autre qui vit dans la rue, solitaire… Le second : un conte philosophique dont le sous-titre peut effrayer : Quand la Mort vous raconte une histoire, vous avez tout intérêt à l’écouter. Il s’agit de La Voleuse de livres de Markus Zusak. La vie d’une enfant orpheline et de ses amis dans l’Allemagne nazie. C’est bouleversant… et drôle à la fois.

Quelques perles de culture

Quelques auteurs ont retenu l’attention des lecteurs, entre autres : Metin Arditi qui situe ses romans dans le monde de l’art, en 2011 : Le Turquetto qui nous parle des rapports de l’art et du pouvoir mais aussi des influences religieuses durant la Renaissance. En 2012, ce même auteur choisit la musique comme trame à son roman : Prince d’orchestre. Il relate la chute de l’un des plus grands chefs persuadé qu’il n’y a personne au-dessus de lui… c’est haletant, porté par la force de la musique et la fragilité humaine. Un nouveau venu dans le panorama littéraire français a surpris en 2011 avec Le Club des incorrigibles optimistes et il a récidivé en 2012 avec son second roman, La vie rêvée d’Ernesto G.. On est à mi-chemin entre l’Histoire et le roman. C’est fabuleux !

Un chef-d’œuvre à dévorer

Vous avez tous en mémoire le premier roman de Blandine Le Callet : Une pièce-montée. Mais avezvous découvert son deuxième ouvrage La ballade de Lila K.. Rien à voir, si ce n’est que lorsque vous l’avez ouvert, vous ne pouvez plus vous arrêter! C’est le roman d’une enfant dont les premières années se sont passées dans un placard. Placée dans un hôpital hospice-prison, elle n’a de cesse de retrouver ses origines. N’hésitez pas à ouvrir ce chef-d’œuvre.

« Quelles que soient nos croyances, l’important n’est-il pas de promouvoir la justice, la liberté et l’amour »

Les nouveautés 2013

Parmi les nouveautés 2013 : Dix rêves de pierre, du même auteur. Dix nouvelles qui ont chacune comme point de départ une épitaphe relevée sur des tombes, anciennes ou plus récentes. Blandine Le Callet imagine les derniers instants de la vie de celui ou celle qui gît sous cette pierre tombale. Poétiques, tendres, féroces ou dramatiques, ces nouvelles ne laissent pas indifférent. Je voudrais terminer par un auteur qui m’a occupée toute l’année et m’occupe encore : Frédérique Lenoir. Notamment Dieu. C’est passionnant, on découvre par le biais d’un entretien avec M. Drucker une présentation claire de toutes les religions, depuis la naissance des dieux jusqu’à Dieu, le Dieu unique des différentes religions monothéistes. Voici sa conclusion : « Quelles que soient nos croyances, l’important n’est-il pas de promouvoir la justice, la liberté et l’amour » ?

Le dernier testament de Ben Zion… à lire avec circonspection

Fallait-il vraiment lire ce roman de James Frey? Choquant… pour tous les croyants de toute confession, juive ou chrétienne. Sans jamais s’exprimer vraiment Ben Zion les remet toutes en cause et les critique toutes. Choquant… pour tous ceux qui essaient de donner un sens moral à leur vie en dehors de toute religion!

