« Au revoir là-haut »

Une tranchée de la Guerre de 1914-18

En ce 2 novembre 1918, les soldats commencent à respirer. Des bruits d’armistice circulent dans les tranchées. Des deux cotés du front, le calme est revenu. C’était sans compter avec le lieutenant d’Aulnay-Pradelle (Pradelle pour les soldats qui se moquent bien de son titre). Il veut une dernière victoire… « Le lieutenant d’Aulnay-Pradelle est un homme décidé, sauvage et primitif. » Il décide l’attaque de la cote 113 ! Trente-six morts et de nombreux blessés. Albert Maillard, tombé dans un trou d’obus dont il n’arrive pas à s’extirper, voit la mort arriver.
Regardant le ciel il murmure : « Au revoir là-haut. » C’est alors qu’Édouard Péricourt, fauché par un obus, tombe violemment sur lui et lui rend la vie. À partir de ce moment ils ne vont plus se quitter, même si tout les sépare. Albert est ce que l’on appelait « un rond de cuir », caissier dans une banque de province, Édouard, fils d’un riche banquier et homme d’affaires parisien, ne sait pas ce que compter veut dire lorsqu’il s’agit d’argent. Albert le suit à l’hôpital militaire. Puis, après la démobilisation (Cécile ayant trouvé un fiancé plus à la hauteur !), il revient à Paris et prend en charge cette gueule cassée (vraiment cassée !) qui plus est estropié.

La deuxième partie du roman fait découvrir au lecteur le Paris de l’après guerre, où les riches deviennent de plus en plus riches, ne reculant devant rien pour augmenter leur profit. Le scandale, véridique, des cimetières militaires en est un parfait exemple. Mais pour Albert et Édouard, l’horizon est plutôt sombre. La course à la morphine pour soulager les souffrances de son ami conduit Albert à des actes de plus en plus répréhensibles. Ce n’est pas avec son salaire d’homme-sandwich qu’il peut subvenir à tout !
Édouard, qui est déclaré officiellement mort « au champ d’honneur », ne sort jamais de l’appartement minable qu’ils occupent. Il refuse de revoir sa famille. Mais un jour enfin, il se remet à son occupation favorite : le dessin. C’est alors que va germer dans son esprit une vaste escroquerie, dans le but avoué de gagner beaucoup d’argent, mais plus vraisemblablement de se venger de ce que la guerre a fait de lui. Aidé d’Albert, il arrive à ses fins… Mais en 1920 on n’aime pas ceux qui osent se moquer des héros qui ont sauvé la France !

Pierre Lemaître réalise une œuvre romanesque très forte. Il dépeint une société où les pauvres bougres qui sont revenus vivants de ce terrible carnage sont oubliés et où les riches tirent les ficelles de lamentables pantins qui exécutent leurs basses œuvres.