Mais qui est Ben Zion? Rien moins que le messie réincarné. Un messie qui vit à l’encontre de toutes les lois. Mais, me direz-vous, Jésus bravait les interdits et les règles de la loi juive, il fustigeait les pharisiens… chassait les vendeurs du temple, guérissait le jour du Sabbat. Alors, que reprocher à ce nouveau messie ? Il fait plus penser à un gourou mais ne cherche pas à retenir ceux qu’il a attiré et à qui il ne demande pas d’argent. Un nouveau prophète qui vit pauvrement dans un quartier peuplé majoritairement de Portoricains, le seul blanc parmi tous ces gens de couleur, «?ce qui n’a pas l’air de le gêner.?»
Le roman est construit en seize chapitres autour de quatorze personnages qui, chacun avec leur style, livrent leurs impressions à la rencontre de Ben Zion. James Frey essaie de les faire coller à des personnages bibliques. C’est cela d’abord qui m’a heurtée, j’avoue n’avoir jamais vu Jean-Baptiste sous les traits d’un trafiquant en tout genre, à la tête d’une armée de pauvres types à qui on fait croire n’importe quoi pour avoir à manger!
L’évolution de Maria angeles, alias Marie-Madeleine, est sûrement ce qui est le plus intéressant. Au cours de son enseignement, il remet en cause le pouvoir abusif des religions, leur volonté de maintenir les gens dans la peur, les livres saints : «?Il faudrait considérer ces livres de la même manière que nous considérons tout ce qui est de la même époque, en reconnaissant leur importance historique, mais sans leur accorder la moindre valeur.?» Dieu est infini, Dieu est Amour, tel est le fond de son enseignement, mais c’est justement sa vision de l’amour qui pose question : dérive vers des rapports sexuels multiples, puisque c’est au cours de l’orgasme que Dieu se manifeste! C’est en cela que l’on pense plus à une secte, essentiellement à partir de la rencontre de Judith, le douzième personnage.
Ce qui rend ce roman encore plus pénible à lire c’est le style. Pour coller au plus près de ces personnages, James Frey emploie leur langage souvent vulgaire, voire ordurier. J’avoue avoir eu beaucoup de mal avec certains chapitres. En réfléchissant à ce qui a pu pousser cet auteur américain à se lancer dans une telle « entreprise », je me suis dit que sans doute, la multiplication des églises aux Etats-Unis et l’emprise de la religion sur la vie politique et publique de ce pays devait être le mobile de l’auteur. Mais peut-être en est-il tout autre. Cela dit, je reviens à ma première interrogation: fallait-il vraiment lire ce roman?

Noël nouvelet, Noël chantons icy…

n°86 – décembre 2012

Dévotes gens rendons à Dieu mercy… Les dévots de cette époque c’étaient les bergers… et tous se demandaient: « Que lui donner à l’enfant de Marie ? »
Et là, devinez la réponse de ces gens qui n’ont que leurs moutons et les produits de la terre: « De beaux raisins secs, des œufs et des olives, un peu de miel, un peu de lait caillé »
Qui arrive avec son agneau dernier né, un veau, des poules et des canards… enfin de quoi installer une ferme! Je me souviens, lorsque j’étais enfant, m’être posé la question: mais qu’est-ce que Marie a bien pu faire de tout cela! Heureusement, le chant suivant parlait de bergères qui apportèrent de « quoi emmailloter l’enfant ». Mais la surprise était à son comble lorsque les trois rois faisaient leur apparition: « Or, myrrhe, encens sont les beaux présents qu’ils ont porté à ce divin enfant. »
Vous parlez de beaux présents! Vous imaginez un instant Marie et Joseph, dans leur étable, entourés de tous ces cadeaux invraisemblables! Enfin, l’imagerie populaire a du bon car à 8 ans ou plus, on peut se poser la question : « Et moi qu’est-ce que j’apporte à l’enfant de Marie? »
Mais, il me revient ce conte qui met en scène un baladin, le fou du roi, qui ne possédait que trois objets : son chapeau, une clochette et une plante. Comme les mages, il suit une étoile mystérieuse.
Mais, en chemin, il rencontre trois enfants, l’un est paralysé, le deuxième est aveugle et le troisième muet. A chacun, il laisse l’un des cadeaux prévus pour le roi qui vient de naître, se disant que cela ferait bien plus plaisir à un enfant triste qu’au plus grand roi du monde! Et, lorsqu’il arrive… il n’a plus rien à offrir à l’enfant, ses mains sont vides… Et voilà que Marie veut changer son bébé. Mais à qui le confier pendant qu’elle prépare les langes propres ? Tous les visiteurs ont les mains pleines… Elle se tourne vers le baladin aux mains vides et pose l’enfant dans ses bras !

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Quand les enfants parlent de leur village

Amusante et sérieuse à la fois cette rubrique du bulletin municipal n° 22 qui fait parler les enfants de leur école et de leur village. « Le village de Brandon, affirme Romain, a une belle école, une belle cantine, une gentille enseignante. L’école de Brandon est très bien, mais il y a quelques petites choses à améliorer: la classe devient un peu vieillotte ! »

Alexis, de retour à Brandon écrit: « Bonjour, l’école a changé depuis le CP, il y a une nouvelle cantine, on est bien dedans. »

On est bien dans la nouvelle cantine de l'école !
On est bien dans la nouvelle cantine de l’école !

Chacun des enfants loue la gentillesse et les compétences de Madame Dupasquier : c’est sûr, ils vont lui faire une très belle fête au mois de juin, lorsque sonnera pour elle l’heure de la retraite, bien méritée. Elle est actuellement la directrice du RPI de La Noue. Parmi les remarques des enfants, revient immanquablement, la beauté de la cantine et les bons repas qui y sont servis. Madame Chachuat, la cuisinière peut être fière de son travail. Lorsqu’on visite ce lieu magique, on comprend les enfants, car ‘on seulement c’est beau, clair, avec une vue imprenable sur la nature, et en plus le service est fait avec le sourire. Madame Chachuat me confie : « ici nous faisons tout, depuis la conception des menus… jusqu’à la vaisselle! ». Lorsqu’il manque du personnel, Madame Fabienne Prunot, directrice du Sivos, n’hésite pas à venir en renfort.
Mais, à l’image des adultes, les enfants ont des récriminations, je pense à en croire M. Large, le maire, qu’il faudra attendre un peu, pour les bureaux, le trampoline, les cages de foot et autres revendications car: « Normalement, dit M. le maire, le conseil municipal lève le pied devant les perspectives d’investissement durant les 2 à 3 ans à venir, le temps de revenir à un taux d’endettement conforme à sa capacité. » Mais rassurez-vous les enfants on ne vous oublie pas. Puisque vous êtes de plus en plus nombreux dans votre commune. D’ailleurs, pour vous, et aussi pour les adultes une bibliothèque a vu le jour, antenne de la très active bibliothèque de Trivy.

Des hameaux en pleine extension

Ce village que vous aimez a un bel avenir devant lui : aujourd’hui il compte 292 habitants, grâce à l’installation de plusieurs jeunes couples. Le hameau des Cours en est un exemple. Que de changements là-haut dans la montagne ! Non seulement les anciennes habitations sont rénovées et habitées en permanence, mais des constructions nouvelles ont vu le jour; et surtout une vie chaleureuse de solidarité et d’entraide s’est développée. Les retraités n’hésitant pas à rendre service aux jeunes parents quand ils en ont besoin. Dans ce hameau aujourd’hui, onze enfants d’âge scolaire et pré-scolaire, quelques collégiens et un lycéen! Chaque année les habitants organisent un repas de quartier! Signe d’une vie retrouvée.

Brandon, une commune qui prend soin de ses enfants.
Brandon, une commune qui prend soin de ses enfants.

Si j’ai eu envie de m’adresser à vous les enfants, c’est parce que vous êtes l’assurance que Brandon est bien vivant, mais vous n’êtes pas sans savoir que les adultes qui gèrent votre commune ont parfois bien du souci pour que tout aille bien et pour eux il est souvent très difficile de faire face à toutes les difficultés. Mais les travaux de rénovation continuent : un exemple la croix, au lieu-dit du même nom. La réhabilitation du bureau de poste qui a permis l’aménagement d’un appartement, d’un cabinet infirmier et bien sûr d’une agence postale, un plus pour les habitants quand on sait le nombre de villages qui n’ont pas cette chance. Le développement de la commune passe aussi par le nombre d’artisans installés sur son territoire :
Un prothésiste dentaire, un entrepreneur de travaux publics, un artisan électricien, deux commerçants ambulants, et dans ce village à vocation rurale, seulement quatre exploitants agricoles ; au grand regret de M. le maire.
Ajoutons que pour l’accueil des vacanciers, les habitants se sont mobilisés, puisqu’il existe sept chambres d’hôtes.

Afin de resserrer les liens entre les brandonnais, plusieurs associations sont très actives et très présentes sur le territoire. Elles sont souvent regroupées avec Montagny-sur-Grosne, c’est le cas du « comité des fêtes » qui a 40 ans cette année, du club « La belle époque » et de l’association des chasseurs. Est-ce un lieu commun que de dire qu’il fait bon vivre à Brandon ? Je n’en ai pas l’impression ; je crois que si les jeunes affirment qu’ils aiment leur commune c’est que c’est vrai, selon l’adage : « La vérité sort de la bouche des enfants ! »

Et maintenant, observons un peu nos racines

Brandon est connu des historiens depuis avant l’an mille ! Son histoire est tout d’abord liée à celle de Clermain. Le fameux château fort que l’Abbé de Cluny a fait démolir devait se situer sur la colline d’Avout ou Ajou ; mais la paroisse de Brandon appartenait aux chanoines de la cathédrale Saint-Vincent de Mâcon et ce sont eux qui touchaient les redevances.
On ne sait pas exactement où résidaient les barons de Brandon, mais au XVIe siècle on trouve comme seigneurs des Myards une famille Bridet. A la révolution un Pierre-Louis Bridet est seigneur d’Esmyard.
On trouve encore quelques vestiges de la vie de cette époque, au hameau des Cours une très ancienne maison est encore signalée… et habitée, le lieu-dit « la justice » nous rappelle que là se tenait le Gibet…
L’église Saint-Pancrace date de 1736, le château d’Esmyard est aujourd’hui habité par Mme de Lerminat.

Où J’ai laissé mon âme

« Où j’ai laissé mon âme », roman de jérôme Ferrari soulève, au-delà du bien et du mal, le problème de la condition de l’homme libre face à son destin, face à ses choix. Comment un individu qui a été victime peut-il devenir bourreau ?

Le capitaine Degorce retrouve à Alger le lieutenant Andréani. Ils avaient été ensemble dans l’enfer de Diên Biên Phu. Le lieutenant admirait son supérieur, il lui dit même l’avoir aimé comme un frère. Mais en pleine guerre d’Algérie tout va être différent. Leur mission : arrêter le chef de la rébellion algéroise : Tarik Hadj Nacer, dit Tahar. Voici le début de ce que l’on peut appeler une lettre ouverte du lieutenant Andréani à son ancien capitaine : « Je me souviens de vous mon capitaine, je m’en souviens très bien, et je revois encore distinctement la nuit de désarroi et d’abandon tomber sur vos yeux quand je vous ai appris qu’il s’était pendu. C’était un froid matin de printemps, mon capitaine, c’était il y a si longtemps, et pourtant, un court instant, j’ai vu apparaître devant moi le vieillard que vous êtes finalement devenu. »
Pour arriver à leurs fins, parce qu’ils ont des ordres, tous les moyens sont bons. Alors qu’Andréani pratique la torture sans se poser de question (il fait juste un travail qui lui a été confié !) Degorce, en proie à l’obsession du péché, est en perpétuelle contradiction avec lui-même : contradiction exprimée dans le texte par un changement de typographie. Mais il fait le même travail que le lieutenant ! Vis-à-vis de Tahar il pratique une torture morale qui ne peut que nous paraître abjecte : « Comme je vous l’ai dit, nous ne vous interrogerons plus, mais par acquis de conscience, nous allons quand même poser quelques questions aux membres de votre famille. Peut-être votre jeune sœur, qui a 16 ans, je crois, et les mêmes yeux verts que vous… »

Un drame en trois journées

Jérôme Ferrari a construit son roman en trois chapitres, trois journées qui, dans l’esprit du capitaine, sont assimilées à la Passion du Christ. Lorsque Tahar est arrêté et amené à la villa Sainte Eugène, le capitaine passe des heures à parler avec lui, car il admire le calme du kabyle. Que cherche-t-il vraiment ? Une absolution, la paix, qu’il n’arrive plus à trouver ?
Un quatrième personnage est présent par ses lettres, Jeanne-Marie, la femme de Degorce, lettres auxquelles il ne peut plus répondre : « Il prend du papier et commence à écrire. Il cherche des mots tendres et les mots fuient. » A la fi n de son dernier monologue intérieur, au cours duquel il s’adresse à sa femme, il affi rme : « Je suis un animal qui gémit, si froid que je n’éprouve même plus la douleur qui me fait gémir, et bien que je sache que j’ai depuis longtemps perdu le droit de le prier, je le prie quand même, je voudrais seulement qu’il me permette de revenir, ne serait-ce qu’un instant, où j’ai laissé mon âme. »

Une rentrée littéraire foisonnante : plus de six cents livres…

J’ai essayé d’opérer pour vous un choix minimum, entre coup de cœur et découverte littéraire.

Rouge argile de Virginie Ollagnier

Une merveille d’écriture, de sentiments jamais exagérés, de vérité des personnages. Un retour aux sources dans un pays abandonné des années plutôt, pour un mariage brillant, mais qui laisse un goût amer d’échec et de frustration. Rosa nous plonge avec bonheur dans ce Maroc, qu’elle aime, (terre d’enfance) mais dans lequel elle se sent une usurpatrice. Cependant la mort de son « deuxième père » l’oblige à prendre des décisions. Tout abandonner ici, ou en France…

Du domaine des murmures de Carole Martinez

Du plus profond du XIIe siècle les murmures terribles remontent jusqu’à nous. La violence des hommes, seigneurs brutaux et maîtres incontestés du monde… la violence de ces mariages imposés, ce que va refuser l’héroïne, Esclarmonde, et pour cela décider de vivre recluse pour se consacrer à Dieu et au silence… mais est-ce bien cela qu’elle va découvrir ?

Des vies d’oiseaux, de Véronique Ovaldé

Après la disparition de sa fille, Paloma, Vida est persuadée qu’elle a voulu fuir son père et sa trop grande richesse… Mais elle comprend que c’est aussi elle, sa mère, qu’elle a fuie. Appelé pour « cambriolage dans la somptueuse villa des Izarra » le lieutenant Taïbo comprend qu’il ne s’agit en rien d’un cambriolage, puisque rien n’a été volé. Un groupe de jeunes, dont Paloma, squatte les maisons luxueuses de Villanueva pendant l’absence des propriétaires. Ce livre est un roman sur l’identité, plus ou moins refoulée, mais qu’il faut absolument assumer pour éprouver sa liberté d’exister.

Le Turquetto de Metin Arditi

Un livre qui parle d’art, Le Titien et son jeune élève, mais aussi et surtout d’intolérance. Le jeune Elie ne peut s’adonner à sa passion, le dessin et la peinture, pour l’unique raison qu’il est juif ! Condamné à changer d’identité pour être admis à travailler avec l’un des plus grands peintres de l’époque…

On parle beaucoup de :

Jayne Mansfield 1967, de Simon Liberati

On en dit grand bien ainsi que de son auteur atypique.

Ne pas oublier :

L’équation africaine de Yasmina Khadra

Autour d’un phénomène dramatique et inquiétant, les prises d’otages en Somalie, l’auteur construit un roman où se mêle suspens, aventure et histoire d’amour.

Si vous voulez vous détendre, lisez :

Les autos tamponneuses de Stéphane Hoffmann

Je ne peux pas refermer ce très petit catalogue sans vous offrir une perle à déguster chaque jour, cela vous prendra sans doute l’hiver. « Le temps d’une vie est le temps d’un sourire de nouveau-né : c’est bref et ça ne s’éteint plus. »

Un assassin blanc comme neige de Christian Bobin

N’oubliez pas non plus que notre région est riche en spectacles ; n’hésitez pas à consulter les programmes de Barouf. Des plaquettes annonçant les spectacles sont généralement disponibles dans vos bibliothèques.

Clermain, un village fier de son passé

« Le seul village, de la frontière suisse jusqu’à l’Océan, coupé en deux par la route. » Je ne sais pas si cette particularité plaît aux Clerminois, mais c’est la première chose que m’a dite M. Faugère lors de notre rencontre. Ce qu’il ne faut pas oublier c’est que de tout temps Clermain a été séparé en deux, la Grosne d’abord, la voie ferrée ensuite, puis la route, qu’en sera-t-il demain avec l’autoroute ?

La voie ferrée, la gare : comme tout cela était important ! Leur disparition a sans doute contribué au déclin de cette bourgade. Clermain était une gare importante pour la région car située sur la ligne Mâcon-Moulins, elle desservait aussi les gares de Chalon et Roanne. Elle disparaît entre 1950 et 1953 pour les trains de voyageurs et 1956 pour les marchandises, privant ainsi de travail de nombreux ouvriers, poseurs et électriciens. A cette époque Clermain comptait 530 habitants !
Puis, comme pour redonner de l’éclat au village, il y eut le restaurant Poncet qui attirait les fins gourmets de la France entière et de l’étranger. Il ferme en 1970 à la mort de M. Poncet…

Mais aujourd’hui Clermain est bien vivant !

232 habitants pour 580 hectares, bien sûr la population a diminué, mais elle n’en reste pas moins active. On a recensé 5 agriculteurs essentiellement tournés vers l’élevage. Le café-restaurant L’étape accueille chaque jour des dizaines de convives, tant routiers que clients de passage. C’est le dernier commerce de Clermain et il contribue aux rencontres conviviales grâce à son bar où se rencontrent les Clerminois. Citons également le garage Dubois, hélas menacé par le nouveau tracé de l’autoroute ! Une entreprise de terrassement et un paysagiste ; et tout nouvellement installée, une esthéticienne : Mélanie Dufour, « XXIe siècle en beauté ».
Une chose est très importante pour les Clerminois : aucune maison n’est actuellement vide dans le village, car des jeunes viennent s’installer dans le village ! Un signe très positif. Bien vivant grâce à son école, Clermain fait partie du RPI de La Noue et accueille les élèves de CE1 et CE2, 27 enfants confiés à Mme Tachan, leur professeur. La cantine se trouve à Brandon, ce qui permet aux enfants de se retrouver le temps d’un repas avec les plus grands des cours moyens. Les plus petits sont eux à Trivy. Grâce au SIVOS les transports scolaires permettent à tout ce petit monde de rejoindre chaque jour la bonne destination.

La mairie-école, où sont scolarisés 27 enfants du cours élémentaire
La mairie-école, où sont scolarisés 27 enfants du cours élémentaire

Des projets, ce n’est pas ce qui manque à l’équipe municipale !

Je ne sais pas si c’est le plus important, mais la naissance du Petit Clerminois contribue sans doute à créer un lien entre les habitants. En effet le village était le seul à ne pas avoir de bulletin municipal, c’est chose faite depuis 2008 ! Depuis janvier 2011 Clermain est entré dans la communauté de commune de Matour. Ce que M. le Maire salue comme l’entrée dans une ère nouvelle. Sans doute un moyen de mettre en œuvre des projets plus audacieux. Peut- être enfin la rénovation de la place de La Garde, commencée grâce aux bonnes volontés, mais jamais achevée…

La Madone, à une place toute spéciale

La Madone est un don de la famille Combier en reconnaissance après un grave accident de la route. La famille a prêté un morceau de terrain, mais il semble que la statue primitive des années vingt a été remplacée.
Elle est le lieu de rassemblement des paroissiens du canton pour la fête du 15 août, une année sur deux. La paroisse est sous le patronage de la Vierge, cette paroisse dont on trouve des traces d’existence dès 974 : Villa Clermanus dans la charte de Cluny. L’histoire de Clermain est intéressante, car son détachement de la paroisse de Brandon a encore des conséquences aujourd’hui.

La Madone, chère au cœur des Clerminois, accueille la messe du 15 août un an sur deux
La Madone, chère au cœur des Clerminois, accueille la messe du 15 août un an sur deux

L’église aurait été édifiée par les moines de Cluny, si on en juge par les restes de style roman. Elle a ensuite été transformée au cours des siècles. Aujourd’hui le comité d’entretien de l’église a réalisé la rénovation de l’intérieur et installé, pour combattre l’humidité, un Mur-tronic.
La commune de Clermain ne possède pas de château. Une construction avait été commencée par Hugues Déchaux (dit le Déchaussé) mais interdite par l’Abbé de Cluny, Pierre le Vénérable, afin de préserver la paix dans la région. Le site du château n’est pas connu, mais il est permis de se demander s’il ne s’agit pas de la butte d’Avout.

Une vie associative importante

Le club de l’amitié

Il existe depuis 1976, aujourd’hui présidé par Mme Chaintreuil, les membres se réunissent une fois par mois pour partager, jouer (belote, scrabble, tarôts). La bibliothécaire de Trivy apporte des livres qu’elle prête pour un mois, voire plus. Une fois par an le club part en voyage, des repas sont organisés (3 fois l’an). Les responsables organisent des concours, et un loto.

Le comité des fêtes

Avec Mme Emery propose trois ou quatre manifestations par an : Un loto, une soirée dansante, une randonnée pédestre : la Clerminoise avec ses trois circuits (7,15 et 20 km)

L’éveil Clerminois

Il cible des activités différentes : jambon à la broche, soirée cabaret, organisation du téléthon auquel toutes les associations participent. N’oublions pas la société des chasseurs avec sa brocante en septembre (ouverture oblige) et son repas en mars (fermeture).

Anim’école

Association des parents d’élèves qui cette année a proposé une vente de plants de fleurs et légumes, dans le cadre du projet des écoles du secteur.

En écoutant les personnes qui ont accepté une rencontre à l’initiative du maire j’ai été frappée par le nombre de repas organisé, mais n’est-ce pas le meilleur lieu de rassemblement d’une communauté.

Un village fier de sa ruralité

Depuis plus d’un siècle, la commune a évolué. Sa population a même augmenté sensiblement ces dernières années mais elle a su garder son caractère rural et agricole auquel elle reste très attachée.

L’annuaire de 1900 nous dit : Germolles canton de Tramayes, 335 habitants, superficie 722 hectares, dont 407 en céréales, 185 en prairie, 95 en bois, 1 en vigne, le peu de vin récolté est bon et bien fruité. Aujourd’hui la commune compte 135 habitants (en progression depuis le dernier recensement qui en comptait 115).

Germolles demeure une vraie commune rurale avec 6 exploitations agricoles orientées en bovins viande et caprins. De nombreuses maisons se rénovent, quelques villas ont été construites : c’est dans ce cadre que cinq nouveaux couples se sont installés à Germolles.
Dans ce petit village, on compte pas moins de cinq professeurs des écoles et quatre assistantes maternelles ! Parmi eux plusieurs sont au conseil municipal.
A côté des agriculteurs, quelques artisans sont installés au village : un maçon et une restauratrice ainsi que des activités artistiques : un luthier de guitare, une dentellière et un créateur d’objets en résine sont présents dans le village. Cependant le problème majeur reste le travail. Toutefois, Palmid’Or à Trambly, la fonderie à Matour restent des bassins d’emploi intéressants pour la commune.

L’école, c’est la vie qui continue

Grâce au regroupement des communes (SIVOS) les enfants du CP et CE1 peuvent avoir classe sur place… Les autres bénéficient du transport scolaire et se retrouvent à Trambly, Saint-Pierre ou Saint-Léger. Le fait d’avoir une école nécessite une cantine : les repas sont réalisés sur place par Mme Rabot depuis plusieurs années et appréciés par les élèves. «L’école c’est la vie assurée du village ! Longue vie à l’école » disait Paul Perraud (maire durant 30 ans de la commune).

Dans ce petit village, on compte pas moins de cinq professeurs des écoles et quatre assistantes maternelles ! Parmi eux plusieurs sont au conseil municipal.

 

Si vous alliez faire un tour chez Sophie ?

Denis Gilbert et son « théâtre pour tous » avec sa compagnie « à fleur de peau » donne des représentations à la salle des fêtes et organise pendant les vacances des stages pour les enfants. Et si l’on parlait de ce bar-restaurant pas comme les autres ! « Chez Sophie » Les germollins se retrouvent souvent pour faire la fête, et si j’ai bien compris les animations sont nombreuses et variées : La tartiflette de la saint Blaise en février, les grillades en juin, le beaujolais nouveau et son saucisson chaud en novembre… sont l’occasion de moments conviviaux !
Le concours de belote, le concours de pétanque, le vide-grenier et le méchoui rythment également la vie des Germollins.

Les membres du club du Val-de-Grosne heureux de se retrouver
Les membres du club du Val-de-Grosne heureux de se retrouver

Pour l’ensemble des activités sportives et ludiques, les jeunes se retrouvent souvent à Tramayes avec ceux des communes alentours.

Le club des aînés : une renaissance

Depuis 3 ans le club a pu repartir sur un bon pied sous l’impulsion de nouveaux retraités. Les réunions des 3es mercredis du mois rassemblent une vingtaine de personnes autour des traditionnels jeux de cartes, scrabble… Chaque année un repas au restaurant rassemble tout le monde, et en 2009 un voyage a été organisé avec SaintLéger et Tramayes.
En 2010 tous se sont retrouvés à Lyon pour un spectacle : « Noël à SaintPetersbourg ». C’est un moyen, m’a dit Marie-Ange, de faire rencontrer les gens du village.
Murielle, jeune assistante maternelle nouvellement installée à Germolles, m’a confié sa joie d’avoir trouvé une commune conviviale, où il fait bon vivre. Elle m’a dit comment ils avaient été accueillis chaleureusement. Ce qu’elle trouve important c’est que la municipalité fasse tout pour préserver la ruralité. Et cette même municipalité a su accueillir les jeunes arrivants au sein du conseil municipal. Si j’ai bien tout compris Germolles-sur-Grosne serait un petit coin de paradis !

Une église chère au cœur de ses habitants

Le père Fargeton, notre référence historique, nous dit : « on se trouve pour l’histoire de Germolles devant un problème. Le nom de la localité n’apparaît que fort tard, au moment de la construction du château de Gorze. » En tant que paroisse, Germolles est reliée à Tramayes. La très belle église date de la première moitié du XIIe siècle, remaniée au XVIe siècle et restaurée au XIXe siècle. Elle a gardé à la demande des habitants son style roman. Une particularité : son clocher est orné d’une superbe étoile… de David ? Sans doute un compagnon qui a laissé sa signature. Si vous voulez en apprendre plus sur l’histoire de Germolles suivez les balades de Jean-Luc Burnot (Les balades de la Girolle).

Le clocher orné d’une croix de David intrigue bon nombre de visiteurs
Le clocher orné d’une croix de David intrigue bon nombre de visiteurs

« Une bibliothèque au service de tous »

Marie-France et Mado Roccati m’ont accueillie dans les locaux de la bibliothèque de Tramayes et m’ont exposé comment ce lieu qui pourrait n’être qu’un lieu de prêt de livres est devenu un lieu de vie pour la commune.

Qui gère la bibliothèque et comment ?

Depuis 2003 la bibliothèque est intercommunale et regroupe trois communes : Tramayes, Bourgvilain et Saint-Point, avec deux lieux d’accueil, Tramayes et Bourgvilain. Ce dernier fonctionne avec neuf bénévoles. A Tramayes une salariée : Marie-France Berland, et six bénévoles : Malou Langinieux, Mado Roccati, Katrine Maya, Michèle Carricondo, Laurence Croix et Véronique Roda.
En tant que salariée j’assure toute la gestion informatique (budget, livres et abonnements) mais aussi celle de l’équipe. Ce travail m’a été grandement facilité par le stage de formation que j’ai effectué en 2003-2004 : formation des auxiliaires de bibliothèque (ABF). J’ai travaillé auparavant treize ans comme secrétaire ce qui m’a apporté des compétences supplémentaires.
C’est là que Mado intervient pour ajouter: Marie-France ne se considère pas comme « chef » car tout est décidé en commun. Mais elle est très douée pour construire une équipe et avec elle nous avons envie d’être là, au sein du groupe chacun à son rôle.
Puis Marie-France reprend : Le travail est très vaste, on pourrait croire qu’en dehors des permanences (10 heures d’ouverture au public) tout est calme ! Bien au contraire, c’est là que tout se prépare : la gestion du budget alloué par les trois communes, choix des acquisitions, équipement des livres préparation des animations, réunion de l’équipe.

Justement, les animations c’est un point très important ?

Oui, bien sûr, les accueils de groupes demandent une grande préparation. Mais la récompense est toujours là : la joie des enfants… Nous intervenons dans les écoles, au relais libellule et également à l’hôpital Corsin. Nous avons organisé des échanges intergé- nérationnels par exemple un aprèsmidi « jeux de société », dans le cadre du projet fédérateur. Un moment très agréable pour tous ! Pour les animations nous aimons qu’elles soient en lien avec ce qui se vit dans le village. L’association « Lire et délires », composée de bénévoles gère les animations plus importantes.
Mais l’accueil des lecteurs reste un des temps fort, il faut avoir à cœur de satisfaire chacun, aussi bien celui qui cherche une lecture détente que celui qui désire le dernier Goncourt ou une recette de confiture…
Pour conclure je dirais que ce métier d’agent de bibliothèque est très agréable, d’une part pour les contacts que nous tissons avec les habitants de la commune, d’autre part pour la disponibilité qu’il me laisse dans ma vie familiale (20 heures par semaine plus 4 heures mensuelles pour bulletin municipal). J’ajouterais que pour une petite municipalité c’est un gros effort financier qui est consenti mais c’est vraiment un plus pour les gens du canton.